La rumeur selon laquelle des terroristes auraient utilisé des Playstation 4 pour planifier les attentats à Paris sont pour le moment infondées. Mais elles soulèvent un constat intéressant sur les chances d'efficacité du renseignement pour gagner la guerre contre les terroristes.

Depuis dimanche matin, une rumeur bruisse sur les réseaux sociaux, selon laquelle les terroristes qui ont fait au moins 129 morts à Paris et à Saint-Denis auraient utilisé des consoles PS4 pour communiquer discrètement entre eux, en évitant les canaux habituellement surveillés par les services de renseignement. Mais la rumeur se base exclusivement sur un article de Forbes qui n’affirme rien de tel.

Le journal américain n’a fait qu’émettre une hypothèse en se fondant sur les propos tenus quelques jours avant les attentats par Jan Jambon, le ministre de l’intérieur belge. « La chose qui me tient éveillé à la nuit, c’est le gars qui est derrière son ordinateur, à rechercher des messages de l’EI ou d’autres prêcheurs de haine », avait-il déclaré lors d’une conférence organisée par Politico, avant d’évoquer le cas des consoles de jeux dans lesquelles les communications seraient difficiles à détecter et à intercepter, et qui seraient de plus en plus utilisées par les réseaux djihadistes.

« La Playstation 4 est même plus difficile à suivre que WhatsApp », avait-il ajouté.

ps4-terroristes
Ceci n’est pas une arme

Dans cet article, Forbes écrit que lors des perquisitions réalisées en Belgique samedi, « des preuves auraient été découvertes, incluant y compris une console Playstation 4 ». Mais Forbes est à notre connaissance le seul journal au monde à avoir rapporté (au conditionnel) cette information qui n’est ni sourcée ni présentée comme une information exclusive du journal.

De plus, la formulation est telle qu’il s’agirait alors d’une pièce à conviction emportée parmi beaucoup d’autres, et à ce stade il est beaucoup trop tôt pour affirmer que des PS4 ont été effectivement utilisées pour planifier les attentats coordonnés. C’est une possibilité, mais ça n’a encore rien de certain ni même de probable.

L’interdiction du chiffrement n’aura absolument aucune efficacité

L’article de Forbes est en revanche intéressant en ce qu’il montre que la lutte contre les moyens de communication chiffrés est vaine, tant les terroristes peuvent rivaliser d’imagination pour se coordonner sans laisser de traces apparentes que les services de renseignement pourraient intercepter. Même les services de VoIP internes aux jeux vidéo ou les systèmes de communication intégrés aux consoles Xbox One, PS4 ou Wii U peuvent être évités pour assurer une discrétion quasi parfaite.

À titre purement hypothétique, Forbes explique à juste raison qu’il est par exemple possible de créer un niveau personnalisé avec Super Mario Maker pour écrire un message avec des briques donnant des instructions sur l’heure et le lieu d’un attentat. Il est aussi possible d’écrire des mots sur des murs dans Call Of Duty en utilisant des rafales de tirs dont les impacts finissent par disparaître et donc à ne laisser aucune trace. On pourrait ajouter 1 000 autres possibilités, comme la création de messages 3D dans Minecraft, ou même du code morse avec des passes dans FIFA. Il suffit d’imagination, et hélas les terroristes motivés au point de se suicider n’en manquent pas.

supermariomaker

Avoir le courage de s’interroger sur les causes du terrorisme

L’idée n’est pas nouvelle, ni négligée par les services. En 2013, des documents fournis par Edward Snowden avaient montré que la NSA et le GCHQ ont surveillé World of Warcraft pour y déceler des messages terroristes ou tenter d’infiltrer des groupes.

S’il faut en retenir une chose, c’est que l’interdiction du chiffrement sans backdoor que ne manquera pas de proposer le gouvernement n’aura aucune efficacité contre le terrorisme, qui regorge de solutions non chiffrées pour communiquer discrètement. Absolument incontournable dans le contexte actuel d’une guerre qui ne cache plus son nom, le renforcement des moyens sécuritaires n’aura aucun sens (et conduira à perdre cette guerre) s’il n’est pas accompagné d’une réflexion honnête et courageuse sur les causes du terrorisme, qui n’est pas né ex nihilo ni de la simple folie d’esprits barbares doués d’un incroyable pouvoir de séduction sur des êtres équilibrés.

Ce qu’il faut, c’est se demander pourquoi des esprits déséquilibrés existent en France et ailleurs, qui cèdent à d’abominables sirènes.

Plus qu’une course sans fin au renseignement qui promet déjà de s’intensifier en vain, ou l’internement de personnes fichées qui seront alors amenées plus encore à haïr ce pays qui les enferme, c’est une introspection réelle et suivie sur les causes profondes de la radicalisation qui sera efficace. C’est se demander pourquoi des jeunes Français se sentent à ce point sans avenir ni espoir en France qu’ils développent une haine aussi mortifère. Il ne s’agit pas d’excuser. Il s’agit de comprendre pour voir ce qui peut être amélioré pour éviter que d’autres suivent le même chemin. Ce sera long, ça demandera des efforts pour une meilleure acceptation des Musulmans — ce qu’une partie des Français verra comme une capitulation, mais le chemin de la paix ne pourra passer que par ces réflexions de fond et des mesures réelles, non pas seulement sécuritaires, mais aussi sociales.

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