Afin de franchir le gouffre de l'espace, le projet Breakthrough Starshot propose de mettre au point un vaisseau doté d'une voile poussée par un puissant laser. Avec ce système, il serait possible de voyager à plusieurs dizaines de milliers de kilomètres par seconde, permettant de rejoindre la plus proche étoile du Soleil en à peine vingt ans.

Aller dans l’espace, l’humanité sait le faire depuis 55 ans. C’est en effet le 12 avril 1961 que le premier vol extra-terrestre a eu lieu, avec Youri Gagarine effectuant une orbite complète autour de la Terre. Mais aller loin dans l’espace, c’est une toute autre paire de manches. Jusqu’à présent, la plus longue distance que l’homme a parcouru dans le vide intersidéral est celle séparant la Terre de la Lune.

On le devine sans peine, l’humanité ne dispose pas des ressources suffisantes et de la technologie adéquate pour franchir rapidement le gouffre spatial séparant les étoiles.

Un voyage vers la Lune prend des jours, alors qu’elle ne se trouve « qu’à » 370 000 kilomètres. Quant à Mars, ce sera un périple encore plus héroïque. Avec une orbite la plaçant à des millions de kilomètres de distance de la Terre, la planète rouge se trouve à des mois de la Terre. Pourtant, à l’échelle de la Voie Lactée, la Lune et Mars sont très proches de nous. Au seuil de notre porte, pour ainsi dire.

Mars
Mars, si proche, si loin.
CC Kevin Gill

Dans ces conditions, la mise en place d’un voyage spatial en direction de Proxima du Centaure relève de la pure science-fiction. L’étoile est située à 4,22 années-lumière du système solaire. Avec un vaisseau circulant à 49 kilomètres par seconde, comme la vitesse à laquelle la sonde américaine New Horizons a atteint Pluton l’an dernier, il faudrait pas moins de 24 000 ans pour achever ce voyage.

Il faut donc aller plus vite. Beaucoup plus vite. Malheureusement, aucune technologie n’offre la possibilité de réduire significativement le temps de voyage pour qu’il puisse être faisable par un humain — et l’on ne parle même pas de la question du retour, des vivres, des moyens de communication et des dispositifs permettant à un voyageur de ne pas craquer nerveusement.

Le projet StarChip

Des pistes alternatives, encore très hypothétiques, sont néanmoins envisagées. En attendant que la Nasa mette au point le voyage interstellaire plus rapide que la lumière (elle y travaille), c’est par exemple le cas du projet StarChip. Celui-ci consisterait à envoyer un vaisseau minuscule, sans aucun membre d’équipage à bord, en direction de Proxima du Centaure à un cinquième de la vitesse de la lumière, soit 60 000 kilomètres par seconde. Avec une telle vitesse, le trajet vers l’étoile la plus proche du système solaire ne prendrait plus que 20 ans.

Comment une telle prouesse serait-elle possible ? Il faudrait doter le « vaisseau » StarChip, en fait une puce qui ne pèserait que quelques grammes, d’une voile de quelques mètres carrés poussée par des photons émis depuis un laser situé sur Terre. StarChip pourrait ainsi rejoindre Proxima dans un délai « raisonnable », 1000 fois plus rapidement que ne le feraient les sondes actuelles.

StarChip est en fait en une puce  (d’où son nom) qui contient des capteurs miniaturisés, y compris pour prendre des images des systèmes explorés, et les renvoyer vers la Terre.

StarChip
StarChip

Sur le papier, ça paraît simple. Mais en pratique, des questions se posent. On peut craindre par exemple que StarChip ou sa voile heurte un quelconque débris spatial au cours de son périple. En 20 ans, sa trajectoire a des chances de croiser celle d’un quelconque obstacle. Ensuite, il faut construire le vaisseau, la voile et le dispositif laser — qu’il faudra puissant — pour pousser StarChip dans l’espace, avec une précision folle.

60 000 kilomètres par seconde. Un cinquième de la vitesse de la lumière.

D’après Avi Loeb, professeur à Harvard et membre du projet, une puissance d’environ 100 gigawatts sera nécessaire pour atteindre la vitesse désirée. C’est à peu près celle qu’il faut pour faire décoller une navette spatiale. Reste toutefois une question : à supposer que l’on puisse passer de la théorique à la pratique, qui va financer tout ça ? Visiblement, ce sera le secteur privé.

En effet, le projet Breakthrough Starshot est porté par le milliardaire russe Yuri Milner, qui compte investir de sa poche 100 millions d’euros avant de faire appel à d’autres donateurs en fonction de l’avancée des travaux. En tout cas, l’idée séduit certains membres de la communauté scientifique. Outre Avi Loeb, un expert de physique théorique en cosmologie et d’astrophysique, l’initiative a été saluée par Stephen Hawking.

Réputé dans le monde entier pour ses travaux, ce physicien théoricien et cosmologiste a rejoint le projet lors d’une conférence de presse qui a eu lieu à New York mardi 12 avril.

Il s’agit d’une recrue de poids, puisqu’elle donne une visibilité nouvelle à l’initiative, et même un certain sérieux, puisque des scientifiques de premier plan apportent de fait leur caution. On trouve aussi Mark Zuckerberg, le fondateur de Facebook, au sein du le conseil d’administration, qui est pour l’instant encore peu étoffé.

Si le projet aboutit, StarChip pourrait devenir l’objet terrestre le plus lointain que l’homme ait envoyé, dépassant largement le tenant du titre, à savoir la sonde Voyager 1. Lancée en 1977, celle-ci se trouve actuellement à environ 18 milliards de kilomètres de la Terre. Une distance assurément considérable, mais qui a nécessité 39 ans de voyage dans l’espace.

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