Au cours d'un échange au sein de la commission des lois, le ministre de l'intérieur et la rapporteuse du rapport relatif à la sécurité et à la lutte contre le terrorisme ont estimé que le blocage des sites web à visée terroriste sur décision administrative pouvait être contre-productif. Ni les services de renseignement ni les magistrats ne le souhaitent, car cela limiterait la surveillance des potentiels candidats au terrorisme.

Quelle attitude l'État doit-il avoir face aux sites web à visée terroriste ? Si des parlementaires sont favorables à l'introduction d'un nouveau délit, celui de la visite régulière de ces espaces sans aucun motif légitime, il n'en demeure pas moins que ses contours sont difficiles à dessiner : qu'est-ce qu'une visite régulière d'un site web terroriste ? À partir de quel seuil la fréquentation devient délictuelle ?

Bloquer les sites terroristes ?

D'autres élus sont partisans d'une solution plus radicale encore : le blocage immédiat de ces espaces, au niveau des fournisseurs d'accès à Internet, pour empêcher leurs animateurs de diffuser leurs thèses auprès d'un public français. Selon les parlementaires, il est absolument essentiel de limiter l'audience de ces sites, en bloquant les connexions des internautes. Mais en réalité, la mesure pourrait s'avérer contreproductive.

C'est en tout cas l'opinion de la députée Marie-Françoise Bechtel (Mouvement républicain et citoyen), rapporteuse du rapport relatif à la sécurité et à la lutte contre le terrorisme. Au cours d'un échange au sein de la commission des lois remarqué par Alexandre Archambault sur Twitter, l'élue de l'Aisne s'est montrée très défavorable cette mesure technique et décidée par l'administration.

"On peut cependant se demander quelle serait l’efficacité d’une telle mesure [le blocage administratif, ndlr]. Elle n’est pas réclamée par les magistrats, et moins encore par les services de renseignement : empêcher les connexions à ces sites pourrait être contre-productif, puisqu’il peut être utile de tracer les utilisateurs". Un avis que partage Manuel Valls, ministre de l'intérieur.

"La question du blocage de ces sites souvent basés à l’étranger doit être examinée de près et, s’il est vrai que leur consultation pose un vrai problème, nous devons tenir compte de cette priorité qu’est le renseignement, qui aujourd’hui se concentre majoritairement sur les administrateurs de ces sites. De fait, ce sont des centaines de consultations qu’il faut surveiller", a-t-il déclaré.

Le travail du renseignement obstrué

Le blocage des sites web à visée terroriste décidé par l'autorité administrative freinerait grandement le travail effectué en amont par les services de renseignement, comme la DCRI, et les magistrats en charge des affaires de terrorisme. Cela les empêcherait d'observer les allées et venues des internautes et de lire leurs éventuels manifestes, puisqu'ils ne pourraient plus les publier (leur connexion étant alors bloquée)0

Certes, un internaute français sensible aux thèses développés par ces espaces ne pourrait plus s'y connecter, donc de s'alimenter idéologiquement. Mais il aurait du même coup une "empreinte numérique" moins perceptible par les services de l'État et l'ordre judiciaire. Il pourrait alors de devenir progressivement un loup solitaire, un profil beaucoup plus difficile à cerner par les autorités.

Plutôt que de bloquer des sites web, il est préférable de laisser les apprentis terroristes s'y rendre afin de permettre au renseignement de faire son travail. Certes, cela n'empêchera peut-être pas l'apparition d'autres Mohammed Merah (celui-ci ne visitait pas de tels espaces et n'a donc vraisemblablement pas eu besoin de leur influence pour passer à l'acte), mais il permettra d'en stopper d'autres en infiltrant et en espionnant ces espaces.

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