Cette semaine, Lucie Ronfaut analyse la tendance de l’été 2022 : de nombreuses femmes rejettent les injonctions à la perfection qui se répandent sur Instagram et caricaturent l’absence de soin de soi, la non-productivité et l’oisiveté.

J’étais le genre de gamine à faire mes courses pour la rentrée dès le mois de juillet. Je tannais mes parents pour aller à l’hypermarché, puis je passais beaucoup de temps à comparer les différents designs d’agenda, les couleurs de stabilo et à prévoir le nombre d’intercalaires nécessaires dans mon trieur. On pourrait croire qu’en conséquence, j’avais hâte que l’été s’achève. Au contraire, j’adorais cette période, parce qu’elle était pleine de possibilités. Peut-être qu’en choisissant un agenda L’Étudiant plutôt qu’Anne Geddes, j’aurais l’air d’une fille mature pour son âge. Peut-être que cette année scolaire, je serai plus cool.

(Lucie, 13 ans, j’ai une mauvaise nouvelle pour toi)

L’été nous est vendu comme une période de transformation (et de consommation) depuis bien longtemps, nos espoirs influencés par une cohorte de livres, films, séries télévisées et chansons guillerettes. Cela comprend aussi, évidemment, les mèmes sur les réseaux sociaux. On a vécu le hot girl summer (premier mème du genre, inspiré par une chanson de la rappeuse Megan Thee Stallion, en 2019), le hot vax summer, le white boy summer, mais aussi le flop summer, quand on a admis que le soleil et des tweets inspirants ne régleraient pas tous nos problèmes. La mythification de l’été en ligne n’a pas encore atteint le niveau de l’automne, mais on y observe des phénomènes similaires : une saison devient une parabole de nos envies et de nos identités, que l’on exprime avec les outils numériques à notre disposition.

Cette année, l’intelligence collective de TikTok nous a annoncé que notre été serait différent. Place au feral girl summer ! « L’idée, c’est de se comporter comme un petit rat », nous explique Mel Magazine. En d’autres termes, d’embrasser le chaos et de ne pas se soucier du regard des autres.

Cet article est extrait de notre newsletter hebdomadaire Règle30, éditée par Numerama et écrite par Lucie Ronfaut. Il s’agit du numéro du 20 juillet 2022. Pour vous y inscrire gratuitement, c’est ici.

C’est quoi, une feral girl ?

La feral girl est davantage une philosophie qu’un mode d’emploi. Pour certaines personnes, cela se traduira par prendre trois shots un mardi soir à 21h, puis de les vomir dans le caniveau, si possible en éclaboussant les chaussures de la personne qui vous accompagne. Pour d’autres, il pourra s’agir de passer son week-end affalée en culotte sur son lit, à regarder des vieux épisodes de C’est Mon Choix sur YouTube tout en vidant une boîte entière de Kiri Goûter. L’important, note Mel Magazine, c’est de démontrer une absence totale de discipline personnelle, en opposition à ce qu’on attend généralement des femmes en ligne (et loin de nos écrans) : une beauté d’apparence sans efforts, mais strictement sous contrôle.

Ce n’est pas par hasard si la feral girl vient rejoindre d’autres symboles chaotiques populaires sur les réseaux sociaux ces dernières années : Shrek, le retour en grâce du mauvais goût assumé, le mème du goblin mode, etc. Il y a quelque chose de jouissif à célébrer notre perte de contrôle volontaire, en devenant des versions plus laides et plus stupides de nous-même, dans un monde qui est, de toute manière, incontrôlable. Il y a aussi, sans doute, quelque chose d’ironique à revendiquer notre je-m’en-foutisme en nous rangeant sagement dans les petites boîtes de nos identités numériques. Mais les forêts brulent, le droit à l’avortement recule, le covid en est à sa septième vague, le prix de mes courses explose, et je ne peux pas non plus contrôler les réseaux sociaux, leurs algorithmes et leur influence sur ma vie et mes désirs. Alors je peux au moins choisir d’être une gobeline, le temps d’un été.

