Il confectionne lui-même, à la main, les pochettes des différents volumes de son album qui, ensemble, forment un sémaphore. Il ne se produit jamais dans les bars mais directement chez ses fans qui veulent bien l'accueillir. Charly & Sa Drôle de Dame, qui a décidé de se passer de maisons de disques, a choisi d'assumer son statut d'artisan. Et de le défendre avec fierté, et talent. 

Il s'appelle Charly, et il ne se sépare jamais de sa "drôle de dame", une guitare née à Boston en 1890. Charly & Sa Drôle de Dame sort aujourd'hui le troisième volume de son album L'ART-IF-ICE, qui est au moins autant un projet musical qu'une déclaration d'indépendance à l'égard des maisons de disques, y compris des labels indépendants.

"Faire de la musique son métier est un réel choix de vie. C’est accepter d’être sur le fil constamment et de parfois tomber. Et la meilleure façon de ne pas trop tomber, c’est de trouver son propre équilibre, son propre modèle", explique-t-il à Numerama. "La maison de disques aura forcément plus de facilité sur de nombreux domaines (communication, promo, réseaux, attaché de presses, radios, etc…) par rapport à l'artiste indé. C’est pour ça que ça me parait toujours aberrant de voir des indés bosser leurs projets comme des majors… ça ne sert à rien de se caler sur leurs stratégies".

Alors, au moment où les producteurs luttent pour continuer à exister dans une nouvelle ère où il devient impossible de vivre de la seule musique enregistrée, Charly a fait le pari du Do It Yourself (DIY), de l'artisanat au plus proche de son public, de ses clients. Il fait tout lui-même, de l'interprétation au mixage, en passant par la promotion de son album ou la réalisation du coffret. "L’avantage de l’artiste DIY, c’est justement la polyvalence, la flexibilité. Ce n’est pas plus facile mais différent. On communique autrement, on rencontre différemment. Notre communication fait partie de notre création. C’est un peu comme les hypermarchés et les maraîchers".

"Cassons les codes !"

Pour redonner du sens artisanal à l'objet dans un monde où la musique est dématérialisée, les trois pochettes de L'ART-IF-ICE, finement confectionnées à la main, peuvent être réunies pour former un sémaphore. Ceux qui souhaitent l'acheter devront payer 30 euros. Les autres peuvent se contenter de payer ce qu'ils veulent pour télécharger les chansons, même zéro euro.

"Je préfère que les gens se procurent mes chansons gratuitement que pas du tout. Et puis il y a cette idée de participation active qui me plait. Le fait de choisir son prix est plus engageant que de se contenter de mettre un produit étiqueté dans un caddie", explique Charly.

Plus radical encore, Charly & Drôle de Dame ne se produisent jamais dans les salles de concert ou les bars. " Communiquer, devoir convaincre pour remplir soi-même un lieu qui payera les musiciens au lance   pierre, au black ou à coups de « 2 boissons par musicien, pas plus j’ai dit ! ! ! », tel est le combat quotidien d’un groupe en développement. C’est le serpent qui se mord la queue… Gérant de salles ET musiciens qui acceptons ces conditions sommes responsables de cette absurdité", dénonce-t-il. A la place, Charly propose des concerts en appartement. "Petit, grand ? peu importe la taille. Une dizaine d’amis ? Invitez-les et je   viendrai jouer chez vous ! Une petite heure d’apéro et de discussion, puis le concert commence puis on retrinque, on regrignotte et on rediscute !". Là encore, pas de tarif fixé à l'avance. Un chapeau circule à la fin du concert, pour remercier l'artiste. Pour récompenser l'artisan.

"Soyons curieux. Inspirons-nous de tous les domaines (musique, arts plastiques, cinéma, pubs, marques, artisans) pour nous enrichir et trouver notre propre modèle. Cassons les codes".

C'est tout cela ce que raconte son nouveau clip, qui est en réalité un documentaire sur son expérience de DIY, qui a débuté en 2011 sur Ulule, avec la levée de 560 euros de dons auprès des internautes :  

Partager sur les réseaux sociaux

Plus de vidéos