EMI abandonne les DRM sur iTunes : quelles conséquences ?
Guillaume Champeau -
publié le Lundi 02 Avril 2007 à 18h10 -
posté dans High-Tech
Même si l'initiative n'est pas encore parfaite, l'abandon des DRM par une des quatre plus grande maisons de disques mondiales restera dans les annales. Il s'agit d'une première grande victoire commerciale pour les internautes que l'industrie voulait vérouiller.
Impossible de bouder le plaisir. "Je ne pourrais pas être plus heureux en ce moment", se félicite Cory Doctorow, qui a été longtemps l'un des plus grands promoteurs de la lutte contre les DRM aux Etats-Unis et dans le monde, à travers l'Electronic Frontier Fondation (EFF). L'organisation Defective By Design, qui se bat avec acharnement contre les mesures de protection techniques imposées aux oeuvres, n'en revient pas. "Ca n'est pas possible. Il l'a fait, il l'a vraiment fait. iTunes va vendre des morceaux d'EMI sans DRM d'ici quelques semaines", s'émeut l'organisation qui propose maintenant aux internautes d'offrir à Steve Jobs un cadeau de remerciement.
En 1996, les maisons de disques et les studios de cinéma avaient obtenu gain de cause auprès de l'Organisation mondiale de la Propriété Intellectuelle pour faire condamner les contournements de mesures techniques. De cet accord international signé par l'Europe était née la directive EUCD, elle-même à l'origine du projet de loi DADVSI. Depuis plus de onze ans, les consommateurs et les internautes répètaient à s'en lasser mais avec une conviction inébranlable qu'ils n'achèteraient pas d'oeuvres sous DRM et entâchées d'autres systèmes de protection. Il aura fallu onze ans et des problèmes insolubles d'interopérabilité pour qu'enfin le mur se brise et qu'une major accepte de se soumettre à l'évidence. Certes, l'annonce n'est pas aussi idéale que beaucoup l'auraient souhaité. Il ne semble pas logique de faire payer un premium de 30 % pour avoir le droit de bénéficier d'un morceau sans DRM, qui devrait être la norme. Il ne semble même pas logique de mettre la meilleure qualité audio sur le morceau qui n'est pas protégé contre la copie et la diffusion sur les réseaux P2P. Mais ce qui compte le plus, c'est que la barrière psychologique est en train de tomber. Toute proportion gardée, ce 2 avril 2007 sera pour les opposants aux DRM une sorte de 9 novembre 1989. On ne reviendra pas en arrière, et on ne peut plus que progresser. Un mur de dominos s'écroule ? L'indication par Eric Nicoli que les morceaux sans DRM s'étaient vendus 10 fois mieux que les mêmes morceaux avec DRM montre que l'on ne peut plus associer l'absence de DRM au piratage dans l'esprit des majors. Ca n'est plus qu'une question de semaines et de mois avant que toutes les majors en arrivent à même conclusion, y compris Warner qui avait montré une vive opposition à l'idée d'ouverture de sa promise EMI. Steve Jobs mise sur 50 % d'offre sans DRM d'ici la fin de l'année. Sans doutes les conditions posées par EMI à iTunes (dont on ignore encore l'essentiel) ne permettent-elles pas à n'importe quelle plate-forme d'entrer en concurrence facilement. Mais là aussi, ça n'est plus qu'une question de semaines et de mois avant que toutes les plate-formes étendent leur offre sans DRM. C'est un passage obligé lorsque l'on veut offrir de la musique pour l'iPod, qui domine 75 % du marché des baladeurs. Peut-on attendre en France de la FNAC et de Virgin qu'elles s'y mettent rapidement ? Sans doute. Pour Apple, c'est une réponse du berger à la bergère face à la pression croissance exercée en Europe. A la Scandinavie qui avait entamé des procédures contraignantes, Apple répond qu'il ne joue pas sur un modèle propriétaire pour imposer son iPod, mais bien sur la seule qualité de ses produits. Pour EMI, c'est bien sûr une excellente opération de communication. La major montre aux internautes qu'elle est la plus à l'écoute de leurs demandes et la plus ancrée dans l'ère numérique. Un bon point qui contrebalance l'image très négative qu'ont Universal (filiale de Vivendi) où Sony Music auprès des internautes. C'est aussi l'assurance de vendre davantage de musique sur iTunes que ses concurrentes, à l'heure où les indépendants tendent à profiter du MP3 sans DRM pour progresser face à des majors réactionnaires. Pour Renaud Donnedieu de Vabres et sa machine à vapeur qu'est l'Autorité de Régulation des Mesures Techniques (toujours pas officialisée), c'est en revanche un désavoeu. Même si le ministre de la Culture s'était félicité de la lettre ouverte d'Apple (le commentaire d'une décision d'un industriel privé américain étant en soit un évènement politique), on ne peut pas imaginer que l'annonce de l'abandon des DRM par la troisième major du monde soit mineur pour un ministre qui s'est battu pour faire voter une loi de protection des DRM déjà en voie d'obsolescence. C'est la confirmation que la solution au problème des DRM n'était pas legislative mais commerciale. Il restera encore beaucoup d'a priori à faire tomber, surtout dans le monde du cinéma. Steve Jobs (qui est actionnaire privé principal de Disney) a confirmé ce lundi qu'il n'était pas question pour lui d'abandonner les DRM sur les vidéos, car a-t-il dit en substance, contrairement aux musiques vendues sur CD non protégés, le cinéma s'est toujours protégé contre la copie et les consommateurs sont donc davantage habitués à leurs inconvénients. Mais pour la musique, la victoire semble acquise. Ca n'est plus qu'une question de temps. 3
Commentaires à propos de EMI abandonne les DRM sur iTunes : quelles conséquences ?
![]() Jailbreak
Le 03 Avril 2007 à 00h24
C'est un petit pas pour les Majors, mais un grand pas pour les internautes
![]() pHi
Le 03 Avril 2007 à 14h25
dire qu'EMI va pouvoir se racheter une image face à sony et universal est peut être un peu prématuré. j'ai entendu hier soir sur France Info un dirigeant d'EMI pour l'europe (désolé, j'ai oublié le nom) qui présentait la chose comme une concession faite aux internautes grands pirates devant l'éternel, et qu'en échange de cette preuve de bonne foi, ils allaient maintenant mettre le paquet pour faire du lobbyisme et renforcer la répression contre le piratage.
derrière cette opération qui pour nous apparaît comme une grande avancée, il y a pour eux un argument de poids dans la lutte contre leurs clients, rien de plus. au final, cette évolution, on ne peut plus logique si on s'en réfère à la demande du marché, n'a semble-t-il pas remis en question les fondements du raisonnement "nous sommes tous des criminels en puissance, reste à voir comment nous punir". d'un point de vue pûrement technique, l'homme en questiont vantait la qualité comparable au CD justifiant le surcoût. édifiant, sachant que l'ancienne génération était déjà présentée comme "équivalente au CD". ça sent définitivement le foutage de gueule. à quand du mp3 320kbps équivalent au cd, 50% plus cher, pour arriver enfin au flac, à 40€ l'album ? si on doit payer au prorata de la qualité, pourquoi n'aurait on pas directement la qualité du cd, au prix du cd mois le prix du packaging ? si on veut remplacer le CD, faudrait voir à penser à ceux qui écoutent leur musique autrement qu'avec des écouteurs à 5€ dans les oreilles. autre source potentielle de mécontentement, comme l'a d'ailleurs souligné ratiatum dans se colonnes, le maintien de l'aac : on a vu plus ouvert, comme "standard". bien évidemment, rien n'empêche la conversion vers un autre format, une fois les drm abandonnés, mais que se passe-t-il si demain le codec devient payant ? on retombe dans un schéma où seuls les possesseurs de balladeurs compatibles pourront lire leur musique. en dehors de cet aspect pûrement pratique, je m'interroge sur la médiatisation faite actuellement sur le sujet, qui associe beaucoup trop facilement et injustement "abandon des drm" et "garantie d'interopérabilité". ceci dit, si on prend cette mesure au pied de la lettre, ça reste une grande victoire, doublement même, car dans le même temps EMI signe la mise à mort des drm sur la musique numérique, juste après la mise à mort des protections sur les CD audio (ils ont même poussé la bonté jusqu'à rééditer certains CDs anciennement protégés, joie !). et c'est de toute façon tout à leur honneur d'être les premiers à daigner écouter leurs clients. elle ne doit cependant pas faire penser que tout est acquis et que la licence globale, la copie privée, et tout ce qui s'y rapporte reste hors de leurs préoccupations pour l'instant. ![]() ![]() TotoRhino
Le 04 Avril 2007 à 13h29
Il est vrai que d’un point de vue purement « idéologique », c’est une victoire certaine du consommateur contre les majors et Kad à raison, il faut positiver : « On ne reviendra pas en arrière, et on ne peut plus que progresser ».
