Nokia a présenté à Barcelone la réédition tant attendue de son iconique 3310. Si la version finale ressemble à celle que nous avons prise en main, ce sera un cuisant échec sur le marché de la nostalgie.

Fermez les yeux. Pensez à un… D’accord. Rouvrez les yeux, sinon vous ne pourrez pas lire la suite. Pensez à un Nokia 3310. Normalement, une forme plutôt pure se matérialise dans votre tête. Vous voyez un téléphone candybar, long, épais, avec un petit écran carré et des touches ovales. Vous vous souvenez d’un bouton figurant deux flèches. Et puis la nostalgie fait effet.

Vous retrouvez vos SMS précieusement conservés, les uns à la suite des autres. Ils coûtaient une fortune à envoyer mais tant pis, il fallait bien dire bonne nuit à votre petite amie tous les soirs. Vous ressentez sous vos doigts les mouvements sur les touches alphanumériques pour déplacer le serpent de Snake, sans qu’il se morde la queue — dans le bus, tous les matins. Vous vous souvenez d’une chute. Puis d’une autre. Et encore une autre. Le téléphone n’avait au pire que quelques égratignures.

Enfin, une image s’impose à vous : le jour où vous l’avez rangé dans un tiroir pour ne plus jamais le sortir. Allez vérifier, il y est peut-être encore.

Cette image du 3310, c’est celle qui a fait de cet engin un symbole de la pop culture et de la tech dans les années 2000 et jusqu’à aujourd’hui. Difficile de trouver un engin aussi symbolique de la révolution de la communication mobile. Le suivant, dans nos esprits, c’est peut-être l’iPhone qui a lancé la vague des smartphones grand public. Et encore, peut-être que le 3310 a encore plus de résonance dans l’inconscient collectif : c’était le téléphone de tout le monde.

Le 26 février 2017, Nokia a présenté la réédition de ce modèle. Dans le même temps, la firme a détruit toute votre mémoire et vos souvenirs : le 3310 n’est pas mort le jour où vous l’avez remisé dans un tiroir, il s’est fait assassiner en ce 26 février. Car Nokia, malgré de beaux discours, n’a pas compris comment fonctionnait la nostalgie autour de cet appareil. C’est un engin iconique pour trois raisons : son design, sa solidité et Snake.

Commençons par le design. Le 3310 de 2017 ne respecte pas la forme presque brutale de son ancêtre. En lieu et place des angles travaillés qui ont fait du 3310 un exemple même de design industriel réussi et passe-partout, la version 2017 de l’engin laisse sa place à des formes rondes et allongées, sans aucune proportion. Le téléphone est plus petit et plus léger — c’est peut-être l’un de ses rares points positifs. Un bref sondage dans la salle après la conférence nous renseigne : ici, les mots « laid », « hideux » ou encore « bof » ont laissé la place à l’enthousiasme qui a précédé la conférence et qui était palpable ces dernières semaines dans la presse généraliste et spécialisée.

Passons à la solidité. Le 3310 de 2017 est clairement cheap. Le plastique rigide fait passer l’engin pour un jouet et on aurait peur de le laisser tomber ne serait-ce qu’une seule fois. On s’imaginait que pour la blague, Nokia ferait tomber son 3310 sur scène pour le présenter, mais même eux ne s’y sont pas risqués. Pire : pendant l’habituelle séance de prise en main, en plein live, la lettre A de Nokia, au dos du téléphone, a commencé à se décoller. Ce n’est pas un drame, mais c’est un signe que la qualité de fabrication n’est pas au rendez-vous. Si une lettre du logo se détache après quelques minutes de prise en main, nous n’osons pas imaginer la tête du téléphone après un mois d’utilisation…

Enfin, Snake. Non, Snake n’est pas de retour. Le Snake iconique dont vous vous souvenez est peut-être sur Facebook Messenger (il y est vraiment, allez voir dans les jeux), mais clairement pas sur cet appareil. Écran couleur et système d’exploitation maison obligent, Nokia a préféré une version ultérieure de Snake, développée par Gameloft. Ce n’est pas dramatique, mais ce n’est ni amusant, ni agréable. En fait, cela manque parfaitement toute la magie de la nostalgie : c’est comme si Nintendo avait mis des jeux remasterisés sur sa NES Classic Mini. Personne n’en aurait voulu.

Résultat, on se retrouve avec un téléphone pour nostalgique qui n’a rien de nostalgique. Le design n’est pas le même, l’ergonomie a changé, la robustesse n’est plus de la partie et le titre iconique qui a fait la réputation du vénérable 3310 n’est même pas sur l’appareil. Le Nokia 3310 de 2017 est donc probablement, au mieux, une bonne blague à faire à un ami. Et encore, on vous recommanderait presque de trouver un vrai 3310 d’occasion si vous souhaitez vraiment la jouer vintage plutôt que de succomber à cette tentative ratée d’un géant qui n’est plus que l’ombre de lui-même.

On se retrouve avec un téléphone pour nostalgique qui n’a rien de nostalgique

Partager sur les réseaux sociaux