Vous allez sur le dark web ? C'est suspect aux yeux de la police anglaise. C'est ce que révèle une brochure des autorités, qui liste le dark web parmi les indices censés témoigner d'une activité suspecte.

Avez-vous déjà eu l’occasion de faire un petit tour sur ce qu’on appelle le dark web ? Si vous répondez par l’affirmative, alors vous pourriez bien attirer l’attention de la police britannique. En effet, une brochure des autorités explique que visiter le « web obscur » peut être considéré comme un signe de terrorisme en devenir.

Remarqué par Shashank Joshi, un expert en défense et en renseignement au think tank Royal United Services Institute, et relayé par le journaliste à l’Associated Press Raphael Satter, le document liste ainsi plusieurs indices qui sont censés témoigner d’une activité suspecte, digne d’être signalée aux services de sécurité.

Parmi les exemples qui sont donnés, on trouve la possession de passeports ou de documents sous différents noms sans aucune raison, la possession d’armes à feu, des voyages durables à l’étranger mais sans indication précise sur le point de chute ou encore la prise de photos de dispositifs de sécurité.

Le prospectus ne précise pas les raisons pour lesquelles le dark web est, aux yeux de la police, un indice d’une potentielle radicalisation. Il ne donne pas non plus le sens ce que les autorités entendent derrière l’expression « web obscur ». Or, définir les termes n’est pas inutile dans la mesure où d’autres expressions assez proches existent.

Dark web, deep web…

Ce qu’on appelle dark web est en fait une petite portion du deep web (web profond), que l’on appelle aussi parfois hidden web (web caché) ou invisible web (web invisible). La différence est la suivante :

Le deep web désigne toutes les ressources qui ne sont pas accessibles via un moteur de recherche, comme Google. Ça peut être une page sur un site mais vers laquelle ne pointe absolument aucun lien hypertexte. Du coup, les moteurs de recherche, à travers leur méthode d’indexation, sont incapables de la voir. Mais il reste possible d’y accéder, si elle est connue d’un internaute.

Celui-ci peut très bien partager l’adresse de la page à un proche, qui pourra y accéder avec son navigateur.

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Google ne montre qu’une partie du web.

Dans le cas du dark web, il s’agit carrément de cacher volontairement des ressources ou, plutôt, de les rendre inaccessibles par des méthodes traditionnelles. Ainsi, un site placé dans le dark web ne peut pas être visité avec Firefox, Chrome ou Edge, ni trouvé avec une recherche sur Google, Qwant ou DuckDuckGo. Il faut passer par une porte d’accès précise, et toutes ne donnent pas accès aux mêmes choses.

Le réseau Tor, c’est du dark web. Une fois connecté à ce réseau, vous avez accès au web classique mais aussi aux ressources du réseau Tor. Freenet et I2P sont aussi du dark web. Et sur le dark web, on peut tout à fait trouver des contenus illicites — comme Silk Road, un site d’achat de produits stupéfiants — et des sites tout à fait légaux. Facebook a lancé une adresse sur le réseau Tor par exemple.

Les termes de deep web et de dark web sont parfois confondus, le second étant juste une portion plus difficilement accessible du premier. À ces expressions s’ajoute aussi le dark net, qui désigne un réseau superposé, c’est-à-dire un réseau informatique bâti sur un autre réseau. Tor, Freenet et I2P sont des réseaux superposés mais qui ne sont accessibles que sous certaines conditions (d’où le dark dans le nom).

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Bienvenue sur le dark net.

Et donc, le dark web désigne le contenu auquel on accède à travers un réseau de dark net. C’est clair ?

Quoiqu’il en soit, ces univers traînent une réputation pour le moins sulfureuse, que ce soit dans les articles d’hebdomadaires généralistes ou de mensuels spécialisés, alors que les liens entre activités terroristes et les autres facettes du web sont relativement faibles. En 2016, une étude britannique remettait par exemple en cause l’idée d’une présence massive de contenus de propagande terroriste sur Tor.

Pourtant, ces autres facettes du web n’ont pas bonne presse au sein de la classe politique. En tout cas, auprès de certaines personnalités : on se souvient par exemple de la sortie de Bernard Cazeneuve, alors ministre de l’Intérieur, affirmant en mars 2016 que « ceux qui nous frappent utilisent le dark net », sans toutefois apporter le moindre élément concret à l’appui d’une telle affirmation.

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