Qui a dit qu'un seul type de scrutin était possible ? Si la France est habituée au scrutin uninominal majoritaire à deux tours, avec la Contre Élection, les candidats ont été jugés grâce au vote alternatif, un système utilisé par plusieurs pays dans le monde.

Mise à jour : les résultats de la Contre Élection viennent de tomber. Jean-Luc Mélenchon a remporté l’élection avec cette méthode de suffrage pour le moins intéressante. Il termine finaliste contre Emmanuel Macron. Ce qui est intéressant, c’est que même avec le report des voix des candidats éliminés tour après tour, les deux leaders du premier tour ne bougent pas. Le détail des tours a été commenté par Merci Alfred : vous le retrouverez à cette adresse. 45 000 personnes ont participé à ce test.

Article original : Et si pour la prochaine élection présidentielle, la France faisait une croix sur le scrutin uninominal majoritaire à deux tours ? Tandis que les électeurs et les électrices seront bientôt convoqués pour prendre part à ce rendez-vous démocratique central dans la Cinquième République, pour lequel onze candidatures sont en lice, une initiative a vu le jour sur Internet pour tester une autre approche.

Il s’agit du vote alternatif. L’idée ? Plutôt que de choisir un nom parmi l’ensemble des prétendants, la personne classe par ordre de préférence les politiques sur la ligne de départ puis, à travers un système de report des voix, les votants éliminent progressivement chaque candidature ayant eu le moins de soutien, de manière à reporter les voix sur ceux et celles qui sont encore en lice, jusqu’à atteindre la majorité absolue.

C’est sur ce principe que se fonde la Contre Élection. En vous rendant sur le site, vous êtes invité à classer les candidats en fonction de vos affinités politiques, du crédit que vous accordez aux programmes et de la sympathie que vous avez éventuellement pour les candidats et les candidates. L’expérience a été lancée jeudi 23 mars et s’achèvera le mercredi 29 mars à 20 heures.

Pour les promoteurs du vote alternatif, ce système a plusieurs avantages : il participe à combattre l’abstention, puisque il n’y a plus besoin de se déplacer deux fois, un seul passage au bureau de vote suffit. Il évite d’entrer dans la problématique du piège utile, qui est parfois agité par les gros partis qui craignent les dispersions de voix, ce qui incite à avoir un vrai vote d’adhésion plutôt qu’un vote de raison.

Lutte contre l’abstention, un seul déplacement au bureau de vote, pas d’appel au vote utile, vote d’adhésion, moins de clientélisme sont les avantages du vote alternatif

« Cette méthode permet d’élire des représentants plus consensuels et incite les candidats à faire des propositions pour l’ensemble de la population et non centrées uniquement vers un clan voire une clientèle », ajoutent les responsables de la Contre Élection. Un exemple est donné dans la foire aux questions du projet : il montre que ce n’est pas parce qu’on arrive en tête au premier tour qu’on est assuré de l’emporter.

Reste une question : est-ce viable ? À en croire sa mise en oeuvre à l’étranger, oui.

Le système est utilisé pour l’élection présidentielle en Irlande, en Australie au niveau du parlement, dans quelques villes américaines pour les élections municipales, dont San Francisco, Oakland et Minneapolis. On y recourt aussi au Canada, en République Tchèque, à Hong Kong, en Inde, en Nouvelle-Zélande, en Papouasie-Nouvelle Guinée et au Royaume-Uni à des degrés divers, pour des scrutins officiels ou non.

L’Irlande utilise ce système pour sa présidentielle.
CC Roberto Taddeo

Le dispositif n’est toutefois pas parfait : au lieu d’avoir un seul nom à reporter lors du dépouillement, comme c’est le cas avec le scrutin uninominal majoritaire à deux tours, il faut aussi prendre en compte tous les candidats pour obtenir leur classement final et déterminer s’il y a eu un gagnant dès le premier tour où s’il faut appliquer des reports de voix jusqu’à atteindre une majorité absolue.

Le vote alternatif pourrait ne pas plaire aux assesseurs, qui donnent déjà de leur temps pour assurer le bon déroulement du vote. Bien sûr, l’outil informatique pourrait sans doute venir en aide aux bureaux de vote, mais vu les craintes qui existent sur sa fiabilité face aux menaces de piratage, il n’est pas sûr que cette option soit retenue. D’autant que l’on parle ici d’une opération très sensible.

En France, ces problématiques sont toutefois très théoriques puisque le vote alternatif n’est pas en vigueur.

Un test qui a le mérite d’exister

Les résultats de la Contre Élection pourront toutefois s’avérer assez instructifs, même s’il ne faudra pas en tirer de grandes conclusions. En effet, même si les responsables de la Contre Élection nous ont expliqués que 30 000 personnes ont voté sur le site, il est improbable que cet échantillon soit bien représentatif de la société française. Mais le projet a au moins le mérite de tenter quelque chose.

En ces temps de crise démocratique, où le personnel politique est perçu avec défiance par la population, où les affaires des uns et des autres se succèdent dans les médias, où les candidats sont parfois accusés de ne pas être ancrés dans la réalité quotidienne des Français, tandis que le populisme et le nationalisme gagnent de l’élan alors que l’abstention élevée illustre notamment les critiques majeures contre le système de vote actuel fait l’objet d’un certain nombre de critiques, ça ne peut pas faire de mal.

 

Partager sur les réseaux sociaux