Avec un marché de l'emploi en pleine croissance et une tendance à l'ubérisation, l'appel à des travailleurs indépendants croît sensiblement dans le monde du jeu vidéo. Cela dit, l'information sur ce statut, ses avantages et ses limites reste peu accessible.

L’industrie du jeu vidéo est un secteur en pleine croissance avec chaque année l’émergence de nouveaux métiers, de nouvelles expertises et un marché de l’emploi en expansion. Aujourd’hui, le SNJV estime que  les entreprises françaises du secteur des jeux vidéo devraient créer plus de 750 emplois équivalent temps plein en 2017.

Parmi ces emplois, le Syndicat établit que près de 60 % des emplois sont des CDI, mais que le recours au CDD est en baisse, notamment au bénéfice des emplois freelance et aux prestataires qui représentent 18,5 % des effectifs. Une hausse qui devrait continuer d’ici 2018. « [Cette hausse] pourrait être la résultante de l’émancipation de talents dans l’industrie, analyse le SNJV dans son baromètre, qui s’inscrivent désormais dans la mouvance « indé » en adoptant un statut de travailleur indépendant et en développant une activité de soustraitance. »

Source : Indie Game – The Movie

Avec les nouvelles tendances qui se dessinent, des acteurs du jeu vidéo ont d’ores et déjà commencé à entreprendre des actions syndicales pour tenter de suivre la mouvance. On connaissait déjà les situations parfois précaires des stagiaires dans le secteur du jeu vidéo, où les conditions un peu spéciales du format du CDD, que l’on avait pu apercevoir dans le domaine de l’eSport par exemple.

Le jeu vidéo : un secteur hétéroclite

De nouvelles législations s’établissent petit à petit, et des régulations sont encore à déterminer pour ce secteur industriel si particulier, où de nouveaux métiers sont encore à naître. Parmi ces nouvelles tendances, on aperçoit donc au loin la généralisation des emplois en freelance. Si elle est loin d’être exclusive au domaine du jeu vidéo, la situation dans cette industrie illustre les difficultés et les obstacles que constitue ce statut de plus en plus convoité chez les jeunes diplômés.

Pour tenter de réunir les freelance sous une même bannière, Claire Léger a créé il y a 3 ans l’association FFRAG (French Freelancers Association of the Games Industry), afin de valoriser les travailleurs indépendants. « Nous sommes partis du constat qu’il n’y avait pas de structure pour les travailleurs indépendants, déclare Claire Léger. Ils ont tendance à être seuls dans leur coin et éprouvent donc des difficultés à se faire connaître, établir un réseau pour donner vie à des projets ou simplement s’informer sur les tenants et aboutissants de leur statut dans l’industrie.  »

Avec plusieurs centaines de fidèles sur sa page Facebook, FFRAG espère un jour pouvoir dénombrer les travailleurs indépendants du jeu vidéo, mais la tâche se révèle ardue. Pour l’instant, le manque de communication et de réseau fait qu’il est impossible pour l’équipe de FFRAG de recenser le nombre de freelance en France. « La difficulté dans le secteur du jeu vidéo, c’est que les corps de métiers sont très divers. On a des graphistes, des développeurs, des concepteurs, des musiciens, des community manager, des RH, des journalistes… Les métiers et les statuts sont tellement vastes qu’on n’a pas encore pu évaluer le nombre de personnes freelance qui travaillent dans le jeu vidéo, surtout que certains font des missions dans d’autres secteurs pour arrondir les fins de mois. »

Pour une meilleure représentation des freelances

L’une des plus grandes difficultés quand on est freelance, c’est de faire valoir son travail en communicant sur ses projets et de démarcher des professionnels pour soit se greffer à un projet, soit monter le sien. La visibilité d’un travailleur freelance est primordiale pour lui assurer des missions et un salaire régulier. « Quand on est à son compte, c’est très difficile de faire son trou car personne ne sait que tu existes, ce qui est aussi compliqué pour les studios qui ne savent pas où chercher pour embaucher des freelance », appuie la présidente de l’association.

Il est également très compliqué pour un travailleur indépendant de gérer à la fois sa recherche de travail, sa comptabilité, et de connaître les différentes composantes de son statut. Le manque d’information chez les freelance ou le manque d’aide se fait sentir. Les questions juridiques, législatives, les droits d’auteurs, le règlement des impayés, les taxes, les impôts… autant de démarches et de détails qui sont parfois difficiles à conjuguer avec les tâches professionnelles.

Le FFRAG a pour ambition de proposer des rencontres et ateliers pour permettre une meilleure circulation de l’information et de l’entraide pour les travailleurs indépendants. « On organise des rencontres pour partager son expérience, alimenter son réseau, répondre aux questions sur les statuts auto-entrepreneurs, la SACEM, les professions libérales, les entrepreneurs salariés en coopératives… Des questions que les cours ne t’apprennent pas quand tu es en école e jeu vidéo et qui se révèlent que quand tu acquières de l’expérience en tant qu’indépendant. », détaille Claire Léger.

Les nécessités d’un rassemblement

FFRAG tente donc d’accompagner ces travailleurs indépendants autant que possible, mais les obstacles sont nombreux. L’association a en effet peu de moyens, car le nombre de membres inscrits est encore trop bas pour bénéficier de subventions. Avec une adhésion à 12 €, les limites du champ d’action sont vite atteintes. « C’est un peu dommage parce qu’on aimerait bien pouvoir se rapprocher des gens qui sont en dehors de Paris, déplore Claire Léger. De plus en plus d’indépendants quittent la capitale ou restent en province pour exercer leur métier et il ne faut pas oublier ces personnes-là. »

L’association souhaite aussi construire et partager un annuaire de freelance du jeu vidéo destiné aux studios cherchant des travailleurs, en espérant que celui-ci s’étoffera petit à petit avec le bouche-à-oreille. Des discussions sont également en cours avec le syndicat nouvellement créé, STJV pour Syndicat des Travailleurs et Travailleuses du Jeu Vidéo, ainsi que le SNJV, qui n’intègre pas à ce jour les travailleurs indépendants dans son programme. Les clusters de jeu vidéo sont aussi en lien avec FFRAG pour donner de la visibilité et sensibiliser les indépendants par région.

Avec la tendance de l’ubérisation qui petit à petit fait son trou dans le monde de l’entreprise en France, le nombre de travailleurs indépendants ne fera qu’augmenter au cours des prochaines années. Dans le domaine du jeu vidéo, le recours au CDD
se maintient en raison des fluctuations de la production, mais l’appel aux travailleurs freelance devrait se faire plus fréquent en fonction des besoins des studios.

Il est donc nécessaire de préparer le terrain face à cette tendance pour informer au mieux les indépendants de ce qui les attendent en terme de travail, de rémunération et de droits. De ce fait, la reconnaissance de la population de travailleurs indépendants dans le secteur devient urgente et l’association FFRAG enjoint vivement les travailleurs indépendants à se réunir.

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