Pascal Nègre, "Sans contrefaçon" : un bon livre qui évite sa conclusion
Guillaume Champeau -
publié le Jeudi 04 Novembre 2010 à 19h41 -
posté dans Société 2.0
![]() Mercredi 3 novembre sortait dans les librairies le premier livre de Pascal Nègre, "Sans Contrefaçon" (Fayard). Le Président d'Universal Music France, connu des internautes pour sa lutte souvent grotesque contre le piratage, y livre son expérience de producteur et sa vision de l'avenir. Un récit intéressant, qui laisse cependant l'impression d'arriver trop tard, et de ne pas aller au bout de sa réflexion de fond sur l'industrie musicale. Avouons-le, lorsque nous avons ouvert le livre de Pascal Nègre, c'était avec l'idée que nous allions le descendre avec la même férocité que celle qui avait accompagnée notre critique de l'essai commis par Christophe Tardieu. Une férocité méritée tant la médiocrité du style accompagnait un degré zéro de la réflexion sur le fond. Mais "Sans Contrefaçon" est au contraire un assez bon livre. Bien écrit (ce qui est peut-être moins à mettre au crédit de Nègre qu'au nègre), il est souvent intéressant dans les points de vue qu'il exprime ou les anecdotes qu'il raconte, évidemment subjectif et partial, mais rarement caricatural.
Bien sûr, on s'agace de lire que l'échec des DRM n'est pas dû au principe-même des mesures anti-copie, mais à l'entêtement d'Apple et Microsoft à ne pas vouloir rendre leurs systèmes interopérables. Bien sûr, on s'amuse de lire page 196 que l'industrie du disque en France "représente une centaine de milliers d'emplois", lorsqu'il faut dramatiser les conséquences de la crise du secteur. Et lire cinq pages plus loin, page 201, qu'Universal Music France, "première compagnie de disques en France, n'est qu'une grosse PME d'environ 700 salariés", lorsqu'il faut contrer ceux qui critiquent l'opulence des maisons de disques. On n'ouvre pas un livre de Pascal Nègre avec l'ambition d'y éviter la mauvaise foi, et rassurez-vous, il y en a. Les poncifs du lobbyiste sont bien présents et parsèment l'ouvrage. Mais il n'y a pas que cela, et c'est ce qui rend le récit intéressant. L'auteur a souhaité faire découvrir aux néophytes le métier de producteur, et il répond plutôt bien à cette promesse, en particulier sous l'angle des stratégies marketing dont on comprend qu'elles sont la véritable passion de Pascal Nègre, et sa grande fierté (avec une première partie autobiographique qui flirte avec l'hagiographie). Il y décrit bien la différence de philosophie entre les différentes majors, la stratégie "long terme" suivie avec succès par Universal, les processus de négociation des contrats d'artistes, la dépendance des labels "indépendants" aux majors, la logique économique des "vaches à lait" qui financent la plupart des productions déficitaires,... Il n'hésite pas à montrer comment l'on fabrique le changement d'image d'un artiste (l'exemple de Johnny Hallyday est détaillé sur de longues pages pour montrer à quel point le chanteur doit tout à son ancien producteur...), ou comment Universal a exploité la Star Academy pour promouvoir des disques ou relancer des carrières. Avec un certain cynisme mais aussi avec pragmatisme, Pascal Nègre défend bien le rôle clé du producteur dans la profession artistique. Il montre le travail réalisé par toute une équipe autour d'un album, et la difficulté de faire émerger un artiste inconnu. En ce sens, le livre donne l'impression d'arriver quelques années trop tard, pour légitimer après-coup ce qui laisse le goût d'une sale guerre. Il tente aujourd'hui l'opération séduction qu'aurait dû réaliser l'industrie du disque il y a des années, avant d'insulter et d'attaquer ses propres clients rebaptisés "pirates". Une maison de disques... pour servir qui ? Le livre donne aussi et surtout l'impression de ne pas aller au bout d'une réflexion pourtant pertinente et essentielle. Pascal Nègre matraque comme une antienne qu'un producteur est indispensable plus encore aujourd'hui qu'hier au succès d'un artiste. "Aujourd'hui, un certain nombre de perceptions sont brouillées car on imagine qu'il n'est plus besoin d'intermédiaire entre les artistes et le public, qu'il suffit à tout musicien d'enregistrer seul dans sa cave et de diffuser ses créations sur Internet", écrit-il. "Certes, il aura alors la satisfaction d'avoir des amis sur Facebook à l'autre bout du monde, de s'être exprimé artistiquement, voire de gagner un tout petit peu d'argent avec sa musique - mais il ne sera jamais Michael Jackson, Zazie, ou Abd Al Malick", prévient