On y avait cru. La décision semblait être prise et seuls les détails devaient être négociés. Mais non, finalement EMI aurait mis fin à toute discussion visant à abandonner les verrous numériques sur les chansons vendues à ses clients.

Il s’agit pourtant de la plus pure des évidences. Vendre un fichier musical sous DRM n’a jamais encouragé le moindre consommateur à l’achat, mais en a refoulé de très nombreux. Comment convaincre le client de prendre sa carte bancaire lorsqu’on lui dit que le produit qu’il s’apprête à acheter a des restrictions et des incompatibilités que n’a pas celui qu’il pourra télécharger gratuitement sur les réseaux P2P ? Comment justifier au client qu’il ne pourra pas faire ce qu’il veut de la musique qu’il achète sur Internet alors qu’il a l’habitude de disposer librement des CD qu’il achète chez les disquaires depuis quinze ans ?

On avait pensé qu’EMI avait enfin compris le message, avec la promesse par Barney Wragg d’un grand changement de politique numérique au cours de ce semestre. Le monsieur numérique de la maison de disques britannique semblait confirmer ainsi les rumeurs persistantes d’un abandon des DRM par la troisième major du marché. Ca n’aurait pas été une grande surprise puisque EMI avait déjà tenté à deux reprises de vendre de la musique sans DRM, dont tout l’album de Norah Jones.

Microsoft impliqué dans les discussions

Puis patatrac ! Mi-février, le Wall Street Journal nous apprend que dans ses négociations avec les revendeurs de musique en ligne, EMI exige ce que nous pensions être une avance sur recette. D’un montant « considérable », rapportait le journal américain. Les plate-formes impliquées dans les discussions ont toutes décliné l’offre, et ceci très logiquement (pourquoi faudrait-il qu’elles payent à EMI le droit pour elle de mieux vendre sa musique ?). Et voilà que Bloomberg nous indique que les contre-propositions faites par les plate-formes ont à leur tour été refusées par EMI. Les négociations ont échoué, les DRM restent, et le piratage continuera de grimper. En fait d’avance sur recette, c’était une somme supplémentaire à sa commission traditionnelle sur les ventes qu’exigeait la major britannique. Impossible de rentabiliser sans augmenter le prix au consommateur.

Selon Bloomberg, les sociétés qui négociaient avec EMI étaient entre autres Apple (qui a déclaré son hostilité aux DRM ce mois-ci), RealNetworks (un opposant de longue date), Yahoo (précurseur de la vente sans DRM auprès des majors), Amazon.com (qui veut ouvrir sa boutique de musique sans DRM)… et Microsoft. Surprise pour ce dernier, puisque l’on connaît l’attachement de la firme de Redmond aux systèmes de protection techniques. Même Microsoft aurait-il compris, malgré le Zune surprotégé, que les DRM menaient à une impasse ?

Bloomberg indique que EMI aurait dû annoncer le 9 février sa décision de se séparer des DRM sur ses ventes de chansons. Est-ce un hasard si c’est le 14 février que l’on a appris la démission du champion de l’anti-DRM de Yahoo, David Goldberg ?

L’échec des négociations sur l’arrêt des DRM n’est en tout cas sans doute pas étranger au retour des discussions de fusion entre Warner et EMI. Nous l’écrivions en effet au moment de l’annonce par EMI de la reprise des négociations :

Si fusion il devait y avoir, EMI et Warner sont appelés à connaître au moins autant de difficultés de compatibilité d’humeur qu’ont connu Sony Music et BMG au moment de leur rapprochement. Tandis que EMI semble vouloir enfin entrer de plein pied dans l’ère numérique et respecter les consommateurs, le président de Warner Music, Edgar Bronfman, a été surprenant de rigidité en répondant aux récentes prises de position de Steve Jobs.

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