Martin RogardLes internautes français ont appris à être méfiants dès qu’il s’agit de la relation entre les médias et le monde politique. On pensait pourtant les services Internet web 2.0 hors de tout soupçon, mais le cas DailyMotion fait suinter les claviers depuis plusieurs jours. Séverin Naudet, l’ancien collaborateur de Renaud Donnedieu de Vabres au ministère de la Culture, avait rejoint le site de partage de vidéos en ligne avant de repartir quelques semaines plus tard pour débarquer à Matignon à la direction presse de François Fillon. Cette anecdote en soit n’avait rien d’important, puisque le départ de S. Naudet pour Matignon semblait plus logique que son arrivée chez DailyMotion. Un petit tour et s’en allait. Sans histoire.

En revanche, l’annonce de l’arrivée de Martin Rogard a semé plus de trouble. Lui aussi était un proche conseiller de Renaud Donnedieu de Vabres au ministère de la Culture, au moment du passage de la loi DADVSI. Il était responsable du pôle multimédia au ministère de la culture et de la communication, il était également en charge des « Chantiers Numériques » lancés en septembre 2004 par Renaud Donnedieu de Vabres. Lui aussi, un transfuge de la rue de Valois vers la rue Greneta. La polémique pouvait commencer.

Car Martin Rogard n’est pas n’importe quel collaborateur. Il est le fils de Pascal Rogard, le patron de la Société des Auteurs et Compositeurs Dramatiques (SACD), lobbyste en chef du tout Paris pour le monde du cinéma et du théatre. C’est souvent lui qui monte au créneau pour négocier durement des lois ou des accords avec ou contre ceux qui exploitent les œuvres audiovisuelles. Pascal Rogard sera en première ligne pour négocier avec son propre fils des accords pour DailyMotion. Malaise ?

« Il a été recruté pour ses qualités ! »

Du côté de DailyMotion, on soutient la nouvelle recrue sans réserve. « Je n’y vois que du positif« , nous assure Benjamin Bejbaum, le co-fondateur et directeur de DailyMotion. « Martin a été développeur, a participé à un projet communautaire mythique : Mankind. Il a dirigé des équipes importantes sur des projets culturels et a une connaissance très poussée du milieu« . « Il a été recruté pour ces qualités !« , insiste Benjamin Bejbaum.

Peut-on reprocher à Martin Rogard un délit de filiation ? Sans aucun doute non. A-t-il les qualités pour diriger les équipes de DailyMotion ? Sans doute oui. Reste que cette « affaire » risque de faire naître pour le site une certaine méfiance lorsque viendra le temps de réviser la loi DADVSI ou (ce qui semble inévitable à moyen terme) de réviser le statut favorable des intermédiaires techniques et des hébergeurs derrière lequel se protègent YouTube et DailyMotion.

Dans ce cadre il semble toutefois acquis que l’expérience et la connaissance des lobbys de Martin Rogard devrait plutôt servir la cause des sites d’hébergement de vidéos que la desservir…

Ca promet de l’ambiance à l’apéro chez les Rogard.

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