L'autorité de la concurrence demeure convaincue que la France a besoin d'un marché des télécoms dans lequel évoluent quatre opérateurs de téléphonie mobile. La somme des avantages sur le court et le long terme surclasse nettement les effets négatifs apparus depuis douze mois.

En un an, le paysage de la téléphonie mobile s'est profondément transformé : un nouvel opérateur est arrivé sur le marché et une baisse conséquente des prix a été constatée, avec la multiplication des formules entre dix et vingt euros. Cependant, des bruits de couloir laissent entendre que cette situation ne durera pas et qu'un rapprochement pourrait avoir lieu entre certains acteurs des télécoms.

Ce serait un comble. Alors que le marché de la téléphonie mobile est désormais occupé par quatre opérateurs et une myriade d'opérateurs de réseau mobile virtuel (MVNO), des projets de fusion entre SFR et Free ou Bouygues Télécom et Free sont évoqués depuis quelques mois. Un retour à trois opérateurs ne serait compréhensible, après une bataille de longue haleine pour que la France en compte quatre.

C'est l'avis du président de l'autorité de la concurrence. Interrogé par Le Figaro, Bruno Lasserre "met en garde contre de telles consolidations" dans le secteur des télécoms, ajoutant qu'un "retour à trois opérateurs n'est pas souhaitable". Quelques temps plus tôt, en coulisses, l'autorité de la concurrence avait déjà signifié à plusieurs acteurs du marché qu'une nouvelle concentration ne lui plairait pas.

Au-delà des problèmes réglementaires qu'une telle fusion pourrait provoquer, l'autorité de la concurrence note que l'arrivée de Free Mobile a eu le mérite de faire bouger les lignes. Certes, "l'arrivée de Free Mobile a créé beaucoup de turbulences et même d'effervescence". Des plans sociaux ont ainsi été déclenchés peu après par SFR et Bouygues, prétextant que l'arrivée d'un nouvel opérateur tuerait le milieu.

Mais il ne s'agit que d'une situation temporaire, aux yeux de Bruno Lasserre, qui se projette à plus long terme. "Je fais le pari que, sur le long terme, [l'arrivée de Free Mobile] apparaîtra comme un instrument efficace pour créer de l'emploi, de la croissance et améliorer la compétitivité du pays. Mais il faut se donner du temps : les effets s'apprécient sur dix ou quinze ans". Pas sur dix ou quinze mois.

À côté de la situation dans les télécoms se trouve celle des consommateurs. Là encore, l'autorité de la concurrence n'y trouve rien à redire : quatre opérateurs, "c'est bénéfique aux consommateurs qui gagnent en pouvoir d'achat" grâce à la concurrence qui entraîne une baisse des prix. Leur pouvoir d'achat est rehaussé et peut être mobilisé dans d'autres secteurs économiques.

L'autorité de la concurrence note enfin un dernier avantage : l'effervescence de la compétition. Un nouvel adversaire, "c'est aussi bon pour les concurrents qui sont poussés, par l'émulation, à innover davantage". Ils sont poussés à intégrer de nouveaux services et de nouvelles fonctionnalités dans leurs offres et à explorer de nouvelles pistes pour se montrer attractifs.

Il y a toutefois une ombre au tableau : avec quatre opérateurs, quel espace reste-t-il aux MVNO ? L'autorité de la concurrence s'intéresse depuis le printemps dernier à leur situation. Un avis doit être rendu fin février, avec l'objectif "de vérifier qu'ils disposent, dans cette nouvelle donne, d'un espace économique leur permettant de continuer à animer la concurrence, car ils gardent un rôle à jouer".

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