Le quotidien allemand Süddeutsche Zeitung affirme que la France a bénéficié d'un accord secret, sous le nom de code "Lustre", passé avec les Etats-Unis et quatre autres pays alliés, pour coopérer en matière de renseignement.

Si l'information se vérifie, la France pourrait bientôt se trouver en première ligne dans les révélations autour du programme PRISM de la NSA, sur le banc des accusés. Selon le journaliste allemand Frederik Obermaier, qui publie ces révélations dans le quotidien Süddeutsche Zeitung, non seulement la France était au courant des collectes massives de données personnelles par les Etats-Unis, mais elle en était même partenaire.

Le quotidien allemand affirme en effet que des documents transmis par Edward Snowden montrent qu'il aurait existé un accord secret entre la France et les "Five Eyes", cinq pays anglophones notoirement alliés dans le domaine de la surveillance (USA, Royaume-Uni, Nouvelle-Zélande, Canada, et Australie).

L'accord qui porte le nom de code "Lustre" aurait visé une coopération entre les différents services de renseignement, avec la promesse réciproque de ne pas s'espionner les uns les autres — ce qui n'a visiblement pas été tenu, et ce qui suscite une réaction européenne dont il est difficile de mesurer la sincérité. La semaine dernière, Angela Merkel et François Hollande n'ont pas condamné le principe-même de la surveillance des populations de pays alliés, qu'ils estiment nécessaires pour la lutte contre le terrorisme, mais simplement demandé "une coopération bilatérale entre les services de renseignement".

C'est également ce qu'a demandé en France la CNIL, qui a certes exprimé sa "réprobation" face à la collecte massive de données personnelles de citoyens qui sont tous considérés comme des terroristes en puissance, mais qui s'est contentée de demander que ces collectes soient encadrées par la loi et des accords internationaux.

"Les révélations du Süddeutsche Zeitung semblent démontrer, si elles se révèlent exactes, que la France est en plus un acteur privilégié de la surveillance mondiale et qui collabore avec ceux-là même qu'elle dénonce du bout des lèvres aujourd'hui, les Etats-Unis. Ce qui pourrait expliquer la prudence du chef de l'Etat français pour condamner trop fermement les pratiques de la NSA", analyse TV5 Monde.

De son côté, Reflets explique bien l'intérêt pour la NSA de signer un tel accord avec la France. "Le continent Africain échappe en grande partie aux grandes oreilles Américaines (seulement 11Gb de trafic)… Mais pas aux grandes oreilles Françaises (343Gb, ou presque), mettant ainsi le pays de Droits de l’Homme et du fromage dans une position unique pour intégrer le club fermé – aux cotés d’Israël – des grands maitres de la société de surveillance qui s’installe", remarque l'expert Fabrice Epelboin.

Selon le quotidien allemand, Israël (sous nom de code "Ruffle"), la Suède ("Sardine") et l'Italie auraient également bénéficié d'accords similaires.

(illustration : CC Vismar R)

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