Des chercheurs en informatique de l'université Mu'tah de Jordanie espèrent parvenir à identifier les djihadistes de l'état islamique... grâce à leurs doigts.

« Dans la plupart des vidéos publiées par des terroristes, les personnes à l’écran sont entièrement recouvertes et le seul moyen de les identifier est la géométrie de leur main — en particulier les deux doigts, index et majeur, qui forment le V de la victoire.  » : c’est ainsi que commence l’article publié par une équipe de chercheurs de l’université Mu’tah de Jordanie, dirigée par Ahmad Hassanat. Ce curieux document se fonde pourtant sur un problème bien réel. Aujourd’hui, il est très difficile de reconnaître — sans parler d’identifier — les terroristes présents sur les vidéos de propagande et de revendications de l’État islamique.

Les doigts des terroristes sont souvent découverts

Alors les chercheurs de cette université ont fait avec ce qu’ils avaient. Ils ont remarqué que, bien souvent, les doigts des terroristes étaient découverts et qu’ils avaient pour habitude de parader en faisant un V de la victoire qui peut cacher des informations. En effet, la taille des doigts, leur épaisseur et l’espacement entre eux quand ils sont dressés en V donnent des indices suffisamment fiables et pertinents pour être utiles. La tâche n’en reste pas moins très difficile : « Identifier une personne en utilisant une toute petite partie de sa main est un défi qui n’a jamais été relevé jusqu’à présent  », commente Hassanat.

Mais cette difficulté n’a pas empêché les chercheurs de tenter une petite expérience. En utilisant une base de données de 500 photographies prises sur les mains de 50 personnes, ils ont programmé un algorithme capable d’analyser l’angle entre les doigts, les différentes formes créées par l’espacement, la taille ou encore la largeur de l’index et du majeur. Ce sont en tout 16 caractéristiques qui ont été retenues pour créer des sortes de profils géométriques des « doigts en V » de leur groupe de test. Après une séance d’apprentissage machine par leur algorithme avec deux tiers des photographies, le dernier tiers a été utilisé pour tester les capacités de la bête.

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Sur un aussi petit set de données, l’algorithme a été capable de reconnaître certains doigts tendus avec 90 % de précision. Ce n’est pas mal du tout, mais il reste à l’équipe la lourde tâche de tester leur algorithme sur un plus grand nombre de photographies — et de trouver une méthode efficace pour discerner les bons résultats des faux positifs. Cette nouvelle étape pourra donc permettre aux chercheurs de reconnaître des individus uniquement grâce à leurs doigts.

Si vous vous dites qu’il manque tout de même une donnée à l’équation, vous avez tout à fait raison : comment mettre une identité derrière l’une de ces reconnaissances ? Ce sera de loin le plus grand challenge. Dans le meilleur des cas, ils auront une photo de la personne qui fait le signe analysé à visage découvert et dont l’identité a été officialisée : l’algorithme pourra alors servir à suivre les déplacements de cette personne. Le deuxième usage, un peu plus délicat, est l’identification au sens strict. L’équipe d’Hassanat n’est pas dupe : leur technique pourra être un indice de plus pour déterminer l’identité d’une personne masquée sur une vidéo, mais s’ils n’ont aucun autre indice en base de données avec lequel croiser leur information, impossible d’identifier la personne.

Sans parler du fait que, si l’on fait une simple recherche d’image sur Google, on s’aperçoit que les membres de l’État islamique ne lèvent bien souvent… qu’un doigt.

Une seule de ces photos est exploitable
Une seule de ces photos est exploitable

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