Pierre Lescure sera le futur président du comité de direction artistique de la Cité musicale de lîle Seguin, portée par les Hauts-de-Seine en partenariat avec Bouygues et sa filiale TF1.

Voilà qui ne va pas apaiser les critiques sur la partialité de l'homme chargé par le Gouvernement de la mission sur l'avenir de la loi Hadopi et de la régulation de la diffusion de contenus culturels sur Internet. Pierre Lescure a été nommé président du comité de direction artistique de la future Cité musicale de l'île Seguin, un projet ambitieux initié par le Conseil général des Hauts-de-Seine en partenariat avec le constructeur Bouygues et sa filiale TF1 (ainsi qu'avec le fonds OFI Infravia et l'entreprise de services Sodexo).

Prévue pour une ouverture au public en 2016, la Cité musicale de l'île Seguin sera implantée sur 2,35 hectares et comprendra notamment un auditorium de 900 places minimum, une Grande Salle de 3000 à 5000 places, des espaces de répétition et d'enregistrement, des salles dédiées à l'événementiel, des restaurants, des commerces, des locaux pour un orchestre résident, et des espaces logistiques. Son coût est officiellement évalué à 180 millions d'euros, mais l'opposition chiffre le projet à un total de 540 millions d'euros sur 30 ans.

Résultant d'un partenariat public-privé, la Cité Musicale de l'île Seguin sera gérée par le groupe Bouygues, qui a emporté l'appel à candidatures face à ses concurrents Vinci et GCC. C'est lui qui a la main sur la direction artistique, et a donc pu choisir Pierre Lescure pour en présider le comité.

Propriété du groupe Bouygues, TF1 est l'une des puissances économiques les plus demandeuses d'une forte régulation de la diffusion des contenus sur Internet. Elle y a intérêt non seulement en tant que chaîne de télévision, mais aussi en tant que co-productrice de programmes et de films, et éditrice de services de vidéos à la demande. TF1 s'est toujours opposée à la libre circulation de ses programmes, en allant jusqu'à faire condamner Dailymotion à ne plus suggérer le mot clé "TF1" dans ses recherches. Evidemment, la chaîne est très hostile à toute idée de légaliser les échanges non marchands, qui a été exclue par le rapport Lescure, et remisée à une mission complémentaire sans grand avenir.

Au moment des débats sur la loi Hadopi, TF1 avait très clairement mis à profit l'audience de son journal télévisé pour critiquer les députés socialistes qui s'opposaient à la loi anti-piratage, et offrir une tribune généreuse à Jack Lang qui était favorable au texte. Elle a pesé de tout son poids médiatique pour défendre la riposte graduée, et dénoncer l'opposition.

Le mois dernier, TF1 a annoncé qu'elle renonçait provisoirement à un service de VOD par abonnement, en critiquant le cadre réglementaire que le rapport Lescure dénonçait lui-aussi (à raison).

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