Un décret paru le 9 août impose aux « lieux passant de la musique amplifiée » une nouvelle limite concernant les décibels A (dBa). Le niveau sonore maximum autorisé passe de 105 à 102 dBa, ce qui apparaît techniquement difficile pour de nombreuses salles de concert.

Dans le Journal Officiel, un décret est paru le 9 août sans faire de bruit. Mais aujourd’hui, la gronde essaie de se faire entendre : les trois décibels pris par le gouvernement aux concerts pourraient entraîner la fermeture de certaines salles.

Sous prétexte de protéger l’audition du public et la santé des riverains, la nouvelle réglementation veut également étendre les limites sonores aux festivals en plein air qui n’étaient pas encore concernés. Jusque-là, seules les salles de concert et les discothèques étaient vraiment tenues de respecter la limite de 105 dBA.

Trois décibels de trop

Et si trois décibels peuvent paraître anodins pour l’oreille et le public, ces trois là font déjà vivre un cauchemar à certains professionnels selon France Info. Si certains n’ont aucun mal à s’adapter, notamment en région parisienne où de nombreux lieux sont déjà en dessous des 102 dBA exigés, d’autres s’inquiètent pour les petites salles de concert.

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Le problème ne vient pas seulement de l’amplification, mais également du bruit des instruments lorsqu’on est dans des salles peu équipées — ou simplement petite. Angélique Duchemin, d’AGI-SON, une organisation de sensibilisation créée par les acteurs du secteur, explique en outre que « dans les toutes petites salles où, en tant que public, vous êtes pratiquement sur les genoux du batteur, ce n’est pas le son de la façade dont vous bénéficiez, mais le son de la scène. » Or, le son naturel et non amplifié peut largement dépasser la réglementation.

Le décret est écrit de manière à imposer la règle à tout lieu « accessible au public  », laissant les organisateurs de concerts et les acteurs culturels dans le doute quant à leur capacité d’adaptation à une norme aussi rigide.

Y a-t-il un ingé son au gouvernement ?

Par ailleurs, la dispersion du son est physiquement peu favorable à une telle règle puisque certaines fréquences sont représentées de manière très différente en fonction de notre position dans une salle de concert. Ainsi les basses que l’on trouve fortement représentées dans la mesure des dBC, s’adapteront mal à la limite de 118 dBC qui accompagne les 102 dBA : à proximité d’un subwoofer, le niveau courant en concert serait proche de 130 et 135 dBC selon David Rousseau, interrogé par FranceInfo.

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Ce dernier s’avoue paniqué par la réglementation. Il rappelle que les subwoofers dont disposent la plupart des salles sont par terre. Pour parvenir à baisser leur niveau mesurable, il faudrait les rendre accrochables en hauteur, ce qui n’est matériellement pas vraiment possible. M. Rousseau conclut : « Il y a des salles où on ne pourra techniquement plus jouer  ». En outre, disposer des subwoofers en hauteur est le meilleur moyen d’augmenter le volume sonore perçu par le voisinage.

Dernier point du décret : les acteurs devront proposer des «  des zones de repos auditif ou, à défaut, ménager des périodes de repos auditif, au cours desquelles le niveau sonore ne dépasse pas (…) 80 décibels  ». Une véritable chimère pour de nombreuses salles et discothèques qui ne disposent pas de l’espace physique pour créer un tel isolement, à moins d’investir lourdement. C’est par ailleurs ce que les acteurs seront obligés de faire s’ils ne veulent pas être sanctionnés : une contravention de 1 500 € est prévue ainsi que la confiscation du matériel de sonorisation.

Enfin, certains voient de ces nouvelles réglementations une attaque inconsciente à la diversité musicale. En restreignant le champ du volume et de l’amplification, le décret pense peu aux genres musicaux généreux en basses fréquences qui sont pourtant désormais les plus représentés en discothèque. Un arrêté est attendu pour préciser ce décret.

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