Les transports individuels changent et la mobilité urbaine s'électrise. Que vaut la City Carbon, dernière trottinette électrique en date d'Evo Spirit ?

À la louche, la mobilité compte pour un cinquième des articles que nous publions sur Numerama. Et souvent, nous voyons loin. Quand ce ne sont pas les voitures électriques, connectée ou autonomes qui dessinent un futur proche plus écologique, confortable et sûr, nous évoquons pèle-mêle des avions supersoniques, des trains pouvant relier Paris à la Côte d’Azur en 45 minutes et des taxis sans conducteur, sans parler des fusées et autres lanceurs qui ouvrent la voie à de nouveaux horizons lointains pour l’humanité. Et avec tout cela, nous en aurions presque oublié de revenir un instant sur Terre et de nous poser une question simple : quels sont les transports disponibles en 2016 qui semblent redéfinir la mobilité urbaine ou rurale ?

Presque, parce que ce premier test d’une trottinette électrique de dernière génération soit le début d’une longue série. Et si nous avons choisi d’ouvrir avec une trottinette, c’est parce que nous avons voulu d’abord couvrir les bases avant d’aller plus loin et tester des transports un poil plus hors du commun. Qu’il s’agisse d’une Model S ou d’un hoverboard, d’ailleurs. Commencer par un objet comme la City Carbon nous permet également de définir plus simplement un protocole de test qui nous servira pour tous les appareils du même genre.

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Sans entrer dans les détails, puisque c’est après tout l’objet de ce test, il s’agira pour nous de répondre à plusieurs questions :

  • Est-ce que le transport est utilisable au quotidien ?
  • Remplace-t-il avantageusement les trajets effectués par d’autres moyens jusqu’alors ?
  • Est-on heureux de l’utiliser ?
  • Est-il bien conçu et durable ?
  • Doit-on investir maintenant ou faut-il attendre les générations suivantes ?
  • Est-ce que la ville contemporaine permet déjà d’utiliser ce nouvel objet confortablement ?

Bref, des interrogations qui sont toujours les nôtres quand il s’agit de tester un produit et que nous avons adaptées au transport. Trêve de préambule : que vaut cette trottinette électrique ?

Marcher, c’est dépassé

Au premier déballage, il n’y a pas à dire, la City Carbon de la marque Evo Spirit donne une impression de robustesse. Avec ses 6,3 kilos, l’engin est lourd par rapport à ce qu’on imagine être le poids d’une trottinette classique et pour cause : celle-ci est équipée au choix d’une batterie de 187 wh, soit d’une batterie de 250 wh. Si vous considérez une Tesla Model S comme une grosse batterie avec un moteur quatre roues, vous pouvez poursuivre l’analogie et affirmer que la City Carbon est une un peu moins grosse batterie avec deux roues et un moteur.

Cette batterie alimente un moteur intégré directement dans la roue avant et qui permet de monter jusqu’à 25 km/h sur du plat. La trottinette dispose en outre de trois vitesses réglables sur le petit boîtier sous le pouce droit qui permet de surveiller votre allure, les kilomètres parcourus ou l’état de la charge. À cette vitesse, vous n’êtes plus un piéton lambda et vous vous doutez qu’il va falloir freiner. Comme sur les trott’ classiques, la City Carbon est équipée d’un frein mécanique à l’arrière qui vient ralentir la roue quand vous appuyez dessus mais possède également un frein électronique, sous le pouce gauche, qui sera celui que vous utiliserez le plus si vous n’avez pas l’habitude de la discipline.

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En pratique, pour quelqu’un qui n’a jamais fait de trottinette ou de sport de sa vie, la City Carbon se prend en main et en jambe en une petite heure d’utilisation. Le mode trottoir qui correspond à la première vitesse limite la trottinette à 6 km/h : parfait pour avoir de l’équilibre sans devenir un danger public. Pour un habitué de la glisse — et nous en avons au moins un au bureau qui nous l’a confirmé —, la différence entre une trottinette électrique et une trottinette classique, au niveau de l’équilibre et des réflexes à avoir sur la route, est presque nulle. Au lieu de poser le pied par terre pour accélérer, il suffit simplement d’utiliser le pouce.

