Le ministère de l'intérieur se dit "préoccupé" par le réflexe de témoins des crimes et délits, qui préfèrent sortir leur téléphone mobile pour filmer la scène et la diffuser sur Internet plutôt que pour appeler les services de police. Mais il estime qu'il s'agit d'une question "de morale et de civisme" qui n'appelle pas d'action particulière.

Sommes-nous tant obsédés par l'idée d'être tous journalistes, que l'on en oublie d'être tous citoyens ? En mai dernier, la députée socialiste Sandrine Mazetier avait écrit au ministère de l'intérieur pour lui demander de réagir, choquée par l'attitude de badauds qui avaient préféré filmer un braquage pour pouvoir montrer la vidéo sur YouTube ou Dailymotion, plutôt que de prévenir la police :

Un braquage a eu lieu le 28 février 2013 dans une bijouterie du 112 rue d'Avron dans le XXe arrondissement de Paris (8e circonscription). Les cambrioleurs ont dérobé près de 50 000 euros de bijoux. Un seul passant a pris la décision d'alerter une patrouille de la brigade anti-criminalité qui était dans le secteur. À la suite de l'arrivée des forces de l'ordre sur les lieux, il y a eu des échanges de coups de feu et une course poursuite s'est engagée. Deux individus ont finalement été arrêtés, grâce à l'action de trois agents de la BAC. Des vidéos prises par des passants se sont retrouvées le soir même sur des chaînes de télévision et sur internet. Mais pas un seul appel aux services de police ou de secours n'a été enregistré.

L'élue de Paris demandait au ministère de l'intérieur d'intervenir auprès des chaînes de télévision comme BFMTV ou iTélé, auprès des radios et des sites internet d'actualités, "afin qu'en parallèle de leurs incitations à faire parvenir vidéos, images et témoignages, ils incitent aussi le public à appeler les services de police ou de secours".

Dans sa réponse publiée mardi, le ministère de Manuel Valls indique qu'il "n'appartient pas au ministre de l'intérieur d'intervenir formellement auprès des professionnels du secteur médiatique pour les inviter à rappeler à leur public des règles qui relèvent de la morale et du civisme". S'il "partage les préoccupations" de la députée, en jugeant que les pratiques de témoignage "à chaud" nées avec Internet et les nouvelles technologies posent des "questions importantes d'ordre sociologique et anthropologique", il se refuse à toute action.

Et si l'on pouvait alerter la police sur Twitter ?

Le ministère rappelle par ailleurs que "quiconque est témoin d'un crime ou un délit flagrant a naturellement vocation à en alerter par tout moyen les forces de l'ordre", mais qu'il "s'agit là d'une démarche civique et responsable et non d'une obligation légale" — sauf lorsqu'il y a non assistance à personne en danger, dans les circonstances strictement définies au code pénal.

Rien ne dit, d'ailleurs, que les comportements dénoncés par Sandrine Mazetier soient réellement répandus au point qu'ils justifieraient une action de la part du gouvernement. Le cas échéant, ce serait au CSA d'user de son pouvoir de régulation auprès des télévisions et radios, pour demander que la règle civique soit respectée. En attendant qu'il dispose également des mêmes pouvoirs à l'encontre des vidéos sur internet.

En tout état de cause, il serait bon pour Manuel Valls de prendre exemple sur la police espagnole, qui a noué un contact très étroit avec la "population connectée", qui lui permet d'être prévenue rapidement sur Twitter ou par d'autres réseaux sociaux, lorsqu'un internaute est témoin d'un crime ou d'un délit. Elle vit avec son temps, et utilise ces réseaux sociaux et ces témoins "à chaud" à son avantage. Au lieu de cela, les services du ministère de l'intérieur français en restent à demander aux citoyens d' "alerter les forces de l'ordre (…) notamment par le biais du « 17 »". Ou plutôt le 112, qui est le numéro à privilégier depuis près de quinze ans.

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