Chaque samedi, c'est la compilation de l'actualité de la propriété intellectuelle et de ses dérives, concoctée par Lionel Maurel et Thomas Fourmeux.

Cette semaine le Copyright Madness revient sur les efforts vains de J. J. Abrams pour aider un fanfilm sur Star Trek, le mécontentement de la police de Phoenix apparaissant dans une vidéo de Donald Trump ou encore la drôle de méthode de Scribd pour pointer du doigt les habitués du copier / coller. Bonne lecture et à la semaine prochaine !

Copyright Madness

Subliminal. Quelle serait votre réaction si vous apparaissiez dans un clip de campagne de Donald Trump ? Peut-être qu’elle serait comme celle de la police de la ville de Phoenix, qui n’a pas apprécié d’apercevoir une séquence montrant certains de ses agents en train de serrer la main du controversé candidat républicain. Sauf que l’extrait dure… une seconde ! Pire encore, les images réutilisées n’appartiennent pas à la municipalité. Qu’à cela ne tienne, les avocats de la police ont quand même trouvé un argument pour demander le retrait : ils affirment que la ville de Phoenix possède des droits de propriété intellectuelle sur les uniformes et les insignes des policiers… Ok, on comprend qu’être embrigadé dans la campagne de Donald ne fasse pas plaisir, mais de là à se trumper à ce point ;-) !

Donald Trump
CC Gage Skidmore

Fanicide. L’intervention de J.J. Abrams en personne n’aura pas été suffisante : Paramount et CBS veulent absolument traîner en procès l’équipe qui réalise le fanfilm Prelude to Axanar dans l’univers de Star Trek. Les studios reprochent au projet d’avoir levé de l’argent par financement participatif et de viser une qualité trop professionnelle. J.J. Abrams, qui a réalisé les deux premiers films de la saga, a essayé de les inciter à chercher une solution à l’amiable mais ils ont répliqué en faisant savoir que le cinéaste n’a aucune autorité pour fixer leur position officielle. Ils ont donc demandé aux juges de poursuivre la procédure. Encore une belle preuve de jusqu’au-boutisme de la part d’ayants droit…

Star Trek Zulu
Crédits : Paramount

Police secours. Scribd, une plateforme de diffusion de textes, a décidé d’agir contre le fléau que constitue le plagiat en faisant preuve d’une certaine forme d’imagination. Plutôt que de bloquer le clic droit sur le site, l’équipe a fait en sorte qu’en cas de copier-coller, les textes apparaissent en Comic Sans MS, qui est la police de caractères la plus détestée au monde ! L’idée pourrait être rigolote sauf que l’on peut tout à fait avoir besoin d’utiliser le copier-coller pour des usages légitimes, comme faire une courte citation ou reproduire un extrait à des fins pédagogiques. Mais Scribd n’y a visiblement pas pensé…

texte littérature écriture
CC cocoparisienne

Petits malins. Il y a des gens qui font de la contrefaçon de sacs à main ; d’autres qui imitent des parfums ; certains vont jusqu’à copier des médicaments. Et puis, il y a des petits malins qui ont des idées encore plus tordues pour se faire de l’argent. En Inde, le gouvernement est furieux depuis qu’il s’est rendu compte qu’un faux site a été ouvert afin d’imiter celui de son bureau d’enregistrement du copyright. Les créateurs qui se font berner y déposent leurs œuvres et paient une redevance… qui tombe dans la poche de ces filous. Contrefaire un bureau qui certifie la propriété intellectuelle, il fallait oser quand même !

Inde voiture
CC Alan Haverty

Trademark Madness

Au taquet. À force d’épingler leurs dérives, on sait que les restaurateurs sont très à cheval sur la propriété intellectuelle et le droit des marques. Certains sont prêts à utiliser tous les moyens pour protéger une recette, une photographie d’un plat ou même un nom. C’est le cas d’un restaurateur basé en Californie spécialisé dans les tacos. Il a menacé de poursuites un restaurant situé dans une autre ville, lui aussi spécialisé dans les tacos. Les restaurants ont des noms similaires : Tacos El Tito et Tito’s Tacos. Évidemment, les noms se ressemblent puisqu’il s’agit de… tacos. C’est un peu comme les pizzerias, les noms ne sont pas très originaux. Le restaurant californien a aussi menacé un site de presse locale qui montrait une photo d’un de ses tacos sans aucune considération pour le fair use ! Le plus dramatique dans cette histoire, c’est que l’accusé a préféré changer de nom plutôt que de prendre le risque de passer devant les tribunaux.

