Sur X (AnCienNeMent TwiTtEr), le 19 mai, 9 ans après Blaise Matuidi, Bryan Johnson a présenté Kate Tolo comme « Bryan Johnson Femme ». Cofondatrice de Blueprint, sa marque de longévité, la compagne du millionnaire devient le second cobaye d’un protocole qu’il documente sur lui-même depuis cinq ans. Elle deviendra, selon lui, « la femme la plus mesurée de l’histoire ».
Pour Kate Tolo, qui ne partage pas la passion de Bryan pour la mesure, le programme est massif.
Selon l’annonce, trois mois de cartographie initiale du corps de madame Tolo, contre une à deux semaines pour Bryan Johnson, le temps de mesurer son cycle menstruel sur quatre points clés, avec une équipe médicale dédiée à plein temps. Johnson revendique 1,5 milliard de données collectées sur son propre corps en cinq ans, et prédit que Kate dépassera ce volume, technologie plus récente oblige.

Les questions visées par ce programme sont concrètes et ont un objectif final d’amélioration de la vie en bonne santé des femmes : faut-il jeûner pendant les règles, l’apport en fer ou en magnésium doit-il varier selon la phase du cycle, peut-on ralentir la périménopause, comment soulager le syndrome prémenstruel ? De plus, Kate Tolo souffre d’une endométriose suspectée, qui touche environ une femme sur dix, et son traitement fait partie des axes de travail.
La médecine féminine, angle mort de la recherche clinique
L’argument central de Johnson tient en une statistique qui aurait toutes les raisons de vous mettre en colère : entre 1977 et 1993, le régulateur américain a recommandé d’exclure les femmes en âge de procréer des phases précoces des essais cliniques, par crainte d’effets sur d’éventuels fœtus.
Lire : seize ans pendant lesquels la médecine s’est très largement écrite au masculin. L’Office of Research on Women’s Health du NIH (National Health Institute) rappelle que la mesure visait aussi les femmes célibataires, sous contraception, ou dont le mari avait été vasectomisé. Conséquence directe : la plupart des protocoles médicaux appliqués aux femmes ont été validés sur des corps masculins.
Johnson propose une parade : produire des données ultra-granulaires sur des individues isolées, ce qu’il appelle la « médecine n=1 ».
Science ou téléralité ?
Mais les chercheurs en médecine le savent : doubler l’échantillon ne fait pas une étude. Deux personnes ultra-suivies, ultra-équipées, ce n’est pas la cohorte représentative qui manque à la médecine féminine, c’est un couple qui dispose d’un budget annuel supérieur à celui d’un labo universitaire de taille moyenne.
Les protocoles testés ne seront, par construction, pas reproductibles par le commun des mortels : difficile de s’offrir une équipe médicale à demeure et des mesures toutes les quatre heures. Johnson, qui contrairement à ce qu’on peut croire, n’est pas dénué d’humour, a par ailleurs déjà publié sur X jusqu’au rapport vaginal détaillé de sa compagne, ce qui dit aussi quelque chose du dispositif.
En revanche, les questions posées, elles, restent légitimes et personne, dans la recherche académique, ne dispose des moyens ni de la liberté éditoriale pour mesurer une seule femme avec autant de granularité. Pour les femmes qui n’ont jamais vu un protocole médical pensé pour elles, l’initiative comble un vide symbolique, et c’est peut-être déjà ça. Si, en plus, Johnson et Tolo arrivent à trouver des débuts de pistes pour traiter des problèmes de santé féminins, alors l’expérience aura vraiment valu le coup (et le coût).
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