Bill Gates estime que le virage raté de Microsoft dans les smartphones est de sa faute. Il aurait dû faire ce qu'a fait Google avec Android.

Bill Gates a beau avoir quitté depuis longtemps toute responsabilité chez Microsoft, le multimilliardaire américain cultive encore aujourd’hui un profond regret sur le virage complètement raté dans le mobile. C’est ce qui ressort d’une longue interview vidéo accordée à Village Global : l’intéressé juge même que ne pas avoir devancé la stratégie d’Android constitue la plus grande erreur de sa carrière.

« La plus grande erreur que j’aie jamais commise est la mauvaise gestion que j’ai eue et qui a fait que Microsoft n’est pas ce qu’est Android », commente l’homme d’affaires, reconverti aujourd’hui dans la philanthropie, dans un passage isolé par The Verge le 24 juin 2019. Pourtant, Microsoft n’était pas absent du marché du mobile : le groupe avait développé son propre système d’exploitation et l’avait mis à disposition de l’industrie.

Mais cela n’a pas pris. Pourtant, pense Bill Gates, « c’était quelque chose que Microsoft aurait dû naturellement remporter ». C’était même un impératif de survie : il n’y avait de la place que pour un seul autre acteur face à Apple et son écosystème fermé, et c’est Google qui l’a prise. Une place à 400 milliards de dollars, estime-t-il Tous les autres OS mobiles ont fini par disparaître ou sont réduits à une portion insignifiante.

Bill Gates juge de sa responsabilité le virage manqué dans le mobile.
Bill Gates. // Source : Flickr/CC/OnInnovation

Une responsabilité limitée

La sévérité avec laquelle Bill Gates se juge rétrospectivement doit toutefois être nuancée : le fondateur de Microsoft s’était déjà fortement désengagé de son groupe. D’abord en 2000, avec sa démission du poste de PDG, puis en 2008 avec l’abandon des dernières fonctions opérationnelles dont il avait encore la responsabilité. Or, l’iPhone n’est apparu qu’un an avant.

Si Bill Gates a gardé par la suite encore un pied dans l’entreprise (il est encore membre du conseil d’administration, même s’il a quitté la présidence en 2014, et occupe toujours un rôle de « conseiller technologique »), il avait depuis longtemps quitté toute responsabilité. Son échec en la matière est très indirect et c’est davantage au niveau des décisionnaires de l’époque, comme Steve Ballmer, qu’il faut regarder.

Sa réaction après l’annonce de l’iPhone est entrée dans les annales : après un éclat de rire, le PDG d’alors (il a pris sa retraite en 2013) estimait qu’il « n’y a aucune chance que l’iPhone ait un jour une part de marché significative. Aucune chance. C’est un produit à 500 dollars avec un abonnement  ». Douze ans plus tard, le marché a rendu son verdict : Windows Phone a disparu et Apple se partage le secteur avec Google.

Mais ce que n’a surtout pas vu Steve Ballmer (il est vrai qu’il n’est jamais simple de deviner à l’avance les réussites et les échecs, y compris dans la presse spécialisée ou non), c’est le succès de Google. Avec Android, la firme de Mountain View va tout simplement appliquer à sa sauce la recette de Microsoft dans le marché PC, mais pour les smartphones. L’avance prise par Google ne sera jamais comblée.

Aujourd’hui, Microsoft a changé de fusil d’épaule. Sous la direction de Satya Nadella, le PDG du groupe depuis 2014, l’éditeur américain se concentre sur l’offre logicielle. À défaut d’avoir la maîtrise du système d’exploitation, l’entreprise a fait le choix de déployer son catalogue sur Android et iOS, comme sa suite bureautique Office et son assistant virtuel Cortana.

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