En octobre dernier, l'Union des Etudiants Juifs de de France avait demandé à Twitter la suppression de plusieurs dizaines de messages qualifiés d'antisémites, dont certains ne l'étaient pourtant pas. Le mois suivant, elle demandait au réseau social de communiquer l'identité d'auteurs de messages, ce qu'elle a renouvelé en portant plainte au pénal. Sans que l'on sache si la liste des messages concernés est identique à la première demande.

Il s'agit d'un point sur lequel nous n'avions pas eu de réponse lors d'un premier courriel envoyé à l'Union des étudiants juifs de France (UEJF) le 28 janvier dernier, et pour lequel nous n'avons pas non plus réussi à joindre ses responsables par téléphone ce jeudi. Il est pourtant d'une grande importance et mérite d'être souligné au moment où l'UEJF décide de poursuivre pénalement Twitter pour l'obliger à communiquer les identités d'utilisateurs ayant publié des messages qualifiés d'antisémites.

L'UEJF n'a-t-elle demandé l'identification que d'utilisateurs de Twitter ayant posté des messages effectivement qualifiables d'antisémites, ou d'un ensemble d'utilisateurs ayant pour seul point commun d'avoir utilisé le hashtag "#UnBonJuif" ou "#UnJuifMort", quel que soit le message qui l'entourait ?

Le doute est permis depuis que l'activiste Paul Da Silva a publié sur son blog la liste intégrale des messages dont l'UEJF avait demandé et obtenu la suppression par Twitter, en utilisant le listing des URL envoyé par l'organisation, et publié sur ChillingEffects. Même si la grande majorité des messages en cause oscillaient effectivement entre la blague de très mauvais goût et la propagande nazie, la liste montrait certains messages censurés qui n'avaient rien à faire dans un listing de messages prétendument antisémites.

L'exemple le plus frappant était ce message d'une journaliste de la BBC, que Twitter n'a pas censuré mais dont l'UEJF avait bien demandé la suppression sans aucune logique (si ce n'est que le @besbar en question est décrit comme celui qui aurait lancé le mouvement) :

L'UEJF avait aussi demandé – sans succès – la suppression de tout un compte Twitter, sans apporter la moindre explication et notamment sans citer le moindre message litigieux à l'appui de sa demande.

On peut aussi citer d'autres messages dont la suppression avait été demandée par l'UEJF et finalement refusée par Twitter. Même si le choix des mots peut déranger (surtout dans le premier message qui est une réponse maladroite à une provocation), il s'agit de messages qui ne semblent pas antisémites au sens où ils ne sont pas orientés contre les personnes juives en raison de leur religion, mais qui sont politiques en raison de leur critique de la politique de l'Etat juif d'Israël contre la Palestine :

Lorsque nous avions contacté l'Union des étudiants juifs de France en janvier dernier, c'était pour savoir si l'action en identification d'internautes ayant choisi d'être anonymes était fondée très exactement sur cette même liste de messages que celle envoyée à Twitter le 23 octobre 2012, ou sur une liste différente.

Il y a en effet une différence de gravité entre le fait de demander par erreur (ou non) la suppression de messages légaux,  et celle de demander l'identité des internautes qui les publie.

Malheureusement à l'heure où nous publions ces lignes, deux mois après notre première demande, nous ne savons toujours pas si la liste est la même.

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