Cette année, Numerama pose ses valises au Festival International du Film d'Animation d'Annecy. L'occasion de vous proposer une série d'articles, de critiques et d'entretiens avec la fine fleur de l'animation internationale.

J’ai toujours dessiné comme un pied. Et même aujourd’hui, à 20 28 ans, le coup de crayon de ma nièce de cinq ans ressemble à un chef-d’œuvre à côté de mes lamentables essais graphiques. Par contre, j’ai toujours aimé l’animation. Des productions à l’ancienne aux dernières techniques 3D, je dévore les films en plus ou moins grands formats. Du coup, étant originaire d’Annecy, le festival d’animation marque pour moi un rendez-vous incontournable.

Cette année, l’événement a démarré au quart de tour. Mon ami – et accessoirement Directeur de l’Animation de Star Wars – Hal Hickel m’envoie un sms à l’improviste pour me proposer de le rejoindre boire un verre avec Guillermo del Toro. Bon. Hystérie intérieure. Je décolle en un clin d’œil pour les rejoindre en ville.

Arrivée sur place, une foule d’étudiants fébriles se joue des coudes pour montrer leurs dernières créations à ces magiciens en chefs de l’animation. De mon côté, et après plus de cinq heures de voyage (je revenais tout juste de Paris), je m’assoie et observe tranquillement la scène en préparant mon emploi du temps du lendemain. La soirée se termine sur cette rencontre surréaliste et un air de dolce vita, malgré une vilaine canicule qui vient à bout du meilleur anti-transpirant.

Les coups de cœur

À l’aube (comprendre : neuf heure du matin après cinq heures de sommeil), je me rends au stand de VR afin de tester les dernières productions de Google Spotlight Stories. Ce matin, c’est le clip de Gorillaz à 360° qui m’attend. Masque Daydream View sur les yeux et casque audio sur les oreilles, je plonge pendant prés de six minutes dans l’univers barré du groupe, entre manoir chelou et délires interstellaires. L’expérience se révèle plaisante mais surtout blindée d’agréables surprises : la narration a été travaillée avec soin afin de me guider tout au long du clip, et en farfouillant dans les recoins des pièces, j’observe tout un tas de clins d’oeil et des blagues de bon goût. Il y a même des pizzas qui parlent. Approved.

Le film de Jacob Weyde et Jost Althoff réinjecte une dose d’humanité pure au sujet

J’enchaîne vite avec deux séances de projections tout en gobant rapidement un pain au chocolat et en buvant un jus d’orange salvateur. Si la première séance se trouve être un échantillon banal de films pour enfants, la deuxième s’avère être remplie de petits trésors. Il s’agit du groupe des « courts-métrages en compétition 2 ».

Parmi eux, on retrouve Zug nach Peace, un film qui retrace le passé d’un immigrant irakien désormais installé à Berlin. Avec une voix monotone et résolue, il raconte les années de guerre de son pays natal et l’espoir en dents de scie, le tout, dans un discours dramatique et poétique. Il n’y a pas de pathos et dans un contexte politique tendu où l’immigration est au cœur des discutions, le film de Jacob Weyde et Jost Althoff réinjecte une dose d’humanité pure au sujet.

Dans un ton diamétralement opposé, il y aussi MeTube 2 : August Sings Carmina Burana qui met en scène Elfie et son fils ringard August. Rapidement, le film part en vrille et présente une flashmob barrée sur un remix techno de Carmina Burana, où on observe des danseuses en combinaison latex et tout un tas d’autres trucs totalement hallucinants et allumés. Honnêtement, ça faisait longtemps que je n’avais pas vu une production aussi géniale. À voir obligatoirement.

Et puis, il y a Pépé le morse, réalisé par Lucrèce Andrae. Le pitch ? Une famille se rend sur une plage déserte et venteuse afin de rendre hommage au grand-père récemment décédé. Les sœurs s’en foutent, la grand-mère n’a pas la lumière à tous les étages, la mère désemparée est à deux doigts de craquer et le bébé hurle et se casse la gueule dans le sable. C’est hilarant. Enfin… jusqu’à ce que la réalisatrice réussisse un coup de théâtre parfait en switchant le ton du film radicalement. Très vite, l’ambiance devient sombre et la scène prend une allure de film d’horreur. L’ascenseur émotionnel, les références miyasakiesques et la palette de couleurs magnifiques font de ce film un petit joyau à ne louper sous aucun prétexte.

Au marché de l’anim’

En fin d’après-midi, je me rends au marché du festival. Là, sous une tente gigantesque se côtoient stands de studios de productions, d’animation ou de sociétés high-tech venues présenter leurs dernières créations. La chaleur est à crever. Je zigzague entre les allées en quête d’une coupe de champagne gratos avant de me rendre à la conférence Disney qui se tient au palace de l’Impérial. Les accrédités se pressent devant la salle, désorganisée, écrasés par la chaleur et essayent tant bien que mal de se faire de l’air avec leurs badges. En vain. Une femme s’assoit, au bord de l’évanouissement. L’événement a du retard : à croire que le studio veut se faire désirer.

Pepe Le Morse

Une fois à l’intérieur, et pour rattraper le temps perdu, les intervenants présentent les nouvelles productions du géant en mode avance rapide. Aucun budget ou stratégie annoncé. Juste une suite de nouvelles séries pour enfants qui sortiront l’année prochaine. Et il y en a beaucoup. Il faut dire que Disney compte bien garder son leadership et a compris qu’il fallait s’adapter à la demande. Et vite. Ils élargissent donc leur écosystème et multiplient les supports et les formes de storytelling. Plus de 300 demis-heures sont d’ailleurs actuellement en production.

On nous montre à l’écran des previews des nouvelles séries à venir, tandis que les imposants agents de sécurité nous surveillent à l’aide de longues vues. Gare au petit malin qui compte filmer un bout de truc confidentiel.

Je sors de l’événement exténuée et prête à rédiger mon rapport. On se retrouve demain pour une nouvelle journée haute en couleurs et en animation !

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