l'auteur. Parallèlement, tout le long de son texte, Pascal Nègre montre que la "starisation" des artistes, encore vraie dans les années 1990, est désormais révolue. Il analyse bien l'effondrement des médias de masse (télévision et radios) qui ont fait les succès planétaires ou nationaux d'hier, et se félicite sincèrement de la chance offerte par Internet de contourner ces mastodontes vieillissants qui dictaient autrefois la culture populaire. Il montre comment Universal utilise Internet pour agréger des communautés de fans autour d'artistes qui n'auraient pas pu s'exposer médiatiquement dans les voies traditionnelles, mais s'inquiète du "massacre de la classe moyenne" des artistes qui ne font pas "le buzz" et n'arrivent plus à vivre de leur musique après la production de leurs premiers albums. En somme, il décrit une paupérisation de l'artiste-interprète à succès, due à la multiplication des canaux de diffusion qui éparpillent l'audience ("La nouvelle génération se maquille et se coiffe toute seule (...) il et plus difficile pour des artistes qui ont vécu l'époque du foie gras d'en revenir à l'oeuf-mayonnaise"). A la fois une chance, et une tragédie. Mais jamais Pascal Nègre ne rejoint les deux bouts de la ficelle. Il défend d'un côté, convaincant, qu'une maison de disques est indispensable pour devenir une star ou plus simplement pour espérer vivre de sa musique. Puis il explique, tout aussi convaincant, qu'il sera de moins en moins possible d'être une star et de gagner sa vie avec la musique enregistrée, car c'est la force des choses. Le Président d'Universal Music France soutient que sa maison de disques n'est pas en voie de disparition en démontrant pourtant sans même s'en rendre compte qu'elle devient inutile, non pas parce qu'il n'y a plus besoin d'intermédiaire, mais parce que la musique comme profession est elle-même en voie de disparition. A tout le moins la musique enregistrée, qui n'est née qu'à la fin du 19ème siècle, et pourrait mourir au cours du nôtre sans que ça ne soit un fait tragique pour l'humanité ou les artistes. Enfin, Pascal Nègre critique l'immoralité des "pirates" qui veulent "s'emparer de notre production sans la payer". "Le problème n'est pas l'écart de quatre-vingt-dix-neuf centimes d'euros entre un téléchargement légal et un téléchargement illégal ; c'est une question de principe", insiste-t-il pour s'opposer à "la théorie de la gratuité généralisée". Il ne voit pas le bénéfice social d'un mouvement de fond de libéralisation de l'accès aux oeuvres. C'est pourtant lui qui écrit que l'artiste veut rencontrer un public parce que "c'est le propre de la musique d'être partagée". C'est aussi lui qui, racontant ses débuts professionnels, explique qu'il s'est forgé gratuitement sa culture musicale grâce à une radio locale dont il était animateur puis responsable des disques ("Comme je gère librement le confortable budget d'achats de la radio, je peux me permettre d'être curieux"). Il nie aujourd'hui aux jeunes le même droit à se cultiver musicalement, ou alors pas gratuitement. Parlant des formules d'abonnement payantes sur Deezer ou Spotify, il calcule même que "si, à terme, ce type de consommation s'impose et que dix millions de Français payent dix euros par mois, nous revenons au chiffre d'affaires d'avant la crise du disque". Mais il ne peut ignorer que c'est une prévision irréaliste, sachant qu'en moyenne au plus fort de l'industrie du disque chaque foyer (pas chaque Français, mais chaque foyer) consommait en 2001 selon le Credoc environ 65 euros de musique... par an. Aussi même si le résumé de presse de Fayard assure que "le président d'Universal analyse avec une bonne longueur d'avance" l'industrie musicale, l'ouvrage donne l'impression que son auteur n'ose pas annoncer clairement ce qu'il entrevoit immanquablement : la fin de l'industrialisation de la musique enregistrée. à lire aussi
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Commentaires à propos de «Pascal Nègre, "Sans contrefaçon" : un bon livre qui évite sa conclusion»
Il a raison sur certains points.. Il faut bien trouver le fric quelque part pour au moins vivre de son travail (pas être richissime, juste ne pas être obligé de faire un autre boulot à côté).
Pour l'instant, ce fric est chez les maisons de disques. Quand il sera chez les internautes, les artistes ne passeront plus par les maisons de disque. Et c'est surement parcequ'il entrevoit bien ce changement pour son métier qu'il mets de plus en plus la pression sur les taxes publics et financement du gouvernement.
