Publié par Guillaume Champeau, le Jeudi 07 Mars 2013

CeltiPharm veut déchiffrer les ordonnances transmises à la Sécu

Spécialisée dans la collecte et l'analyse de données de santé, la société CeltiPharm mène auprès du ministère de la Santé une opération de lobbying pour pouvoir recueillir et déchiffrer des données très précises sur le contenu, la destination et l'origine des ordonnances médicales. Présentée comme un projet de veille et de protection sanitaire, une telle collecte aurait aussi un intérêt certain pour les laboratoires pharmaceutiques, clients de CeltiPharm.

Lecteur de carte Vitale

Véritable préoccupation sanitaire, ou écran de fumée à vocation marketing ? Cette semaine, le ministère de la santé a reçu une salve de questions identiques posées par différents députés de tous bords politiques (citons entre autres l'UDI Charles de Courson, l'UMP Jean-Pierre Door, ou la socialiste Christine Pires Beaune), ce qui est toujours la manifestation d'une action de lobbying opérée par un acteur privé.

En l'espèce, même si elle n'est jamais nommée, il s'agit très ostensiblement de la société vannetaise CeltiPharm, qui s'agace de ne pas pouvoir mettre en application une autorisation que lui avait accordée la CNIL le 8 septembre 2011, pour réaliser des "études épidémiologiques à partir de données issues des feuilles de soins électroniques anonymisées". 

La CNIL avait en effet autorisé CeltiPharm à collecter auprès d'un panel de pharmacies "représentatives de l'ensemble des officines françaises" toute une série de données sur le contenu des ordonnances, l'âge des patients, l'origine et la spécialité des médecins prescripteurs, les types de mutuelles souscrites, les montants remboursables, etc. Le tout anonymisé par "une fonction d'anonymisation irréversible à clé secrète de type FOIN basée sur une fonction de hachage de la famille SHA-2 (256 bits)". Même le numéro de Sécu serait collecté, pour servir de base à la création d'un identifiant unique anonyme, puis serait "supprimé à bref délai".

Mais selon les députés, la Caisse Nationale d'Assurance Maladie (CNAM) et surtout le GIE Sesame-Vitale (qui réunit des organismes d'assurance maladie obligatoire et des mutuelles) feraient opposition à la mise à disposition du "dispositif frontal contenant, de manière sécurisée, les clefs de déchiffrement indispensables à l'analyse des flux de données chiffrées". CeltiPharm se retrouve donc avec l'autorisation d'exploiter des données qu'il ne peut pas décoder.

CeltiPharm, "spécialiste de la conception de programmes marketing-ventes"

A travers leur question, les députés assurent que la mise à disposition des outils de déchiffrage au bénéfice de CeltiPharm aurait un véritable intérêt sanitaire, puisqu'il permettrait de "déceler les prescriptions et pratiques médicales non conformes aux stipulations des autorisations de mise sur le marché des spécialités pharmaceutiques". Les affaires du Mediator et de Diane 35 sont citées en exemple des dysfonctionnements qui seraient détectées par une meilleure analyse statistique des ordonnances, et "l'actualité sanitaire accentue l'urgence et le caractère incontournable de la mise en place de cet outil de pharmacovigilance et de suivi épidémiologique".

Dans son dossier d'autorisation, CeltiPharm a elle-même indiqué que les données serviraient à la "mise en place d'indicateurs sanitaires avancés", au suivi de la consommation des médicaments "prescrits ou non", à la "mesure de l'efficacité des recommandations sanitaires", à la "détection des variations atypiques de délivrance des médicaments ainsi que les tendances", etc. Le tout pour "modéliser les comportements pour anticiper une évolution probable de l'état de santé de la population".

Rien que de très louable.

Mais CeltiPharm se décrit elle-même sur son site internet comme "spécialiste de la conception et de la vente de programmes marketing-ventes pour l'industrie pharmaceutique à destination des pharmaciens d'officine".

On imagine dès lors l'intérêt commercial immense que représenterait pour elle et ses clients une connaissance exacte des ordonnances et des tendances du marché, en n'ayant non plus seulement des indications volumétriques, géogragraphiques et temporels des médicaments vendus, mais des informations beaucoup plus précises sur les patients à qui sont prescrits les médicaments, par quelle typologie de médecins, avec quels contrats de mutuelles, etc. "Bases de données, analyses terrain, outils de mesure du retour sur investissement… Les solutions proposées par CELTIPHARM sont directement exploitables et opérationnelles", indique la société à ses clients.

Certes, CeltiPharm met en avant sa philosophie de "santé raisonnée" (une expression qu'elle a déposée en tant que marque...)  pour "rendre efficient chaque euro dépensé" par le système de santé. Mais il paraît difficile de croire que les laboratoires pharmaceutiques ne voudront pas exploiter de telles données marketing pour mieux vendre encore les médicaments qui ne sont pas assez prescrits à leurs yeux. Ce qui alors l'effet contraire à celui escompté.

