Pour la première fois, un président a choisi de poser un objet technologique dans le cadre du portrait officiel. Avec cet objet, Emmanuel Macron actualise une valeur qu'il porte au centre de son projet et qui n'est pas, normalement, celle de la fonction présidentielle : le travail.

Cela n’aura échappé à personne : le nouveau président de la République Française est un amoureux des symboles. Chaque déplacement, chaque intervention, chaque prise de parole est maîtrisée et millimétrée. Ce goût de la symbolique que la presse politique et celles et ceux qui ont suivi la campagne connaissaient déjà a été cristallisé le jour de son élection par cette arrivée monumentale au Louvre, rythmée par l’Hymne à la joie et dont chaque plan avait été conçu pour faire parler. Le tout a abouti sur la désormais célèbre contre-plongée avec la pyramide en arrière-plan.

Pour sa photographie officielle, Emmanuel Macron n’a pas déçu. La photo a été minutieusement ajustée — comme si elle avait été conçue pour faire parler, pour que tout le monde trouve quelque chose à dire dessus. Le président n’est ni dehors ni dedans. La posture est affirmée mais le visage n’est pas grave. L’Europe côtoie la France. Horloge, coq et livres (Stendhal, Le Rouge et le Noir, Les Mémoires du Général de Gaulle et Les Nourritures Terrestres de Gide) complètent le décor — la page de celui qui est ouvert  a d’ailleurs été choisie par le président.

L’iPhone de la discorde

Et dans le coin gauche de l’image, presque sous la main, on trouve deux iPhone, placés l’un sur l’autre — ce qui n’a pas manqué d’attirer le regard des commentateurs, français et internationaux. S’il semble évident que le président Macron n’a pas été approché par Apple pour un placement produit ou qu’il n’a pas décidé de célébrer les 10 ans du smartphone, cela reste tout de même un objet incongru sur un cliché présidentiel.

Aussi loin que remonte la pratique de cette photographie, aucun président français n’a posé avec un objet technologique de son temps. Livres, médailles et drapeaux ont toujours eu leur place, République après République, photo après photo, mais jamais l’objet possédé par des millions de personnes normales à travers le monde n’avait été aussi mis en avant sur une photo qui ornera les entrées de tous les bâtiments administratifs français. Bref, cela pourrait être anecdotique, mais connaissant les habitudes de M. Macron et de son équipe de communication qui ne fait rien au hasard, cela serait naïf de croire à l’idée de dernière de minute.

Bien au contraire, ce que semble signifier la photographie, au-delà du côté « président qui connaît les nouvelles technologies », c’est la fameuse valeur travail. Le travail, que En Marche a mis au cœur du programme présidentiel, est matérialisé par l’outil — et en effet, on pourrait dire que l’outil de travail du président est un smartphone. L’ordinateur est réservé à ses conseillers et ses assistants, le papier aux déclarations officielles : l’iPhone, en revanche, c’est ce qu’il utilise au quotidien pour communiquer avec ses équipes. On a pu voir ces deux appareils à l’œuvre dans le documentaire qui a été consacré à la campagne : Emmanuel Macron y donne des consignes tout comme il suit l’actualité politique et générale — d’après Dominique de Villepin, le président dort peu et envoie des SMS même la nuit.

Le président travaille

C’est là, précisément, où le symbole devient vraiment intéressant : le « portable » n’est pas (ou ne devrait pas être) l’outil du secret d’état (lire sur Libération « Quatre confidence d’un ancien espion », deuxième intertitre) ou de la diplomatie. La presse américaine n’a pas manqué d’alerter Trump sur son manque de vigilance quand il a proposé à ses homologues de prendre son numéro de téléphone portable pour utiliser in fine ce moyen de communication plus direct.

L’iPhone, pour Emmanuel Macron, est le symbole de son travail : celui effectué avec les équipes d’En Marche jusqu’à son élection, celui des relations avec ses proches au gouvernement, celui, enfin des affaires du quotidien, de la réception des mails et des SMS, la prise de note et de rendez-vous.

La fonction présidentielle ne demande pas de travailler : Emmanuel Macron travaille

C’est l’outil de travail que nous utilisons tous au quotidien à nos fonctions respectives et c’est celui que le président de la République utilise aussi, comme ordinateur de poche, chef d’orchestre d’une journée. L’ouvrier de l’appareil républicain présente son outil d’efficience aux Français : il n’est pas qu’une image, mais aussi — et surtout — une action. Le téléphone, c’est la prise de décision, la rapidité, le contact avec le réel quand le drapeau symbolise la nation et le livre, la culture. La fonction présidentielle ne demande pas de travailler : Emmanuel Macron travaille.

Toutes cette surcharge de valeur contenue dans les smartphones présidentiels est parfaitement en phase avec le programme présenté par En Marche, qui a mis au centre de son argumentaire la volonté de faire travailler, par tous les moyens. Cette volonté que le socialisme futuriste de Benoît Hamon tentait de battre en brèche, en mettant en évidence qu’elle appartenait au passé et non à l’avenir — robots, intelligences artificielles et contrats automatisés étant autant d’épées de Damoclès pendues au-dessus d’une très grande majorité de professions actuelles et à venir.

L’optimiste y verra le politique qui semble enfin rattraper son époque, le pessimiste lui rétorquera qu’il lui reste encore bien du chemin à parcourir avant de la devancer pour construire l’avenir au lieu de le subir.

Partager sur les réseaux sociaux