Depuis l'annonce de la Libra, les autorités politiques et bancaires se sont succédé pour émettre des mises en garde. Dernière sortie date, celle du gouverneur de la Banque de France.

En France comme à l’étranger, les incursions de Facebook dans la cryptomonnaie sont observées avec une certaine appréhension, en témoigne la réaction immédiate de Bruno Le Maire, ministre de l’Économie et des Finances : dès l’annonce du réseau social passée, l’intéressé a tenu à fixer des lignes rouges à ne pas franchir, comme la mise en place d’une monnaie souveraine ou le financement d’activités illicites.

Depuis, d’autres institutions sont montées au créneau : c’est le cas du Sénat, ou plus précisément de la commission d’enquête sénatoriale sur la souveraineté numérique. Le 20 juin, elle annonçait son intention d’examiner « les conséquences de cette évolution fondamentale, qui pourrait bouleverser les conditions d’exercice de la souveraineté des États bien au-delà du domaine monétaire ».

Le projet Libra, sur lequel reposera Calibra.

La Banque de France rappelle les règles du jeu

Idem du côté de la Banque de France. François Villeroy de Galhau, son gouverneur, a aussi rappelé le cadre dans lequel doit s’inscrire Facebook pour éviter d’avoir des ennuis. Ainsi, dans une interview accordée au Nouvel Observateur, le 25 juin, l’intéressé a exigé que «  le Libra de Facebook devra se plier aux règles des banques centrales » — dans les faits, il faudrait plutôt parler de Calibra, qui est le vrai projet de Facebook

En effet, le réseau social n’a été qu’un déclencheur du projet : Libra en tant que tel est un projet open source, dirigé par plusieurs acteurs et décentralisé (chaque acteur peut opérer son nœud comme il le souhaite). Si Facebook est bien acteur du projet et aura sa propre intégration de la monnaie, d’autres entreprises, comme Uber ou Free, pourront tout à fait l’utiliser sans passer par Facebook.

En fait, ce que Facebook va vraiment lancer, en 2020, c’est Calibra : il s’agit d’un porte-monnaie numérique disponible dans ses applications (Facebook, Messenger, Instagram, WhatsApp) qui servira à faire des transactions. Il n’en demeure pas moins que Facebook, avec tout le poids qu’on lui connait sur le web, constitue objectivement l’un des risques potentiels sur Libra.

Vers l’obligation de détenir une licence bancaire

Parmi les leviers que François Villeroy de Galhau et ses homologues sont en mesure d’actionner figure la licence bancaire : « Si le projet veut, au-delà des paiements, offrir des services bancaires, comme des dépôts, des placements financiers et des crédits, alors il devra être régulé comme une banque, avec une licence bancaire dans tous les pays où il opérera. Sinon, il serait illégal  », argue-t-il.

Ailleurs en Europe, d’autres responsables du secteur bancaire ont tenu des propos analogues ou demandé des explications complémentaires. C’est le cas d’Andrew Bailey, le patron de la Financial Conduct Authority, une instance de régulation de la finance au Royaume-Uni, et de Domenico Gammaldi, de la Banque d’Italie, dans des propos qui ont été rapportés par Reuters le 25 juin.

La commission d’enquête du Sénat a prévu d’entendre justement le gouverneur de la Banque de France, mais aussi des représentants des géants du numérique.

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