Mais alors en pratique, cela donne quoi ? Tout d’abord, nous ne souhaitions pas tester la City Carbon ni comme un gadget utilisé comme un passe-temps, ni comme un outil à tout faire. Hors de question de finir comme les humains à la fin de Wall-E, obèses à cause de leur inaction. Nous avons donc choisi un trajet que nous faisions de toutes manières en transport et qui avait le bon goût d’être quotidien : celui qui nous sépare de notre home sweet home à la rédaction du groupe Humanoid, soit à peu près 6 km du nord au sud de Paris. Le trajet commence par descendre doucement de Strasbourg Saint-Denis jusqu’au Châtelet, puis reste plat jusqu’à la fontaine Saint-Michel pour finir par être une montée plus ou moins rude jusqu’à Denfert-Rochereau.

Il faut savoir qu’aujourd’hui, l’usage de la trottinette électrique est interdit sur les voies ouvertes à la circulation, ce qui signifie que nous n’avons emprunté que les trottoirs pour nos trajets — nous y reviendrons. De même, Evo Spirit affirme que l’utilisation de la trottinette par temps de pluie est interdite et qu’elle n’est pas recommandée sur sol mouillé. Autant dire qu’à Paris et dans une bonne partie de la France, il ne faudra pas compter sur une sortie en City Carbon tous les jours.

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Une fois ces conditions réunies, c’est un vrai régal. On prend très vite goût à ne plus avoir à s’enterrer dans un métro bondé et lugubre pour faire un trajet les cheveux aux vents, au lever ou au coucher du soleil. Rouler sur les trottoirs ne permet pas d’être toujours en pointe et il faut bien entendu faire attention aux piétons qui, la plupart du temps, ne savent pas trop comment réagir face à un bolide qui entre dans leur pré carré. Vous entendrez probablement des insultes et des « Les trottoirs, c’est pour les piétons », mais vous saurez en votre for intérieur que vous respectez la loi et les limitations actuelles de l’aménagement urbain.

La courbe d’accélération est suffisamment progressive pour qu’on ne soit pas pris au dépourvu par la trottinette et, bien entendu, vous aurez toujours devant vous un volant pour garder l’équilibre. Le frein électronique sous le pouce gauche est en revanche un poil brutal et il faudra apprendre à le maîtriser avant de l’utiliser à pleine vitesse, au risque de se faire des frayeurs. Son efficacité est pourtant bien justifiée : 25 km/h, on ne s’en rend pas compte tout de suite, mais c’est rapide.

Dans les montées, légères, la belle peine un peu plus. La notice affiche une capacité à grimper des côtes inclinée à 15 degrés et nous la croyons bien volontiers : en contrepartie, c’est la vitesse qui trinque. Sur le segment Saint-Michel — Luxembourg, le plus incliné de notre trajet, la City Carbon ne dépassait pas les 16 km/h à pleine puissance. Si l’idée vous vient de vouloir faire du sport, vous pouvez accompagner le moteur en mettant quelques coups de pied : une fois lancé, il aura beaucoup moins de mal à suivre.

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D’ailleurs, c’est une des astuces d’Evo Spirit pour économiser de la batterie : le moteur ne se déclenche qu’à partir de 5km/h, c’est-à-dire qu’il faut d’abord faire une petite impulsion au pied avant d’enclencher le moteur. Lui éviter le passage de 0 à 5 km/h lui permet de faire beaucoup moins d’effort. Une fois votre destination atteinte, une charnière robuste permet de plier la trottinette en deux et ses 6 kilos sont suffisamment bien répartis pour que cela ne soit pénible.

En termes d’autonomie, la promesse du constructeur semble être tenue. Il affirme que la City Carbon peut rouler 20 km avec une charge sur du plat : nous avons pu faire un aller-retour complet sans problème à pleine puissance. Après cela, en revanche, on sentait que la trottinette pouvait tenir encore quelques kilomètres, mais à une vitesse très limitée (autour de 10km/h, moins dans les montées). Sur les deux semaines de test, nous avons mis en moyenne 30 minutes pour faire notre trajet, ce qui signifie que nous avons roulé à une vitesse autour de 12 km/h.

La ville en retard sur la mobilité

Ce serait naïf de ne pas s’en douter quand on voit que nos villes françaises peinent déjà depuis plusieurs décennies à intégrer de manière efficace les vélos à la circulation, mais l’usage d’un engin électrique à deux roues sur trottoir nous le confirme : le plus gros défaut d’une trottinette électrique aujourd’hui, c’est l’urbanisme.

