Dans la guerre de l’information, la France a décidé de rendre les coups.
Lancée en septembre 2025, en réponse à une série d’attaques liées à la reconnaissance de l’État de Palestine, l’initiative French Response a rapidement marqué une rupture totale avec la communication traditionnelle de l’État.
Là où le compte officiel de la diplomatie française, fort de ses 1,1 million d’abonnés, « porte une parole institutionnelle dont on a besoin aussi et que les Français attendent », French Response poursuit une autre mission : descendre dans l’arène.
Pour exister sur les réseaux sociaux, le ministère a choisi d’en adopter les codes. Après un premier tweet adressé directement au Secrétaire d’État américain Marco Rubio, s’ensuivront des centaines d’autres, où le ton devient peu à peu plus direct, plus « mémique ».
« Il faut aussi adopter les codes de la plateforme sur laquelle on est », explique Pascal Confavreux, porte-parole du ministère de l’Europe et des Affaires Étrangères lors d’un entretien accordé à Numerama. « Parfois ça va être des images, parfois des jeux de mots, parfois quelque chose de très factuel, comme un tableau de chiffres. »



Les dessous d’une stratégie inédite
En matière de stratégie sur les réseaux sociaux, l’objectif de French Response n’est pas d’accumuler les abonnés, mais de générer de la viralité pour percer les bulles algorithmiques.
Le ministère souligne le très haut niveau d’engagement des posts et se félicite de l’accueil du public. La création rapide d’une communauté a été « une bonne surprise », confie Pascal Confavreux, évoquant « de nombreux Français et en réalité aussi d’étrangers qui nous disent : ‘Merci de ce que vous faites‘ ».
Mais si le ton est décalé, l’organisation en coulisses est bien plus structurée qu’il n’y paraît. Le porte-parole refuse de dévoiler le fonctionnement exact du système de validation des posts, de leur ciblage et de leur tonalité, mais les grandes lignes nous ont été dessinées.
La genèse du projet remonte à 2022, avec la création d’une sous-direction dédiée à la veille et à la stratégie, équipée « de nombreux logiciels de scraping » pour détecter les attaques sur les réseaux sociaux. Elle réunit aujourd’hui des profils variés : « des diplomates, des anciens journalistes, des communicants ».
Le principal défi opérationnel reste la vitesse d’exécution. Pour contrer une manipulation, l’équipe a mis en place « une forme de validation extrêmement rapide », en associant différents échelons décisionnels, y compris politiques. La cellule évalue la gravité mais aussi la viralité d’une attaque afin d’éviter « de donner une forme de visibilité à une information qui pourrait être nocive mais qui n’aurait pas la viralité », autrement dit de provoquer un effet Streisand.
Pascal Confavreux trace enfin une ligne rouge : French Response n’intervient pas dans les affaires franco-françaises. « Notre mandat, c’est de répondre aux attaques informationnelles qui viennent de l’étranger », rappelle-t-il. L’objectif est de « protéger les Français et les Françaises et notre débat public », sans jamais interférer avec le débat politique national.
Dissuasion européenne et le paradoxe Elon Musk
Pour French Response, l’avenir semble encore radieux pour une diplomatie française qui y voit un outil de réplique encore largement inexploité. Portée par le ministre Jean-Noël Barrot, l’intuition derrière ce compte est claire : « On ne peut pas gagner la bataille informationnelle si on ne mène pas la guerre. » L’objectif est de créer « une force de dissuasion » en exposant « les grosses ficelles ou le ridicule de certaines accusations ».
Cette stratégie de bouclier numérique dépasse d’ailleurs les frontières françaises. French Response n’hésite pas à voler au secours de ses voisins européens. Le compte est ainsi venu « en soutien des Espagnols quand ils se sont fait attaquer par Elon Musk », ou encore en aide aux Allemands, attaqués « sur leur politique vaccinale ». Une solidarité qui suscite l’intérêt de partenaires européens selon Pascal Confavreux. Dernière illustration en date : les élections législatives en Hongrie.

En attendant de voir apparaître une Spanish ou German Response, un paradoxe demeure : la France mène cette guerre principalement sur X, une plateforme contrôlée par Elon Musk, lui-même acteur de cette guerre de l’information.
Un choix assumé par pragmatisme : « On a commencé par cette plateforme parce que c’était une plateforme dans laquelle les attaques visant la France étaient assez nombreuses. » Le ministère revendique une pure « logique d’impact et de reach ».
Pour l’heure, la cohabitation fonctionne. L’équipe affirme n’avoir reçu, à sa connaissance, aucune menace de shadow ban de la part du réseau social. Mais l’État reste prudent et dans une logique de test : s’il se concentre sur X aujourd’hui, il n’exclut pas « d’aller sur d’autres plateformes » à l’avenir.
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