Une étude américaine démontre que les internautes acceptent n'importe quoi dans les contrats d'utilisation des sites internet, le plus souvent sans les lire, et même en les lisant.

On clique tous plusieurs fois par semaine sur une petite case qui dit « J’ai lu et j’accepte les conditions d’utilisation », sans jamais les avoir lues. L’acceptation des conditions générales d’utilisation (CGU) d’un site internet est systématiquement perçue comme une corvée qui ne sert qu’aux avocats, ce qui permet parfois aux juristes de se faire plaisir en y insérant n’importe quoi.

Mais vraiment n’importe quoi. Ainsi comme le rapporte Ars Technica, deux universitaires américains spécialisés dans la communication, Jonathan A. Obar (de l’Université York) et Anne Oeldorf-Hirsch (de l’Université du Connecticut) ont monté une expérience auprès d’un groupe de 543 étudiants, qui confirme que personne ne lit les CGU.

Les conditions d’utilisation faisaient obligation à l’utilisateur de donner son premier enfant à NameDrop, ou d’en concevoir un d’ici 2050

Il était en effet proposé à ces étudiants de tester un nouveau réseau social fictif baptisé NameDrop, avec lequel leur université aurait signé un partenariat. Mais pour l’utiliser, il fallait que l’étudiant s’inscrive, ce qui affichait le formulaire d’inscription et sa fameuse case à cocher qui certifie que oui, juré craché sur mon clavier, j’ai bien lu la moindre petite phrase du contrat que vous souhaitez m’imposer, et je n’ai absolument pas la moindre réserve à opposer. Il fallait accepter les CGU, et la politique de vie privée qui dit ce que le service compte faire des données personnelles recueillies — ce qui n’est pas un petit détail lorsqu’il s’agit d’un réseau social.

namedrop

Selon les statistiques qu’ils ont compilées, 74 % des sondés ont affirmé qu’ils acceptaient la politique de vie privée sans même l’avoir ouverte. Pour le quart restant, la politique de vie privée était lue en à peine plus d’une minute (73 secondes) en moyenne, et les CGU en 51 secondes, alors qu’à une vitesse moyenne de 250 à 280 mots par minute, un lecteur devrait mettre entre 29 et 32 minutes pour lire la politique de vie privée, et 15 à 17 minutes pour lire les CGU. 97 % des utilisateurs ont passé moins de 5 minutes sur les contrats.

En clair : même ceux qui cliquent pour lire les contrats ne le lisent pas.

Il y a lire, et lire

Pour pousser le bouchon un peu plus loin, les chercheurs ont utilisé une copie des deux contrats de LinkedIn, mais en y insérant des  clauses qui devraient être inacceptables pour la quasi totalité des mortels. Ainsi la politique de vie privée disait que « toute donnée générée et/ou collectée par NameDrop, par quelque moyen que ce soit, pourra être partagée avec des tiers », y compris avec la NSA.

Plus drôle, les conditions d’utilisation faisaient obligation à l’utilisateur de donner son premier enfant à NameDrop, ou d’en concevoir un d’ici 2050 pour qu’il devienne immédiatement la propriété de l’entreprise.

namedrop-CGU

Selon les données recueillies par les chercheurs, 98 % des étudiants n’ont pas lu cette clause, et les autres n’ont pas jugé qu’elles étaient suffisamment graves pour refuser l’inscription, ou ne les ont tout simplement pas comprises, en lisant trop vite. 100 % des étudiants ont accepté les contrats, et lors des questionnaires, seulement 9 étudiants sur les 543 ont parlé de la clause sur la donation du premier bébé, et 11 ont parlé de l’obligation d’abandonner tout contrôle sur ses données personnelles.

100 % des étudiants ont accepté les contrats

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