Dur dur d'être Hadopi. Lorsqu'il a créé la riposte graduée, le gouvernement avait cru avoir une bonne idée en réunissant dans une même entité sa nouvelle autorité administrative chargée de faire la morale et de menacer des millions d'internautes, et l'ancienne Autorité de Régulation des Mesures Techniques (ARMT), censée faire garde-fou aux excès des DRM. Or comme chacun a pu le sentir dès la préparation des débats parlementaires, le volet "riposte graduée" a cannibalisé toute tentative de l'Hadopi de paraître comme un arbitre neutre des différends entre consommateurs et ayants droit.

Ainsi l'UFC-Que Choisir qui défend les intérêts des consommateurs, et l'April qui défend les intérêts des créateurs et usagers de logiciels libres, ont décidé de ne pas répondre à l'invitation de l'Hadopi, qui souhaitait entendre leur point de vue dans l'affaire VLC.

En avril dernier, VideoLAN avait jugé utile de demander à la Haute Autorité de reconnaître le droit de contourner les DRM des Blu-Ray acquis légalement, pour permettre leur lecture sous Linux. Après une phase d'étude interne, le collège composé des différents membres de l'Hadopi a accepté au début du mois d'ouvrir le dossier, en annonçant une séquence d'auditions des différents acteurs concernés par la question, pendant une quarantaine de jours.

Mais comme en matière diplomatique, où recevoir un ambassadeur revient à reconnaître l'existence et donc la légitimité de l'Etat qu'il représente, l'UFC-Que Choisir et l'April ne veulent surtout rien faire qui puisse servir de caution à l'existence-même de la Haute Autorité. "Hadopi reste pour nous avant tout une autorité ayant une fonction répressive", explique ainsi l'association de consommateurs, à PC Inpact. "Nous n'avons rien à faire avec une telle structure", complémente l'April.

Par ailleurs, sur le fond, les deux associations estiment que débattre de la question du possible contournement des DRM sous Linux – et pire, de leur éventuelle prise en charge par un plug-in propriétaire imposé aux ayants droit, est une ligne rouge qu'ils ne franchiront pas. Il s'agit d'une opposition de principe. Que ce soit contre l'Hadopi elle-même, ou contre les DRM qu'elle doit réguler.

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