Avec le décès d'Hergé le 3 mars 1983, son œuvre doit entrer dans le domaine public le 1er janvier 2054. Mais les éditions Casterman et la société Moulinsart ont quelques idées en tête pour retarder l'échéance et conserver les droits sur Tintin pendant quelques années supplémentaires.

Qui ne connaît pas Tintin ? Personnage iconique de la bande dessinée franco-belge, le jeune reporter a vécu bien des aventures sous le crayon d'Hergé. En vingt-trois albums, Tintin a fait le tour du monde. Il est même allé sur la Lune et a assisté à des phénomènes paranormaux. Mais depuis janvier 1976, Tintin a pris sa retraite : après "Tintin et les Picaros", plus aucune BD entièrement achevée par Hergé n'a été publiée.

Le 3 mars 1983, Hergé décède. Comme en France, la Belgique – pays de l'auteur – dispose d'une législation encadrant la durée de contrôle des droits de l'œuvre. Ainsi, la loi belge prévoit que les héritiers de l'auteur restent les propriétaires exclusifs des droits pendant 70 ans après sa mort. À l'issue de cette période, l'œuvre accède au domaine public, tandis que cesse (.pdf) le droit moral.

Selon ce mécanisme, Tintin entrera dans le domaine public en 2053. Ou, plus exactement le 1er janvier 2054, dans la mesure où ce délai post mortem démarre le 1er janvier suivant le décès de l'auteur. Ça, c'est pour la théorie. Car en pratique, il existe des stratégies pour empêcher la libération des droits d'exploitation des œuvres et maintenir une situation de rente pendant de nombreuses années.

Et justement, la société Moulinsart, qui gère l'exploitation commerciale de l'œuvre d'Hergé, a des projets en ce sens. En début de semaine, le quotidien La Libre Belgique a fait état de deux entretiens, l'un accordé au Soir par Nick Rodwell, administrateur délégué de la société Moulinsart, l'autre donné au Monde par Benoît Mouchard, le directeur éditorial chez Casterman.

Il apparaît aujourd'hui que les deux hommes ont bien l'intention de publier une nouvelle bande dessinée de Tintin, non pas tant pour faire découvrir des travaux inédits d'Hergé au public que pour étendre la durée de contrôle des droits de l'œuvre de l'auteur belge. Et la publication de cette bande dessinée ne serait pas prévue pour tout de suite : l'année 2052 est envisagée, juste avant l'expiration du délai post mortem.

"Hergé n'avait pas envie que l'on crée d'autres histoires après lui mais nous aurons une nouveauté, un an avant que l'œuvre ne tombe dans le domaine public pour protéger les droits. l'idée est d'éviter que, après 2052, tout le monde se mette à faire du Tintin "n'importe comment. Mais nous avons 40 ans pour y penser", a expliqué Nick Rodwell, cité par La Libre Belgique.

Il existe un certain nombre de projets inachevés, tant dans la bande dessinée (La Piste indienne, Nestor et la Justice, Les Pilules, Tintin et le Thermozéro, Tintin et les Bigotudos, Un jour d'hiver, dans un aéroport), dans le cinéma ou dans la littérature. Benoît Mouchard évoque ainsi l'idée d'un roman, en s'appuyant sur des projets inédits du dessinateur. Mais d'autres artifices juridiques peuvent être envisagés, si les premières solutions ne marchent pas.

La perspective d'une publication à la seule fin de préserver des intérêts privés a évidemment généré de nombreuses critiques, comme celle de Pierre-Carl Langlais sur Rue89, qui dénonce les efforts pour établir une mécanique de propriété intellectuelle perpétuelle qui décalerait pour longtemps l'entrée de telle ou telle œuvre dans le domaine public.

( photo : CC BY-SA – Jotquadrat )

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