La société française Nexedi a annoncé qu'elle déposait plainte contre Apple, qu'il accuse d'imposer un rapport de force déséquilibré en refusant que d'autres navigateurs que Safari puissent être exécutés sur iOS, alors que son moteur WebKit est en retard dans la prise en charge des standards HTML5.

La société Nexedi qui édite la suite open source ERP5 dédiée aux professionnels a annoncé vendredi qu’elle portait plainte contre Apple sur le terrain du droit contractuel, pour « déséquilibre significatif entre les droits et obligations des parties ». L’entreprise qui compte 30 salariés espère inciter Apple à revoir sa politique qui interdit aux développeurs de proposer sur iOS un autre navigateur HTML5 que son propre moteur WebKit sur lequel tourne Safari.

Nexedi, qui développe des applications au standard HTML5, constate en effet que «  le nombre de fonctionnalités couvertes par iOS est de loin inférieur à la couverture proposée par d’autres plate-formes », Selon le site HTML5test.com, sur 555 critères de compatibilité étudiés, Safari obtient une note de 370 seulement, très loin derrière Google Chrome (492), Firefox (461) ou même Microsoft Edge (460).

Par exemple, Safari ne reconnaît toujours pas le standard WebRTC qui permet d’utiliser des services de visioconférence comme Appear.in ou Hubl.in, ou de faire du partage de fichiers comme avec FilePizza. Il ne supporte pas non plus le format vidéo webm, préférant imposer le H.264.

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Or pour Nexedi, le poids d’Apple sur le marché, associé à l’impossibilité de conseiller un autre navigateur que Safari, fait que l’entreprise est obligée de payer des développeurs uniquement pour assurer la compatibilité avec Safari, et non pour innover sur le marché. Elle calcule auprès du magazine Challenges qu’elle perdrait 50 000 euros par an pour adapter ERP5, et évalue son préjudice total à 770 000 euros.

« C’est comme si le distributeur Carrefour ne proposait que des produits de sa marque, de haricots verts par exemple, et refusait de vendre des haricots bios à côté parce qu’ils ne sont pas 100 % maison », résume pour sa part l’avocat Jean-Baptiste Soufron, qui s’est fait une spécialité de défendre les éditeurs de logiciels libres (c’est déjà lui qui a porté l’action contestant le partenariat entre l’Éducation nationale et Microsoft).

L’an dernier, Mozilla lui-même avait dû se résoudre à sortir un Firefox pour iOS utilisant WebKit plutôt que son propre moteur. Il en va de même pour Google, qui ne peut pas utiliser son moteur Blink. En interdisant d’autres moteurs que WebKit, Apple cherche à verrouiller la sécurité et la fiabilité de son système iOS. Néanmoins c’est aussi peut-être une manière pour Apple de contrôler ce que peuvent faire ou non les applications HTML5, pour s’assurer que les applications natives compatibles avec tous les smartphones ne soient pas équivalentes à ce que l’on peut trouver sur l’App Store.

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