Un canard boiteux. Voilà à quel sort est promis Donald Trump, après la terrible déroute du camp républicain lors des élections de mi-mandat organisées ce mardi 3 novembre aux États-Unis. Le président américain a perdu le contrôle à la fois du Sénat et de la Chambre des représentants, et la Constitution lui interdit de toute façon de briguer un troisième mandat à la Maison-Blanche.
Mais les midterms de 2026 ont fait une autre victime d’importance : Elon Musk. Le patron de SpaceX et de Tesla a sans doute passé une soirée électorale difficile à regarder la vague bleue (la couleur des démocrates) se propager dans tout le pays, jusqu’à renverser des bastions historiques des républicains. C’est le cas, notamment, du Texas.
Dans la nuit de mardi à ce mercredi 4 novembre, Elon Musk a évoqué indirectement le sujet sur X, en écrivant d’abord que « les data centers dans l’espace » lui paraissent « plutôt attrayants en ce moment ». Il a ensuite enchaîné avec un second message, plus ironique cette fois, sur ses « lasers spatiaux » censés truquer les élections, qui n’auraient « pas marché ce coup-ci ».
Derrière ces messages, par lesquels il tente de faire bonne figure, se cache pourtant une très lourde défaite politique pour le patron de SpaceX et Tesla.
C’est en effet au Texas qu’Elon Musk a installé l’essentiel de ses entreprises. Or, les Texans viennent aussi d’y élire Gina Hinojosa (et assez nettement, avec presque 53 % des voix), une gouverneure démocrate qui veut geler la construction de nouveaux data centers, ces bâtiments remplis de serveurs qui se multiplient avec l’essor de l’intelligence artificielle (IA).
Pendant presque toute la nuit électorale, Elon Musk est resté très discret, avec très peu de messages sur X. Encaissait-il le choc de la vague bleue ?
Politico faisait remarquer que l’homme « a été l’un des grands perdants de la soirée électorale. Il a dépensé environ 446 millions de dollars [près de 400 millions d’euros, NDLR] – soit le montant le plus élevé jamais dépensé par une personne n’étant pas candidate lors d’une élection –, mais ses candidats favoris ont été laminés, s’inclinant presque partout. »
Plusieurs commentateurs ont surtout pointé le pari perdu d’Elon Musk, qui avait quitté la Californie pour installer ses entreprises au Texas. Benjy Sarlin, de Vox, résume ainsi la situation :
« Le fait qu’Elon Musk déménage au Texas pour fuir les démocrates, devienne le plus grand mégadonateur partisan de l’histoire, puis dépense environ un demi-milliard de dollars pour voir son propre État basculer du côté démocrate dès l’élection suivante – avec les centres de données au cœur des enjeux gouvernementaux –, c’est quand même assez fort. »

Le Texas, refuge choisi contre la Californie
Elon Musk n’a pas choisi le Texas par hasard. Il y a déménagé en 2020, et Tesla y a installé son siège en 2021, à Austin, à côté de sa Gigafactory. En juillet 2024, il annonçait aussi quitter la Californie pour y déplacer les sièges de SpaceX et de X. Le Texas était alors gouverné par le républicain Greg Abbott depuis 2015.
Pourquoi cette migration d’un État à l’autre ? À l’époque, le gouverneur démocrate de Californie, Gavin Newsom, venait de signer une loi sur l’identité de genre des élèves, la « goutte d’eau » pour Musk, rapportait le Texas Tribune. Au Texas, on trouve aussi Starbase, sa base de lancement près de Brownsville, qui est devenue une ville à part entière en 2025.
En plus des chèques aux montants stratosphériques, Elon Musk s’est engagé en personne. En octobre, il a officiellement soutenu le républicain Ken Paxton, procureur général du Texas, dans la course au Sénat, puis s’est mis à attaquer à répétition sur X le candidat démocrate James Talarico, un ancien professeur, en lice pour le même poste.
Parmi les tweets, il y a eu celui du 22 octobre où Elon Musk écrivait qu’il y avait « quelque chose de profondément détraqué » chez James Talarico. Le lendemain, le milliardaire affirmait que le candidat démocrate « déteste le Texas et l’Amérique », relevait CNBC. Talarico a répondu par une publicité qui disait que « le Texas n’est pas à vendre. »
Dans la nuit de mardi à mercredi, James Talarico est devenu le premier démocrate élu sénateur du Texas depuis Lloyd Bentsen, en 1988.
Les démocrates texans ont aussi tenu bon dans les élections à la Chambre des représentants, où les républicains avaient pourtant misé en 2025 sur un redécoupage électoral censé les avantager. Ils avaient redessiné la carte des circonscriptions texanes pour faire basculer cinq sièges démocrates.
Ce charcutage électoral (le gerrymandering) consiste, pour le parti au pouvoir, à retracer les circonscriptions à son avantage. Mais d’après un décompte du même Texas Tribune dans la nuit, les républicains ne devraient pas dépasser leurs 25 sièges actuels, et pourraient même en perdre. Ce qui accentuerait encore plus ce constat de déroute.

Des data centers en orbite, un projet plus ancien que la défaite
La bascule du Texas complique la tâche d’Elon Musk, qui y mène plusieurs grands projets de data centers et de calcul intensif, répartis entre ses entreprises (Tesla, xAI / SpaceX). S’il plaisante aujourd’hui sur les data centers dans l’espace, l’orbite pourrait bien devenir sa planche de salut.
Le milliardaire n’a toutefois pas attendu le scrutin pour défendre les data centers en orbite. Déjà en juin 2026, SpaceX a présenté AI1, son premier satellite conçu pour l’IA. Il fait 70 mètres d’envergure et offre 150 kilowatts de puissance, à peu près celle d’une borne de recharge rapide pour voiture électrique.
À ce moment-là, SpaceX mettait en avant un argument énergétique : installer des data centers en orbite permettrait d’échapper à la crise de l’électricité qui les guette sur Terre. L’idée reste toutefois très discutée, au regard des défis techniques et des coûts qu’il reste à surmonter pour rendre le concept viable et durable.
Les data centers, gros consommateurs d’eau et d’électricité, étaient devenus un sujet d’inquiétude au Texas, chez les électeurs républicains comme démocrates. Gina Hinojosa en a fait un axe de campagne : durant sa campagne, elle a demandé un moratoire sur les nouveaux data centers qui durerait tant que la loi ne protège pas mieux l’électricité, l’eau et les habitants.
Elle prendra ses fonctions à Austin en janvier 2027.
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