La loi sur l'encadrement du prix des livres en vente à distance étant entrée en vigueur ce matin, Amazon l'a appliquée. Il coûte désormais plus cher d'acheter un livre sur Amazon ou ses concurrents en ligne que d'acheter le même livre dans une librairie traditionnelle.

Cette fois nous y sommes. Pendant des mois que la proposition de loi a été mise à l'agenda du parlement, nous avons refusé d'en parler comme d'une simple loi anti-Amazon, préférant mettre l'accent sur le fait qu'elle aurait pour effet premier de rendre les livres plus chers sur Internet, et donc de pénaliser le lecteur. Au prétexte de vouloir protéger les libraires traditionnels d'une prétendue "concurrence déloyale" générée par la gratuité des frais de port proposée par Amazon, le Gouvernement et le Parlement ont adopté un texte qui fait obligation aux commerçants sur Internet de ne pas appliquer la remise de 5 % que les libraires physiques ont le droit d'appliquer.

La loi du 8 juillet 2014 "sur les conditions de la vente à distance des livres" a été publiée mercredi au Journal Officiel, et est donc entrée ce jeudi en vigueur.

Le résultat est immédiatement visible. Les livres coûtent plus chers à acheter sur Internet qu'ils ne le sont dans les librairies physiques, créant cette fois une forme de concurrence déloyale au profit des commerces traditionnels, mais aussi et surtout de Auchan, E. Leclerc, Carrefour, la FNAC… qui pourront appliquer la remise de 5 % désormais refusée aux e-commerçants.

Pour vérifier l'application de la loi, nous avons regardé dans notre historique de commandes. Cet essai de Hartmut Rosa sur l'accélération de la société, acheté mardi pour 8,55 euros TTC livraison comprise, est affiché ce jeudi au prix de 9 euros (auquel il faut ajouter un centime de livraison si l'on n'est pas client Amazon Premium) :

Il en est de même pour tous les livres de notre historique et la différence de prix est parfois sensible sur les plus onéreux. Ainsi ce volume sur l'Histoire de France, acheté 37,05 euros, coûte désormais 42,90 euros (une différence de 5,85 euros qui ne peut pas s'expliquer toutefois que par l'abandon de la remise de 5 %, qui ne représente "que" 2,15 euros).

Ainsi désormais, si l'on veut économiser quelques euros, il faut trouver le livre que l'on souhaite en librairie physique (bonne chance si vous avez des centres d'intérêts particuliers), ou le commander à cette librairie pour revenir quelques jours ou semaines plus tard le retirer. Pratique, lorsque l'on habite en zone rurale ou que ses horaires de travail rendent difficile une telle organisation. Pas sûr que le livre et la culture en sortent renforcés.

Pour Amazon en revanche, c'est désormais 5 % de marge en plus dans ses cahiers de compte, avec l'assurance que ses concurrents directs sont soumis au même régime.

En tout cas en principe.

Selon nos constatations la FNAC n'avait pas encore appliqué jeudi matin sur son site la nouvelle tarification, puisqu'elle affiche toujours un prix avec la remise de 5 % et avec la gratuité des frais de port, alors que la loi l'interdit "lorsque le livre est expédié à l'acheteur et n'est pas retiré dans un commerce de vente au détail de livres" :

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