La taxe sur les disques durs lui fera gagné peut être quelques années,celle de la carte jeune quelques mois etc ... " Bien sûr, on s'agace de lire que l'échec des DRM n'est pas dû au principe-même des mesures anti-copie, mais à l'entêtement d'Apple et Microsoft à ne pas vouloir rendre leurs systèmes interopérables. "
Il n'a pas si tort : l'exemple du DHCP le montre. La grosse majorité des gens est totalement inerte quand ils subissent une protection digitale forte, si elle leur est invisible et que les objets (ou logiciels) s'y plient tous dans la chaine, de façon "transparentes" (j'insère un Bluray dans ma platine reliée en HDMI à la TV du salon - toutes marques à tous niveaux - et ça se lance). sum02, le 04/11/2010 - 20:09 "Sans contrefaçon", il a payé les droits à Mylène Farmer? Sale Hypocrite.Il la remercie de l'avoir autorisé à reprendre son titre quand on voit ce qu'à fait une maison de disque pour lancer Trust, donc rien... quand on voit que c'est un salarié de cette maison (Pascal, si tu me lis...salut à toi ) qui a monté une arnaque envers sa maison de disque pour faire croire à des ventes possibles, pendant leur peremière tournée, eh bien, le livre de Pascal Negre, je m'en tape d'une force ...
QUI a t il sorti ?????????????????????? c'est cela la question, le reste c'est du business de merde il calcule même que "si, à terme, ce type de consommation s'impose et que dix millions de Français payent dix euros par mois, nous revenons au chiffre d'affaires d'avant la crise du disque".
Tiens c'est marrant ca, dix millions d'abonnés à 10 euros sur Deezer c'est tout bon, mais 20 millions d'abonnés internet qui paieraient une contribution de 5 euros par mois, ah ben non on est loin du compte, ca suffira pas... faut arrêter de se dire que les artistes doivent être payés des fortunes. D'accord, certains d'entre eux travaillent sur leurs instruments pour être bons, c'est une passion qui coute du temps et des sous. Comme tous les passes temps de tout le monde.
Et alors quoi, ils enregistrent un album en quelques mois, disons 6 pour faire large, et espèrent des millions ?? La vérité c'est qu'ils marchaient sur la tête, et il faudrait remettre les pieds sur terre messieurs les artistes, vous bossez 6 mois ( sur votre passion, c'est pas le cas de chaque travailleur ) et bah même avec une grosse paye, ça devrait pas leur rapporter plus de 20 000 euros par album. Et derrière ils ont les concert pour banquer encore plus. Le temps des gains honteux sera un jour fini, et je vais pas pleurer Kad l'a lu... Moi je l'ai téléchargé (illégalement ça va de soi), juste par curiosité.
Franchement Kad, c'est là qu'on voit le professionnalisme, parce que s'abaisser à lire des âneries pareilles pour en faire un article, faut vraiment être motivé. Je me suis dépêcher de supprimer ce bouquin de mon disque dur, va falloir reconsacrer mon PC maintenant qu'il a été souillé par cette déjection satanique... Donc, si on résume: il y a potentiellement de bons points, mais aucune tentative de les lier ou même simplement de les garder en cohérence.
Ce livre dit absolument tout ET son contraire. La musique représente des centaines de milliers d'emploi en France, mais l'un des plus gros poids lourds n'y pèsent "que 700 employés"; il faut "s'opposer à la théorie de la gratuité", mais "le propre de la musique est d'être partagé"; son métier ne risque pas de disparaître, mais tout ce à quoi il sert disparaît, dilué dans la masse des canaux de diffusion; il se félicite de la chance qu'Internet apporte de contourner les média de masse, mais fustige tout ceux qui, justement, s'en servent pour contourner les média de masse... les majors inclues. Alors, soit Pascal est un hypocrite fini qui refuse de présenter un point de vue ouvertement intéressé, soit il est assez bête (peu crédible) pour croire que lui seul (son métier, j'entends) est justifié dans un monde qui le contourne de plus en plus, et qu'il doit donc être sauvé par tous les moyens. D'ailleurs, ajoutons qu'il est amusant de voir que son métier ne "risque rien", mais qu'il faut le mettre sous perfusion de deniers publics jusqu'à la fin du monde. Bref, c'est à vérifier, mais cet article semble montrer que le seul bon point de ce livre est son style, à mettre au crédit d'un obscur nègre plutôt qu'à celui du Nègre affiché comme auteur. Enfin bon, je salue cet article bien écrit et bien plus impartial que moi. La réflexion de Kad est bien nourrie...
