Est-ce vraiment contre YouTube, ou contre le piratage ? Présenté par la presse comme une offensive contre le service de partage de vidéo de Google, l'alliance annoncée aujourd'hui entre NBC Universal et News Corp. donne en fait naissance à un gigantesque consortium pour concurrencer les diffusions pirates de vidéos sur Internet. Explications.

C’est une initiative de NBC Universal et du groupe News Corp (MySpace, Fox…), une sorte d’auberge espagnole dans laquelle chacun apporte ce qu’il peut, que ce soit de l’audience ou des contenus. AOL, Microsoft, Yahoo et MySpace ont tous signé pour apporter leur visibilité et se joindre à l’aventure. Ensemble, les quatre géants touchent 96 % des internautes américains. D’autres, en commençant par News Corp et NBCU, vont apporter leurs contenus vidéo qui seront diffusés sur le site mis en commun, ou par chacun des partenaires en marque blanche. Des milliers d’heures de vidéo dans lesquelles on trouve des succès mondiaux comme 24, Heroes, Prison Break, The Simspons… et de nombreux films.

Tous partageront les revenus publicitaires générés. Car pour le moment, il n’est pas question de proposer des offres payantes, mais bien de créer un vaste réseau de diffusion pour mettre en commun l’audience et avoir un pouvoir de négociation sans comparaison auprès des annonceurs. Ceux qui se joignent à l’aventure pour fournir leurs contenus ont deux possibilités. Ils peuvent soit devenir associés de la société, et toucher 90 % des revenus publicitaires générés par leurs œuvres, mises en exclusivité sur le réseau. Ou soit être simple partenaire et toucher une commission moindre, mais sans exigence d’exclusivité.

Il est promis aux titulaires de droits qui se joignent « une protection du contenu extraordinaire, une protection de la propriété intellectuelle qu’ils n’ont jamais eu avant ». Tous les diffuseurs signataires ont déjà accepté de protéger les contenus. Conséquence directe et logique, Microsoft a fermé l’accès public à son site Soapbox, en attendant d’y implanter un filtre. Il estime qu’il lui faudra entre un et deux mois pour mettre en place la solution Audible Magic, qui s’impose sur le marché (MySpace, YouTube…). Tous semblent décider à se retrousser les manches et à attaquer le problème du piratage de front, sur un axe judiciaire et préventif bien sûr, mais aussi et surtout en offrant à l’internaute ce qu’il attend. Ainsi les contenus de tous seront accessibles partout aux mêmes conditions. De quoi soulever des questions réglementaires sur une éventuelle entente illicite sur les prix, même s’il s’agit ici de tarifs publicitaires.

De premiers annonceurs se sont immédiatement manifestés. Peter Naylor, le responsable des ventes pour les médias numériques chez NBC Universal, s’est vanté d’avoir vendu en quatre heures l’équivalent de 10 % du chiffre d’affaires réalisé en une année par YouTube. Ce qui représenterait 1,5 millions de dollars (car selon des analystes, Google n’aurait amassé que 15 millions de dollars de recettes par YouTube en 2006…). Cadbury Schweppes , Cisco Systems et General Motors seraient les premiers annonceurs.

Pas de lutte frontale contre Google / YouTube

Contrairement aux apparences et à ce que les premiers commentaires peuvent laisser croire, il ne semble pas y avoir de complot à l’encontre de YouTube. Plusieurs indices contrarient en effet cette analyse :

1. Google est le premier client de MySpace, avec un chèque de 900 millions de dollars apporté à Rupert Murdoch (le propriétaire de News Corp) pour gérer les publicités contextuelles du site communautaire ;

2. Le directeur de Google Eric Schmidt est déjà entré en contact avec Peter Chernin (Fox) et Jeff Zucker (NBC Universal) pour discuter d’un accord de collaboration, et les deux hommes n’ont pas fermé la porte ;

3. Contrairement à YouTube, l’alliance NBCU-News Corp ne prévoit pas de s’ouvrir aux contenus générés par les utilisateurs, mais uniquement aux contenus sous licence produits par des studios professionnels ;

4. Google possède 5 % de Time Warner, maison-mère de AOL, qui participe à l’alliance.

Mais il n’en reste pas moins que l’accord historique va beaucoup fragiliser YouTube, qui n’apporte pas aux producteurs les mêmes garanties de sécurisation des droits d’auteurs, et risque surtout d’être confronté à l’exclusivité apportée au service NBCU-News Corp. L’alliance va obliger Google à être beaucoup attentif aux demandes des producteurs audiovisuels, qui prouvent leur capacité à s’organiser rapidement lorsque la tension monte.

Préparé depuis un mois, l’accord aurait été précipité en quelques nuits suite à l’arrivée de Yahoo et Microsoft à la table des négociations.

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