CNN s'est penché sur les 3 643 noms de domaines enregistrés par Donald Trump depuis 20 ans. Il en ressort que le magnat de l'immobilier n'hésite pas à acquérir massivement des noms de domaine variés pour empêcher leur réappropriation par ses opposants, en faisant parfois preuve d'une anticipation surprenante.

« Dis-moi ton nom de domaine et je te dirai qui tu es ». C’est, en substance, ce que CNN s’est proposé de faire au sujet de Donald Trump en se penchant sur les 3 643 adresses enregistrées par le milliardaire au cours des 20 dernières années, en se limitant à l’époque où il était encore un « simple » magnat de l’immobilier (ou candidat à la présidentielle). Si sa façon de  gouverner pour le moins impulsive déroute et inquiète dans le monde entier, cette analyse révèle qu’en matière d’affaires, Trump fait preuve de beaucoup plus de prévoyance.

En effet, bien que la majorité de ces adresses mène à une page vierge, et que la partie fonctionnelle serve à représenter les différents domaines investis par Trump, ces observations prouvent que le milliardaire — qui a enregistré son premier site, Donaldjtrump.com en janvier 1997 — anticipe systématiquement les critiques qui pourraient se dresser contre lui en achetant massivement des noms de domaine hostiles à son égard. Le tout à des fins préventives.

CC Gage Skidmore

« Trump Network arnaque.com »

Ainsi, en 2007,  deux ans avant de se lancer, avec Trump Network, dans la vente à multiniveau — une structure qui repose sur le parrainage de vendeurs par des revendeurs rémunérés par une commission prise sur les ventes de leurs recrues –, le magnat, bien conscient des critiques récurrentes formulées contre ce type de vente, assimilé à l’escroquerie dite de la vente pyramidale, enregistre plus d’une quinzaine d’adresses.

On y trouve notamment « TrumpMultiLevelMarketing.com », « TrumpNetWorkFraud.com » (« TrumpNetwork arnaque.com ») ou encore « TrumpNetworkPyramidScheme.com » (« Trump Network vente pyramidale »).

« Celui qui a acheté ces domaines anticipait que ce genre d’accusations verraient le jour. Les entreprises fiables n’achètent généralement pas ce genre de sites » analyse Bruce Rubin, conseiller chez rbb Communications, l’une des sociétés les plus réputées des États-Unis en matière de communication publique de crise.

Le site officiel de Donald Trump

« Je suis poursuivi par le Donald.com »

Le magnat de l’immobilier a recouru à la même tactique — en enregistrant plus de 157 noms de domaine différents — pour défendre son université Trump, un établissement payant censé apprendre aux étudiants les « secrets » de sa réussite dans l’immobilier grâce à des formateurs prétendument choisis par lui-même. La faculté, accusée d’escroquerie, a fermé en 2011 et Trump a fini par verser 25 millions de dollars aux  plaignants juste après son élection.

Les achats de noms de domaine les plus récents de Trump traduisent ses ambitions politiques prévues de longue date : en 2012, il commence par anticiper les mouvements d’opposition à sa seconde aventure présidentielle avec « VoteAgainstTrump.com », « TrumpMustGo.com » ou encore « NoMoreTrump.com » (« Votez contre Trump », « Trump doit partir » et « Trump ça suffit »). Jusqu’à ce qu’il finisse par s’offrir les noms de domaine MakeAmericaGreatAgain.vote et .us deux mois avant d’annoncer sa candidature, portée par ce slogan.

Le milliardaire anticipe aussi des critiques à plus large échelle avec des adresses comme  « TrumpFraud.org », « TrumpScam.com » (Trump Escroc et Trump Arnaque) ou encore « ImBeingSuedByTheDonald.com » (« Je suis poursuivi en justice par le Donald »). Sollicitées par CNN, la Maison Blanche et la Trump Organization, en charge de ses entreprises, n’ont pas donné suite.

Les noms de domaine sont connus comme des révélateurs de tendance

« Des miettes de pain numériques sont laissées en permanence par les personnes qui enregistrent des noms de domaine. Tout cela est tracable même si les gens n’y pensent pas » conclut Kyle Wilhoit, un membre de l’équipe de DomainTools, le service auquel a recouru CNN.

Malheureusement pour le président américain, qui accuse régulièrement la « désinformation » et les « médias corrompus », un investisseur malin s’est déjà offert l’adresse « Fakenews.com » pour la revendre bien plus cher — un cas typique de cybersquatting  — tandis que « Crookedmedia » sert de plateforme à une communauté qui épingle les prétendus mensonges de la presse.

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