La City Carbon est une trottinette citadine, ce qui signifie qu’elle n’a pas été équipée avec des suspensions ou des roues adaptées aux chemins accidentés. D’ailleurs, la notice précise qu’elle n’est pas conçue pour escalader des obstacles de plus de 2 centimètres, qui, en plus d’abîmer l’engin, pourraient causer des accidents. Et c’est bien toute la théorie d’un bitume bien plat dont on se fait l’idée opposée aux trottoirs bien réels, pas du tout adaptés à des choses qui roulent, sans parler de choses qui roulent vite.

À Paris, les trottoirs se terminent tous par une petite descente qui amène vers la route. Quand on a de la chance, cette pente est douce et se termine au ras de la route qu’elle croise. La plupart du temps, en revanche, c’est plus un promontoire de 3 à 4 centimètres qu’il faudra escalader, soit en faisant un petit saut avec la trott’, soit en descendant docilement de son destrier mécanique et en le reprenant après. Pas agréable ? Attendez, il y a pire.

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Deux fois sur notre trajet pourtant fort banal, il est tout simplement impossible de passer. Le trottoir, à ces endroits, fait plus de 20 cm de haut. Une petite marche, en somme. Puis il y a les pavés, les bouches d’égout perforées, les tranchées mal refermées, les grilles d’aération du métro… bref, un ensemble d’obstacles qui rend le voyage un peu plus stressant qu’il ne devrait l’être. On ne fait pas attention aux voitures, certes, mais entre les piétons et les obstacles à éviter, on n’en n’est pas moins hyper concentré.  Et comme la City Carbon n’est pas un engin tout-terrain, les chocs sont transmis assez brutalement dans le guidon.

Tout cela ne gâche pas l’expérience en soi de la trottinette électrique et il y a assurément des villes où les trottoirs sont mieux entretenus et plus accessibles que la capitale française. Il n’empêche qu’on se plaît déjà à imaginer des voies lisses et propres, réservées aux monocyles de type Segway et solowheels, aux trottinettes électriques et aux hoverboards, de la même manière qu’il existe des voies réservées aux vélos. Eux n’ont même pas le droit d’être sur les trottoirs.

S’il s’agit de l’un des futurs du transport individuel non polluant, allant jusqu’à remplacer les métros, il faudra que les pouvoirs publics s’emparent du sujet avant que les trottoirs actuels soient devenus trop dangereux pour les piétons et qu’ils aient à répondre des premiers accidents.

La trottinette électrique est encore une expérience nouvelle

Aujourd’hui, la trottinette électrique est encore une expérience nouvelle : vous n’en croiserez pas à tous les coins de rue et il faut avoir les moyens de s’équiper d’un tel objet qui ne pourra pas remplacer tous les jours un forfait de transports en commun. Pour autant, un objet comme la City Carbon est déjà suffisamment mature et bien conçu pour qu’on ait beaucoup de mal à s’en séparer une fois les habitudes prises.

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Vos questions

Il n’y a pas vraiment de gain de temps si on remplace un trajet quotidien. Après, le gain de temps si on l’utilise tout le temps est mathématiques : vous ne marchez pas à 12 km/h !

La question du style se pose évidemment et il est vrai qu’on a l’air un peu ridicule. C’est le guidon qui donne cette impression. Mais c’est le prix à payer pour de la stabilité : une trottinette est accessible à n’importe qui, un skate électrique, un peu moins.

Les motards et les cyclistes ne nous calculent pas : ils sont dans la rues. Souvent, les gens envient secrètement notre vitesse et notre grâce au guidon mais nous jettent tout de même un regard noir méprisant pour garder bonne figure.

Oui !

D’après la notice, à suivre scrupuleusement, sur toutes les voies qui ne sont pas réservées à la circulation.

C’est un cliché odieux.

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6,2 kilos sur 1 étage. Et il n’y a pas vraiment de gain de temps, plutôt un gain de confort.

C’est un moindre souci.

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En bref

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La City Carbon est donc un objet à la fois bien construit et très agréable au quotidien. Aucune des limites de l'environnement urbain n'ont véritablement réussi à baisser notre enthousiasme. 

Cela dit, au prix de la bête (1 390 euros), on ne peut pas vraiment la conseiller pour remplacer 100 % de vos trajets -- ne serait-ce que les jours de pluie. Elle reste encore un loisir haut de gamme qui vous permettra de rendre bien plus plaisants chacun de vos déplacements.

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  • La liberté
  • Les sensations
  • La qualité

Bof

  • Le prix
  • Les trottoirs
  • L'encombrement

 

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