Mais dans la pratique, je trouve ça bancal et franchement, je ne vois pas comment ça peut marcher et c’est bien dommage, car l’échec pourrait servir aux proDRM. Je partage tout à fait ce point de vue : Certes, l'annonce n'est pas aussi idéale que beaucoup l'auraient souhaité. Il ne semble pas logique de faire payer un premium de 30 % pour avoir le droit de bénéficier d'un morceau sans DRM, qui devrait être la norme. Il ne semble même pas logique de mettre la meilleure qualité audio sur le morceau qui n'est pas protégé contre la copie et la diffusion sur les réseaux P2P. Que j’avais déjà exprimé ici : Clic ! Car que vont faire les consommateurs qui auront acheté de la musique sans DRM au format AAC de qualité supérieure ? N’oublions pas que nous sommes tous des pirates et je serais bien étonné de ne pas voir de tels fichiers sur le réseau. Mieux, des versions réencodées au format MP3 (garantissant l’interopérabilité) de haute qualité verront certainement le jour également sur le réseau. Alors ? Alors que vont devenir les fichiers DRMisés vendu sur les plates-formes légales ? Vont-ils se vendre mieux ? Je pense plutôt que c’est la mort assurée pour ce format (sur les plates formes légales, pas sur le P2P). Mais c’est peut être le but, plus d’autres intentions cachées derrière tout ça : • Peut être, en effet, une façon « soft » de virer les DRM de la musique, • Une façon certaine d’augmenter le prix de la musique, ce qui ne pourra qu’accentuer le phénomène P2P, • Une façon de faire évoluer la qualité des fichiers musicaux (mais est-ce vraiment nécessaire ?), mais surtout d’imposer un nouveau format, le AAC et donc d’obliger le consommateur de refaire sa panoplie de matériels audio/vidéo, • Une façon certaine pour Apple de rester pionnier dans ce domaine. Bref, dans tous les cas, je ne vois pas trop l’intérêt du consommateur lambda, et aucun en face du P2P, si ce n’est d’alimenter celui-ci avec des fichiers de meilleure qualité. En fait, il n’y a que l’argent qui intéresse le monde, que ce soit du point de vue du consommateur que celui de l’industriel. Sauf que ce dernier s’est bien engraissé durant ces dernières années et que le consommateur, lui, s’est bien fait avoir. Il est donc temps que la roue tourne et que les prix baissent. La dématérialisation de la musique était une bonne façon de reproduire à moindre coût ; tout internaute le sait bien et est capable de le faire avec le premier PC bas de gamme venu. Mais non, les majors ont voulu profiter de cette nouvelle façon de vendre pour faire monter les prix. Et que ce passe-t-il aujourd’hui ? Bah, c’est pareil, on vend de la musique dans un format numérique en nous faisant croire que la reproduction dans ce format nécessite une augmentation du prix pour le consommateur. Pfff, au fond, rien n’a changé... Bon ok, je ne suis pas positif... ![]() |
Derniers articles publiés
Trouver les meilleurs prix avec Numerama
1.394.093 produits comparés
1.264.571 prix actualisés
31.896 avis de la presse référencés !
Logiciels à télécharger
|