L’ancien numéro 2 d’Ubisoft, son bras droit et un ancien manager du studio vont être jugés pour harcèlement sexuel et moral. Plusieurs plaintes avaient été déposées en 2021 à la suite des révélations de Numerama et de Libération.

C’est un coup de tonnerre : trois anciens cadres d’Ubisoft seront jugés pour des faits de harcèlement sexuel et harcèlement moral, révèle le 24 janvier 2023 L’Informé. Parmi eux, Serge Hascoët, l’ancien numéro deux du studio, son ancien bras droit, Tommy François, et un troisième manager, dont le nom n’a pas été cité. Le groupe Ubisoft, qui faisait également l’objet d’une plainte déposée par le syndicat Solidaires, n’est pas mis en cause.

Cette annonce arrive quelques mois après le placement en garde à vue des deux hommes, ainsi que trois autres anciens employés d’Ubisoft. Ils travaillaient au fameux service « Édito », qui avait été décrit comme un « boy’s club » où régnait une ambiance toxique et dans lequel le harcèlement aurait été monnaie courante. Une audience doit se tenir au début du mois de février devant le tribunal correctionnel de Bobigny afin de fixer la date du procès, selon L’Informé.

Un procès pour harcèlement sexuel et moral au sein d’Ubisoft

Serge Hascoët et Tommy François vont être jugés pour des faits de harcèlements sexuel et moral. D’après L’Informé, Tommy François va aussi être « renvoyé devant le tribunal pour une tentative d’atteinte sexuelle ». Il lui est reproché d’avoir tenté d’embrasser de force une ancienne salariée d’Ubisoft lors d’une soirée organisée par l’entreprise.

Le troisième manager n’est concerné que par des faits de harcèlement moral. « Le parquet retient contre lui des cris, des colères ou des brimades », indique L’Informé. Il aurait ainsi insulté de « gros naze » plusieurs membres de son équipe, aurait menacé une collaboratrice de « la tuer », et aurait « approché un briquet de la barbe d’un collègue. »

Le studio Ubisoft, contacté par nos confrères, « ne souhaite pas commenter une procédure judiciaire où ne sont parties ni la société, ni son dirigeant ». « Serge Hascoët et son avocat, Me Jean-Guillaume Le Mintier, ne souhaitent pas non plus s’exprimer à ce stade. Tommy François et son conseil n’avaient pas répondu à nos sollicitations au moment de la publication de cet article. »

En 2020, une vague de témoignages sur X (anciennement Twitter) faisant état de problèmes de harcèlement au sein de plusieurs studios d’Ubisoft à travers le monde. Cette prise de parole avait rapidement été suivie par la publication de plusieurs enquêtes, réalisées par Numerama et par Libération.

Une partie de l'équipe de l'édito à Ubisoft en 2014. À gauche, Tommy François, au milieu, Serge Hascoët // Source : Capture d'écran Twitter/ Floutage Numerama
Une partie de l’équipe de l’édito à Ubisoft en 2014. À gauche, Tommy François, au milieu, Serge Hascoët. // Source : Capture d’écran Twitter/ Floutage Numerama

Nos articles avaient révélé qu’une ambiance toxique régnait dans de nombreux services d’Ubisoft, en France et à l’étranger. Les comportements de nombreux managers avaient été pointés du doigt, et, particulièrement en France, Serge Hascoët et Tommy François avaient été accusés de graves comportements.

Serge Hascoët, le très puissant ex-directeur créatif d’Ubisoft, chef du service Édito, et son bras droit, Tommy Français, avaient été désignés par nos témoins comme responsables de l’ambiance toxique qui régnait au sein d’une partie de l’entreprise. Tommy François aurait ainsi embrassé de force ou tenté d’embrasser de force plusieurs employées lors de soirées organisées par l’entreprise, sans que d’autres employés réagissent. Serge Hascoët aurait quant à lui multiplié les blagues à connotations sexuelles et les commentaires sur la vie privée de ses collaboratrices, créant une ambiance de « boy’s club » décrite comme toxique par nos témoins, et aurait également harcelé moralement les employés.

Leurs agissements auraient, de plus, été protégés par le service des ressources humaines de l’entreprise. Selon nos témoins, les RH auraient couvert les cadres, défendu leurs pratiques, et auraient poussé vers la sortie leurs victimes, sans les protéger.

Ces révélations avaient été suivies d’une plainte, déposée en 2021 par le syndicat Solidaires et par plusieurs victimes. Une enquête pour harcèlement moral et sexuel avait été ouverte suite à cela, confiée à la police judiciaire de Police, qui aurait selon Libération recueilli pendant plus d’un an des témoignages d’une cinquantaine de personnes, salariés et ex-employés.


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