Les Etats-Unis se passionnent pour l'histoire de Michael Hastings, un journaliste d'investigation mort dans un accident de voiture alors qu'il disait être "sur un gros coup". Une théorie du complot, basée sur un piratage à distance de sa voiture, se développe.

Le 18 juin 2013, le journaliste d'investigation Michael Hastings conduit un coupé Mercedes C250 dernier cri lorsque sa voiture vient percuter un arbre en pleine ligne droite, sur la Highland Avenue de Los Angeles, et s'embrase. Hastings meurt sur le coup, carbonisé. Le fait divers aurait pu ne rester qu'un fait divers, mais il déchaîne les passions aux Etats-Unis, où l'on soupçonne un complot fomenté par les plus hautes instances de l'Etat fédéral.

En effet, quelques heures seulement avant de mourir dans ce tragique accident nocturne, Michael Hastings aurait contacté l'avocate de Wikileaks, Jennifer Robinson, pour lui dire qu'il faisait l'objet d'une enquête du FBI — ce que celui-ci a nié.

Dans le même temps, le journaliste envoyait un e-mail à ses collègues, pour les prévenir que le FBI "interroge (ses) proches et associés", et surtout pour affirmer qu'il était "sur un gros coup". "Je dois disparaître des radars quelques temps", annonçait celui qui avait conduit le général McCrystal à être écarté par Barack Obama, suite à un long portrait publié en 2010

Ces derniers jours, Hastings aurait enquêté sur une plainte liée au général David Petraeus, qui fut directeur de la CIA de 2011 à 2012, jusqu'à un scandale d'adultère.

Les circonstances de sa mort, et le contexte paranoïaque qui l'entoure, ont conduit à s'interroger sur un éventuel assassinat. Mais comment obliger un conducteur à tourner brusquement le volant pour taper un arbre à pleine vitesse ?

Hacker une voiture, "ça n'est pas si compliqué"

Ces derniers jours, une théorie du complet émerge. La voiture de Michael Hastings aurait pu être piratée, pour lui faire réaliser une manoeuvre que ne souhaitait pas le conducteur. Cela n'a techniquement rien d'impossible. Il y a près d'un an, Numerama rapportait que l'éditeur d'anti-virus McAfee s'intéressait à la sécurité des véhicules, à une époque où de plus en plus de fonctions mécaniques sont pilotées ou pilotables par des logiciels. Songez aux régulateurs de vitesse, aux contrôles de trajectoire, aux stationnements autopilotés, et bien sûr aux futures voitures automatisées.

Une étude de 2010, analysée sur nos forums par Gildas Ribot, avait montré qu'il était déjà possible de prendre à distance le contrôle de véhicules, en tirant profit notamment des connexions Bluetooth des autoradios, qui sont reliés informatiquement aux organes vitaux du véhicule. Après intervention physique sur la voiture ciblée, les hackers pouvaient décider, à distance, de désactiver les freins, freiner une seule roue, éteindre les phares, etc. La Mercedes C250 de 2013 que conduisait Michael Hastings est typique de ces véhicules modernes ultra-connectés, susceptibles d'être hackés si la sécurité est insuffisante.

Il s'agit bien sûr d'une théorie du complot, qui reste beaucoup moins probable qu'un simple endormissement au volant, à 4h30 du matin. Mais un ancien haut responsable de l'administration américaine au Huffingtonpost, coordinateur national de la sécurité des Etats-Unis, a confirmé que les circonstances de l'accident étaient "cohérentes avec (la thèse d'une) cyberattaque".

"Vous pouvez faire des choses vraiment hautement destructives maintenant, à travers le hack d'une voiture, et ça n'est pas si compliqué", confie-t-il. Il ajoute que si un hack a eu lieu, il sera certainement impossible à démontrer. En reconnaissant lui-même que tout cela ne fait que renforcer la théorie du complot, à laquelle il refuse cependant d'adhérer.

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