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La revue de presse

Chillrun

Le speedrun est une pratique populaire dans le milieu vidéoludique, qui consiste à finir le plus vite possible un jeu vidéo. Cette course contre-la-montre est généralement diffusée en direct sur Twitch ou d’autres plateformes de streaming. Pourtant, malgré la performance sportive et ses conditions franchement stressantes pour le joueur ou la joueuse (par exemple, Super Mario 64 peut-être achevé en 7 minutes contre une vingtaine d’heures de jeu en moyenne), certains et certaines fans assurent que regarder des speedruns les aide à se détendre, voire à lutter contre leur anxiété. C’est à lire du côté de Numerama.
 

Accessible

Le média américain The Verge organisait récemment une Accessibility Week, en publiant une dizaine d’articles dédiés au manque d’accès des nouvelles technologies et du web pour les personnes handicapées. Honnêtement, j’aurais du mal à choisir un seul contenu à vous recommander, donc je vous en propose trois : les bots amateurs qui rendent Twitter plus accessible aux malvoyant·esl’histoire méconnue des lecteurs d’écran et les relations compliquées entre le journalisme tech et le handicap (articles en anglais)
 

TW : homophobie

Les fans de k-pop sont souvent admiré·es pour leur créativité et leur engagement sur les réseaux sociaux, qu’il s’agisse de récolter des fonds pour une œuvre caritative ou de semer la pagaille dans un meeting de Donald Trump. Moins connus sont les problèmes d’homophobie qui déchirent ce fandom depuis des années. Cette violence (qui s’illustre beaucoup en ligne, mais pas que) vise autant les fans LGBT que certain·es artistes, dans une industrie qui n’hésite pas à abuser du queerbaiting pour attirer l’attention, sans pour autant parler franchement du sujet. C’est le sujet d’une enquête d’Input Mag, à lire par là.
 

Gros bébés

La semaine dernière, je vous parlais de l’obsession d’Elon Musk pour le déclin de la natalité. Elle est visiblement partagée par d’autres personnalités des nouvelles technologies, comme Marc Andreesen, célèbre investisseur de la Silicon Valley. Pour creuser un peu ce vaste sujet, Vice revient sur ce courant de pensées et ses origines, ainsi que l’intérêt des ultra-riches à contrôler le nombre de naissances. C’est à lire (en anglais) par ici.

Quelque chose à lire/regarder/écouter/jouer

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Dans un futur proche, des scientifiques mettent au point un appareil révolutionnaire, le DC Mini, capable d’enregistrer les rêves et de modifier leurs cours. Le but de son inventrice, la docteure Atsuko Chiba, est de venir en aide à des malades psychiatriques, en intervenant dans leur inconscient à l’aide de son alter ego onirique, la pétillante Paprika. Mais alors que la machine est toujours en phase de test, l’un de ses prototypes est dérobé. Débute une course poursuite entre la réalité et les songes.

Si vous n’avez jamais vu Paprika, je suis très jalouse de votre chance : j’adorerais regarder ce film pour la première fois, et revivre la claque fictionnelle, visuelle et sonore qu’il m’a été procurée. À défaut, je suis ravie que ce chef-d’œuvre soit disponible gratuitement, tout l’été, sur la plateforme de streaming de France Télévisions. Seize ans après sa première diffusion, Paprika reste une œuvre fondamentale dans l’histoire de l’animation et de la science-fiction, qui raconte le chaos d’une technologie qui prend peu à peu possession de nos corps, mais où la menace reste les désirs des hommes. Un peu comme dormir un soir de canicule, regarder Paprika, c’est vivre un rêve fiévreux. Fermez les volets, et ouvrez les yeux.

Paprika, un film de Satoshi Kon, à regarder sur le site de France tv jusqu’au 31 août

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