Lors d'une audition au Sénat, le patron du FBI James Comey a pu revenir sur l'enjeu du chiffrement. Il a évoqué la possibilité d'une loi forçant les entreprises à déchiffrer données et communications sur demande des autorités.

Le chiffrement refait parler de lui outre-Atlantique. Alors qu’il était entendu mercredi 3 mai par la commission judiciaire du Sénat à propos de sa décision d’avoir annoncé publiquement, dix jours avant l’élection présidentielle américaine, la réouverture de l’enquête sur Hillary Clinton pour avoir utilisé un serveur de courriels privé, le patron du FBI a renouvelé ses critiques contre un chiffrement trop fort.

Dans ses propos, isolés par Motherboard, James Comey a ainsi fait comprendre qu’il ne serait pas hostile au vote d’une loi qui obligerait les grandes entreprises à trouver un moyen de déchiffrer des communications et des données lorsque les autorités en font la demande. Il réagissait à une question d’un sénateur au sujet du problème que le FBI décrit comme l’inaccessibilité à certaines informations (Going Dark).

James Comey, directeur du FBI

« L’administration Obama n’était pas dans une position dans laquelle une législation était recherchée. Je ne sais pas encore comment le président Trump a l’intention d’aborder cela. Je sais qu’il en a parlé pendant la campagne, je sais qu’il s’en soucie, mais c’est prématuré pour moi d’en parler », a déclaré James Comey. Mais, pointant, les difficultés rencontrées par le FBI, « il faudra peut-être une solution législative à un moment donné », a-t-il ajouté.

Rappelons que dans l’affaire judiciaire ayant opposé un temps le FBI à Apple au sujet de l’accès au contenu d’un iPhone 5c chiffré et verrouillé, utilisé lors de la fusillade de San Bernardino, Donald Trump avait déclaré : « pour qui se prennent-ils chez Apple ? Ils doivent débloquer [cet iPhone] », ce qui en disait long sur son point de vue. Depuis, il ne semble pas avoir changé d’avis, en témoigne son choix pour diriger la CIA.

Toujours selon James Comey, la police fédérale américaine n’a pas été en mesure de débloquer et de consulter les données sur plus de 3 000 terminaux (46 %, presque la moitié) qui sont passés entre ses mains, rien que pour ce premier semestre, qui n’est même pas encore achevé. « L’ombre créée par le problème appelé Going Dark continue de recouvrir de plus en plus notre travail », s’est-il alarmé.

À lire sur Numerama : Allons-nous enfin savoir combien a coûté le déverrouillage d’un iPhone 5C par le FBI  ?

Un sujet aussi en France

Il n’y a pas qu’aux États-Unis que la problématique du chiffrement est posée. En France, le directeur général de l’agence nationale de la sécurité des systèmes d’information (Anssi), Guillaume Poupard, s’est aussi exprimé à ce sujet. Il a ainsi plaidé pour une cryptographie forte mais qui ne doit pas être absolue afin de ne pas entraver le travail légitime des forces de l’ordre et de la justice.

« Aujourd’hui, les télécommunications électroniques doivent pouvoir être interceptées sur réquisition judiciaire ou pour des raisons de sécurité, en étant encadrées par la loi. À un moment, il faut être capable de déchiffrer, mais ce n’est pas parce qu’il faut pouvoir accéder à ces données en clair que tout doit passer en clair », déclarait-t-il début 2015. « Il y a besoin de cadrage » pour un « usage raisonné ».

Plusieurs responsables occidentaux ont fait part ces dernières années de leurs craintes à l’égard d’une méthode de chiffrement irréversible ou extrêmement difficile à casser. Outre James Comey et Guillaume Poupard, l’ancien procureur général des États-Unis, Eric Holder, le directeur du centre européen de lutte contre la cybercriminalité, Troels Oerting, et le coordinateur de la lutte anti-terrorisme de l’Union européenne, Gilles de Kerchove, ont tenu des propos similaires.

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