Warner est décidé à faire les choses bien pour acquérir EMI. La major américaine a négocié le blanc seing de l'IMPALA, l'organisation de 3.500 labels indépendants qui avaient attaqué le projet de fusion entre Sony et BMG. Warner s'est engagé à des contreparties.

Ainsi que nous le rapportions mardi, EMI a annoncé qu’elle avait à nouveau été approchée par l’américain Warner Music, en vue de son acquisition. Les deux majors caressent depuis longtemps l’espoir de fusionner leurs deux entités pour se hisser ensemble au niveau d’Universal Music sur le marché mondial. Si elles se regroupaient, EMI et Warner auraient en effet environ 25 % du marché musical, ce qui sera équivalent au quart obtenu par la filiale de Vivendi, et légèrement supérieur à la part détenue par Sony BMG.

Après plusieurs échecs, Warner semble cette fois décidé à ne rien laisser au hasard. Prudente, la major s’est assuré le soutien de l’Impala. L’organisation, qui regroupe 3.500 labels indépendants à travers le monde, avait fait appel de la décision de la Commission Européenne de valider la fusion de Sony Music et de BMG, et obtenu gain de cause deux ans plus tard, obligeant Bruxelles à un rééxamen du dossier. Plus récemment, le groupement d’indépendants s’est attaqué au proejt d’achat de l’activité d’édition musicale de BMG par le français Universal Music.

Warner achète le silence des indépendants

Selon les termes de l’accord, dont les grandes lignes ont été rendues publiques par l’Impala, l’organisation soutiendra sans réserve auprès de Bruxelles le projet d’acquisition de EMI par Warner Music Group. En contrepartie, WMG s’engage à :

  • Ne pas entraver le développement de la concurrence et favoriser l’octroi de licences, ce qui reste un peu nébuleux
  • Se déposséder de certains actifs dans la musique enregistrée pour réduire sa part de marché au bénéfice des indépendants
  • Apporter une aide substantielle (donc financière) à l’initiative Merlin annoncée récemment au Midem

L’Impala espère que cet accord sera suivi par des accords similaires avec les autres majors de l’industrie musicale. Elle proposera le même deal aux deux grandes majors pour cesser en échange tout blocage de la fusion Sony/BMG et du rachat de BMG Publishing par Universal.

Pour Patrick Zelnik, le président de l’Impala France et le PDG du label indépendant Naïve, « l’accord entre IMPALA et WMG révèle dans quelle mesure il peut y avoir un avenir pour la musique si les indépendants et les majors travaillent ensemble pour une vision de long terme du marché ». « Depuis 2000, nous avons été cohérents dans notre position : nous nous opposerons aux fusions s’il n’y a pas de remèdes forts », insiste-t-il.

« Nous n’avons jamais été anti-majors », tient à préciser pour sa part Martin Mills, le président de l’Impala pour le Royaume-Uni, et PDG de Beggars Group.

Les négociations financières entre Warner et EMI peuvent désormais commencer sereinement. Même si la Commission Européenne n’est pas contrainte à suivre l’avis de l’Impala, celui-ci aura un poids très déterminant dans la décision européenne. Les Américains, de leur côté, ne devraient pas poser de difficultés. Avec les départs de Alain Levy et David Munns de la tête de EMI Music, et la nomination de Eric Nicoli à la tête des opérations, les discussions vont pouvoir reprendre avec de nouveaux interlocuteurs, ce qui ne sera pas un mal après quatre avortements successifs en moins de six mois.

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