Fournir un service qui protège la vie privée, c'est parfois devoir en subir les conséquences, pour sa propre vie privée, et pour sa conscience.

Avoir des convictions et les mettre en œuvre chez soi n’est pas toujours chose aisée. Aux États-Unis, un couple des environs de Seattle a eu la désagréable surprise de voir débarquer six policiers pour une perquisition de son domicile à 6h15 du matin, pour des images pédopornographiques qui avaient été uploadées depuis leur adresse IP vers le site controversé 4Chan.

Mais le couple marié n’a semble-t-il rien de pédophiles. Jan Bultmann et David Robinson sont simplement des défenseurs acharnés de la protection de la vie privée et de la liberté d’expression, créateurs de la Seattle Privacy Coalition, une association de défense de la vie privée. À ce titre, ils hébergent chez eux un exit node du réseau Tor, c’est-à-dire l’un des serveurs qui sert de couche finale (ou première) au réseau d’anonymisation. C’est donc parfois leur adresse IP qui est visible lorsqu’un utilisateur, dont ils ont ignorent tout, finit par publier du contenu sur internet en masquant sa véritable identité.

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Tor Browser, le navigateur basé sur Firefox qui intègre directement le réseau Tor.

Tout est bien qui finit bien

En l’espèce, les administrateurs de 4Chan avaient signalé l’adresse IP au Centre National pour les Enfants Disparus ou Exploités (CNMEC), parce qu’elle avait été utilisée pour publier des photos très explicites et insupportables. Mais en tant que fournisseur d’un relais Tor, le couple n’a pas idée de qui a utilisé ses services, et n’a pas moyen de le savoir. Une question de principe pour les concepteurs du réseau, car si Tor permet à des criminels de passer entre les mailles de la police, il sert aussi à des dissidents politiques du monde entier ou à des lanceurs d’alerte pour s’exprimer librement sans crainte d’être retrouvés.

Même s’il reconnaît qu’il a été « pétrifié » par l’intervention musclée des forces de police, et s’il a désormais la preuve que son service sert (aussi) à des fins plus que répréhensibles, David Robinson assure qu’il continuera avec sa femme à fournir un exit node de Tor. La police n’a pas embarqué son matériel, mais l’homme a prévu d’inspecter ses PC de fond en comble pour vérifier qu’aucun mouchard n’y a été installé.

Philosophe le département de la police a expliqué qu’il devait vérifier, mais qu’il « apprécie grandement le travail continu et le militantisme des membres de la Seattle Privacy Coalition ».

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