Publié par Guillaume Champeau, le 7 Mars 2013 à 13h22
 
14
Commentaires à propos de «CeltiPharm veut déchiffrer les ordonnances transmises à la Sécu»
Inscrit le 19/10/2009
6469 messages publiés
Hihihi...

Bonjour docteur, avant de parler de mon problème de santé, que pensez-vous du flicage opéré par l'industrie parapharmaceutique privée concernant vos prescriptions ?

Vous ne savez pas de quoi je que vous cause ?

Ah ben vous êtes mal barré, alors...

Ah si, vous savez...

Votre lecteur de cartes de la sécu est en panne, mais pas votre TPE ?

Ce n'est pas grave, je vais vous payer et me ferai rembourser plus tard par la sécu et mon assurance santé privée...
Inscrit le 24/10/2012
776 messages publiés
CeltiPharm veut déchiffrer les ordonnances

J'avais jamais remarqué que les ordonnances étaient chiffrées. C'est moi qui ai un déchiffreur intégré aux yeux ou c'est le rédacteur de cet article qui a écrit une grosse connerie ?
Inscrit le 03/10/2011
6646 messages publiés
issues des feuilles de soins électroniques
Inscrit le 28/03/2012
676 messages publiés
Si ! Avec l'algorithme "Pattes de mouche"
Inscrit le 11/03/2009
1693 messages publiés
C'est délirant ce truc !!!
Pourquoi un truc pareil a été autorisé par la CNIL ?

Merci à la CNAM et autres organismes de mettre des batons dans les roues à cette boite
Inscrit le 03/10/2011
6646 messages publiés
La CNIL protège les données personnelles, si elles sont anonymisées, il n'y a pas de problème.
Inscrit le 23/12/2011
377 messages publiés
Ah c'est sûr, collecter le numéro de sécu, c'est super anonymisé #facepalm
Inscrit le 09/07/2008
1100 messages publiés
Le rôle de la CNIL n'est pas de juger la loi mais de s'appuyer sur celle-ci pour rendre ses décisions.
C'est un peu le principe de la séparation des pouvoirs.
Inscrit le 08/07/2008
34 messages publiés
Ils essayent de faire ça depuis longtemps... Ils finiront par y arriver et les entreprises sauront tout ton dossier médical...
Inscrit le 25/11/2006
1140 messages publiés
retour de la bonne vieille feuille de soin remplie par le doc et remboursement en direct dans les caisses d'assurances maladie après de longues heures d'attente .
Inscrit le 04/05/2009
810 messages publiés
Le jour ou les ordonnances manuscrites seront déchiffrées par une machine, alors les systèmes de Captcha seront totalement inutiles
Inscrit le 10/06/2005
6355 messages publiés
ze_katt (Modérateur(rice)) le 08/03/2013 à 14:58
T'as entendu parler de la reconnaissance de caractère? Surtout qu'ils s'agit de médicaments. Les noms à trouver sont déjà connus.

Mais bon, je doute qu'il reste beaucoup de médecins qui fassent encore leurs ordonnances à la main pour avoir de plaisir de les saisir ensuite dans leur pc.

Ceci dit, la sécu étant largement bénéficiaire, on comprend bien que lutter contre les prescriptions inutiles voire nuisibles n'est pas sa priorité. C’est pas comme si un médicament inapproprié pouvait causer la mort ou le handicap de milliers de gens. Si ca existait on en aurait des exemples comme la pilule de 3eme génération, le médiator, le distilbène,
Inscrit le 29/08/2008
1136 messages publiés
Ceci dit, la sécu étant largement bénéficiaire, on comprend bien que lutter contre les prescriptions inutiles voire nuisibles n'est pas sa priorité.


Tu crois sincèrement que c'est avec ça qu'on va purger un déficit structurel de 140/150 milliards ?

Des prescriptions deviennent nuisibles après coups. Les exemples du Mediator and co me font bien rire, ça n'aurait rien changé ou alors il faut m'expliquer comment.

Demande aux français de ne plus être hypocondriaque, ça sera déjà une piste plus sérieuse pour réduire ce fameux déficit.
Inscrit le 03/09/2012
1216 messages publiés
Spécialisée dans la collecte et l'analyse de données de santé, la société CeltiPharm mène auprès du ministère de la Santé une opération de lobbying pour pouvoir recueillir et déchiffrer des données très précises sur le contenu, la destination et l'origine des ordonnances médicales. Présentée comme un projet de veille et de protection sanitaire, une telle collecte aurait aussi un intérêt certain pour les laboratoires pharmaceutiques, clients de CeltiPharm.

La protection sanitaire est le boulot de l'état, pas celui d'une entreprise commerciale.
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