Même si l'initiative n'est pas encore parfaite, l'abandon des DRM par une des quatre plus grande maisons de disques mondiales restera dans les annales. Il s'agit d'une première grande victoire commerciale pour les internautes que l'industrie voulait vérouiller.

Impossible de bouder le plaisir. « Je ne pourrais pas être plus heureux en ce moment« , se félicite Cory Doctorow, qui a été longtemps l’un des plus grands promoteurs de la lutte contre les DRM aux Etats-Unis et dans le monde, à travers l’Electronic Frontier Fondation (EFF). L’organisation Defective By Design, qui se bat avec acharnement contre les mesures de protection techniques imposées aux œuvres, n’en revient pas. « Ca n’est pas possible. Il l’a fait, il l’a vraiment fait. iTunes va vendre des morceaux d’EMI sans DRM d’ici quelques semaines« , s’émeut l’organisation qui propose maintenant aux internautes d’offrir à Steve Jobs un cadeau de remerciement.

En 1996, les maisons de disques et les studios de cinéma avaient obtenu gain de cause auprès de l’Organisation mondiale de la Propriété Intellectuelle pour faire condamner les contournements de mesures techniques. De cet accord international signé par l’Europe était née la directive EUCD, elle-même à l’origine du projet de loi DADVSI. Depuis plus de onze ans, les consommateurs et les internautes répètaient à s’en lasser mais avec une conviction inébranlable qu’ils n’achèteraient pas d’œuvres sous DRM et entâchées d’autres systèmes de protection. Il aura fallu onze ans et des problèmes insolubles d’interopérabilité pour qu’enfin le mur se brise et qu’une major accepte de se soumettre à l’évidence.

Certes, l’annonce n’est pas aussi idéale que beaucoup l’auraient souhaité. Il ne semble pas logique de faire payer un premium de 30 % pour avoir le droit de bénéficier d’un morceau sans DRM, qui devrait être la norme. Il ne semble même pas logique de mettre la meilleure qualité audio sur le morceau qui n’est pas protégé contre la copie et la diffusion sur les réseaux P2P. Mais ce qui compte le plus, c’est que la barrière psychologique est en train de tomber. Toute proportion gardée, ce 2 avril 2007 sera pour les opposants aux DRM une sorte de 9 novembre 1989. On ne reviendra pas en arrière, et on ne peut plus que progresser.

Un mur de dominos s’écroule ?

L’indication par Eric Nicoli que les morceaux sans DRM s’étaient vendus 10 fois mieux que les mêmes morceaux avec DRM montre que l’on ne peut plus associer l’absence de DRM au piratage dans l’esprit des majors. Ca n’est plus qu’une question de semaines et de mois avant que toutes les majors en arrivent à même conclusion, y compris Warner qui avait montré une vive opposition à l’idée d’ouverture de sa promise EMI. Steve Jobs mise sur 50 % d’offre sans DRM d’ici la fin de l’année.

Sans doutes les conditions posées par EMI à iTunes (dont on ignore encore l’essentiel) ne permettent-elles pas à n’importe quelle plate-forme d’entrer en concurrence facilement. Mais là aussi, ça n’est plus qu’une question de semaines et de mois avant que toutes les plate-formes étendent leur offre sans DRM. C’est un passage obligé lorsque l’on veut offrir de la musique pour l’iPod, qui domine 75 % du marché des baladeurs. Peut-on attendre en France de la FNAC et de Virgin qu’elles s’y mettent rapidement ? Sans doute.

Pour Apple, c’est une réponse du berger à la bergère face à la pression croissance exercée en Europe. A la Scandinavie qui avait entamé des procédures contraignantes, Apple répond qu’il ne joue pas sur un modèle propriétaire pour imposer son iPod, mais bien sur la seule qualité de ses produits.

Pour EMI, c’est bien sûr une excellente opération de communication. La major montre aux internautes qu’elle est la plus à l’écoute de leurs demandes et la plus ancrée dans l’ère numérique. Un bon point qui contrebalance l’image très négative qu’ont Universal (filiale de Vivendi) où Sony Music auprès des internautes. C’est aussi l’assurance de vendre davantage de musique sur iTunes que ses concurrentes, à l’heure où les indépendants tendent à profiter du MP3 sans DRM pour progresser face à des majors réactionnaires.

Pour Renaud Donnedieu de Vabres et sa machine à vapeur qu’est l’Autorité de Régulation des Mesures Techniques (toujours pas officialisée), c’est en revanche un désavoeu. Même si le ministre de la Culture s’était félicité de la lettre ouverte d’Apple (le commentaire d’une décision d’un industriel privé américain étant en soit un évènement politique), on ne peut pas imaginer que l’annonce de l’abandon des DRM par la troisième major du monde soit mineur pour un ministre qui s’est battu pour faire voter une loi de protection des DRM déjà en voie d’obsolescence. C’est la confirmation que la solution au problème des DRM n’était pas legislative mais commerciale.

Il restera encore beaucoup d’a priori à faire tomber, surtout dans le monde du cinéma. Steve Jobs (qui est actionnaire privé principal de Disney) a confirmé ce lundi qu’il n’était pas question pour lui d’abandonner les DRM sur les vidéos, car a-t-il dit en substance, contrairement aux musiques vendues sur CD non protégés, le cinéma s’est toujours protégé contre la copie et les consommateurs sont donc davantage habitués à leurs inconvénients. Mais pour la musique, la victoire semble acquise. Ca n’est plus qu’une question de temps.

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