Restaurant
CC Tookapic

Touchdown ! On aime bien les sportifs parce qu’ils nous mettent toujours des étoiles dans les yeux avec leurs performances totalement… délirantes ! Ici, on apprend qu’un joueur de football américain a fait une demande pour déposer la marque « Johnny Football » ! D’une part l’appellation laisse songeur et d’autre part l’objectif de se faire de l’argent avec est complètement assumé. En effet, le joueur a l’intention de monétiser sa licence. À quand des marques « Paul le plombier », « Michel le boulanger » ou « Thierry le chauffeur » ?

Casque Football Américain
CC Rinz402

Humour. Apple est une société réputée pour sa gestion autoritaire et rigoureuse de sa marque et de ses brevets. Aujourd’hui, la firme de Cupertino est désormais connue pour son manque d’humour. Elle a menacé les développeurs de l’application humoristique Phoneys en les accusant de violeurs de marque ! Phoneys est un logiciel qui vise à faire croire aux gens de votre répertoire qu’ils ont envoyé des messages. En effet, Phoneys fait apparaître de faux SMS dans l’application iMessage de l’iPhone. Pour tromper la personne, les messages ressemblent à ceux envoyés avec iMessage. Autrement dit, les textos sont publiés sous forme d’autocollants bleus. Très rapidement, le programme a fait partie du top des ventes dans sa catégorie mais Apple a vu cela d’un mauvais œil et a affirmé que Phoneys violait sa marque en utilisant la typographie et les bulles bleues qui entourent le message. Ça déconne sec chez Apple…

imessageiphone.jpg
iMessage

Patent Madness

Pactole en toc. 302 millions de dollars : c’est la somme qu’Apple devra verser à la société VirnetX, qui l’accuse de violer plusieurs de ses brevets en réutilisant des technologies de communication sur Facetime et iMessage. VirnetX a la réputation d’être un patent troll et ses brevets sont assez brumeux, à tel point que le bureau des brevets aux USA a fini par les déclarer invalides. VirnetX a fait appel de cette décision, ce qui va obliger Apple à payer les 302 millions de dollars. Être condamné pour une violation de brevets inexistants, c’est possible dans le monde merveilleux de la propriété industrielle aux États-Unis !

À lire sur Numerama : Apple condamné à payer 302 millions de dollars pour violation de brevets

House of Patents. Entre deux tournages, pour se détendre, l’acteur Kevin Spacey semble avoir des hobbies bien étranges : il dépose des brevets ! Lui et un producteur de films se sont vus attribuer cette année un brevet sur un système de gestion de messagerie qui permet de filtrer des mails indésirables. Visiblement, l’acteur de House of Cards s’est décidé à plancher sur cette question à force de recevoir des messages de personnes ayant réussi à obtenir son adresse pour le solliciter. Son système est assez astucieux : il place dans une file d’attente les mails émanant de personnes ne figurant pas sur une liste blanche fixée par l’utilisateur. Pour améliorer leur position dans la file, les expéditeurs sont renvoyés sur un site où ils peuvent payer pour espérer voir leur mail arriver plus vite à leur star préférée ! Kevin Spacey aurait-il trouvé la formule pour transformer le plomb des spams en or ?

House of Cards
Crédits : Netflix

Le Copyright Madness vous est offert par :

Lionel Maurel

Thomas Fourmeux

Merci à tous ceux qui nous aident à réaliser cette chronique, publiée sous licence Creative Commons Zéro, notamment en nous signalant des cas de dérives sur Twitter avec le hashtag #CopyrightMadness !

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