Il suffit de lire la biographie de M Pascal Negre pour comprendre qu'il n'est en rien musicien.
J'ai la musique dans la peau depuis l'age de 6 ans, des annees d'apprentissage dans des conservatoires de musique, des stages de musique a travers l'europe payés de ma poche des qu'il ma ete possible de travailler. Je suis passe du classique au jazz en m'essayant au concret, a l'ecole du CIRM participant au manca. J'ai participé a des enregistrements studio, cotoyé ingenieurs du son. Et vous savez quoi M Pascal Negre ?. Je n'ai aucunement besoin d'etre une superstar. Et vous savez pourquoi M Pascal Negre ? Je suis un Artiste, un vrai de ceux qui ont une ame et les mains propres. Vous M Pascal Negre vous n'etes qu'un employe de bureau, un sbire du systeme. A oui ! je m'autoproduit de A a Z. M Pascal Negre, votre avenir c'est ici Edit: Et quand il m'arrivait de ne pas gagner assez d'argent pour terminer ma fin de mois, et bien je partais travailler, et ouiiiii, travailler, serveur, barman, prospectus, etc.. Je ne restais pas assis sur mon fauteuil en gueulant que c'est la faute a mon auditoire hein !! Manquerait plus que ca. Pauv'tache H4rlocK, le 04/11/2010 - 20:26 Il suffit de lire la biographie de M Pascal Negre pour comprendre qu'il n'est en rien musicien. J'ai la musique dans la peau depuis l'age de 6 ans, des annees d'apprentissage dans des conservatoires de musique, des stages de musique a travers l'europe payés de ma poche des qu'il ma ete possible de travailler. Je suis passe du classique au jazz en m'essayant au concret, a l'ecole du CIRM participant au manca. J'ai participé a des enregistrements studio, cotoyé ingenieurs du son. Et vous savez quoi M Pascal Negre ?. Je n'ai aucunement besoin d'etre une superstar. Et vous savez pourquoi M Pascal Negre ? Je suis un Artiste, un vrai de ceux qui ont une ame et les mains propres. Vous M Pascal Negre vous n'etes qu'un employe de bureau, un sbire du systeme. A oui ! je m'auto-produit de A a Z. M Pascal Negre, votre avenir c'est ici Tout est dit, y a une différence entre vivre de son métier ( et je le redis, ils sont déjà privilégiés et toi aussi du coup puisque c'est votre passion la musique ) et gagner des sommes honteuses. Les vrais artistes bossent toute l'année, pas juste un album tous les 3 ans et quelques concerts pour mener la vie de château. Rappelons quand même que sa "grosse PME de 700 salariés" c'est la filiale française de la plus grosse usine à disques au monde, elle-même faisant partie d'un géant du vidéoludique qu'est Vivendi.
Et pour ce qui est de ses calculs avec les abonnements Deezer-Spotify, j'ai bien ris Je ne féliciterai pas le Pascal, mais plutôt son nègre. (minute culture à propos du nègre, pour les incultes: http://fr.wikipedia....ègre_littéraire ) Et bravo à Kad d'avoir souffert la lecture de ce... pamphlet Ca a déjà été dit mais c est tellement bon de le redire!!J espère qu il a refilé des sous à Mylène Farmer (qui est chez Universal d ailleurs!!) pour lui avoir piqué le titre de son bouquin!!
De Thomas Tallis à Maurice Ravel, tous ont été découverts sans qu'il ne soit besoin de "major" ou de "producteur".
Evidemment, il créaient pour créer, non pour faire fortune et se "peopoliser" Tiens c'est marrant ca, dix millions d'abonnés à 10 euros sur Deezer c'est tout bon, mais 20 millions d'abonnés internet qui paieraient une contribution de 5 euros par mois, ah ben non on est loin du compte, ca suffira pas...
Et encore, la licence globale, si on la rendait obligatoire (à méditer bien sûr), c'est 38 millions de lignes internet qui serait concerné, donc ça ferait du 2/3€ par mois... Ce qui ferait même réduire par 2 sur l'année, le budget musique moyen de chaque foyer. gp49, le 04/11/2010 - 20:32 Ca a déjà été dit mais c est tellement bon de le redire!!J espère qu il a refilé des sous à Mylène Farmer (qui est chez Universal d ailleurs!!) pour lui avoir piqué le titre de son bouquin!!Ah ben non, elle est chez qui déjà ???????????
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Un livre sans fin, sans fin de l'industrie du biz.
Ca lui permettra de faire écrire un second tome.