[CHRONIQUE] La cybersécurité charrie de nombreux clichés et idées reçues, ce qui empêche parfois le grand public de comprendre réellement les enjeux sous certaines affaires. C’est ce que la chronique de Numerama démystifie cette semaine, dans l’émission le Meilleur des mondes sur France Culture, dont nous sommes partenaires.

Si je vous dis : un pull à capuche noir, des cernes jusque par terre, des litres de café et des doigts qui tapotent à la vitesse de l’éclair sur un clavier… Vous me dites ? Vous me dites ? Un hacker bien sûr ! C’est comme ça que la fiction les représente depuis des décennies. Il y a les Missions Impossible, les James Bond, mais aussi la télé : personne n’aura échappé à l’incontournable Mr Robot, la série qui met en scène Elliot Alderson, un informaticien irascible avec des troubles d’anxiété sociale, mais brillant pirate manipulateur.

Quand c’est Elliot Alderson qui parle de « routage en oignon », ça fait tout de suite très peur. Pourtant, ce qu’énumère le petit génie de l’informatique n’a rien de très complexe, lorsque l’on s’intéresse au fonctionnement du dark net. Le navigateur Tor, dont il parle, est d’ailleurs majoritairement utilisé par des internautes qui se rendent sur des sites tout à fait ordinaires. En 2020, une étude a montré que seuls 7 % utilisaient Tor pour se rendre sur les parties « cachées » du web

Il existe de nombreuses illusions sur les hackers

Ce n’est néanmoins qu’un exemple parmi d’autres, sur les mythes que charrie la cybersécurité. Revenons à nos moutons, ou plutôt, à nos fameux hackers. Le sens du mot est, en lui-même, important. Un hacker, cela désigne grossièrement quelqu’un de curieux, qui sait contourner certaines barrières informatiques. Mais il n’est pas forcément malveillant ! Alors, lorsqu’il nous arrive à Numerama de parler des pirates, certains lecteurs sont prompts à nous rappeler combien tous les hackers ne sont pas des grands méchants — et ils ont raison de le faire !

Il y a également, souvent, une illusion sur les talents numériques dont disposent vraiment certains pirates. De nos jours, pour voler leurs identifiants à quelques citoyens naïfs, il n’y a parfois pas besoin d’avoir recours à des pièges très sophistiqués… Un simple mail personnalisé peut malheureusement suffire pour s’adonner à du phishing.

Le personnage de Rami Male dans Mr Robot incarne bien le cliché des hackers
Le personnage de Rami Male dans Mr Robot incarne bien le cliché des hackers

La confusion vient probablement du mot « cybercriminalité » en lui-même, qui vient de l’anglais cybercrime et qui inspire la gravité. Or en France, un crime est la plus haute infraction possible (un viol, un meurtre). Ce que font les hackers malveillants s’apparente la majorité du temps plus à des délits : ce n’est pas parce que le vol se fait sur le web qu’il est considéré comme plus grave. En tout cas, pas pour l’instant. C’est pour cette raison que certains souhaiteraient que l’on parle plus de cyberdélinquance que de cybercriminalité

D’ailleurs on le remarque sur Numerama quand on entre en contact avec des hackers peu scrupuleux qui revendent des données : ils ont l’air très jeunes, peu appliqués… D’ailleurs à votre avis, combien ça vaut, 1 500 passeports Français à la revente en 2022 ? Et bien c’est 3 000 dollars, soit seulement 2 dollars le passeport. Oui, vos données personnelles sont déjà tellement dans la nature qu’elles finissent par… ne plus rien valoir. Encore un mythe qui s’écroule. Et pour le coup, celui-ci est bien déprimant.

Pour écouter Le Meilleur des Mondes sur France Culture, dont Numerama est partenaire

L’émission Cyberattaques : quelle menace, quelles solutions ? été diffusée vendredi 4 novembre à 21h et samedi 5 novembre 2022 à 17h sur France Culture.

Le Meilleur des mondes est l’émission de François Saltiel, préparée avec Juliette Devaux. Elle est disponible en podcast, sur Apple PodcastSpotifyDeezer et vos autres plateformes préférées.