Pour Pascal Rogard, directeur général de la Société des Auteurs et Compositeurs Dramatiques (SACD), il est absolument normal que le mari surveille ce que fait sa femme de l'accès à internet.

Hier soir, nous évoquions la gêne des ayants droit face à la condamnation du premier abonné à internet renvoyé par l'Hadopi devant les tribunaux. Comment se féliciter qu'un homme ait été condamné à payer une amende parce qu'il n'a pas empêché son ex-femme d'avoir téléchargé deux morceaux de Rihanna sur BitTorrent, ce qu'elle a reconnu en s'adressant elle-même au juge ?

Pas une seule organisation du cinéma ou de la musique n'a livré le moindre communiqué, et nous n'avions enregistré hier soir que deux réactions, en nom propre. Celle de l'incontournable Pascal Nègre, qui rappelait que "150 euros c'est deux ans et demi d'abonnement à Deezer ou Spotify" ; et celle de Pascal Rogard qui nous expliquait dans un premier temps ne pas vouloir "juger sans avoir le dossier", avant de nous dire que "personne ne demande aux hypermarchés leur réaction chaque fois qu'un voleur est condamné".

Il faut croire que Pascal Rogard a eu depuis le dossier en main puisqu'il vient de livrer une interview au Nouvel Observateur, dans laquelle il force l'admiration dans sa défense indéfectible de la riposte graduée. "Où est la pédagogie dans une telle condamnation ?", lui demande le journaliste Boris Manenti.

"Cela permet de faire connaître au grand public ce "défaut de sécurisation" condamnable", répond le directeur général de la SACD. "Chaque abonné à internet doit faire attention à ce que son accès ne soit pas utilisé pour de l'illégal. Il est responsable de ce que font ses enfants ou sa femme."

Pascal Rogard ne voit donc rien d'anormal à ce qu'en 2012, lorsque l'abonnement à internet est mis à son nom, le mari soit dans l'obligation pénale de surveiller ce que fait sa femme de l'accès à internet. Comme nous le disions hier, ce raisonnement du siècle dernier renvoie à des lois tardivement abolies, comme celle qui a existé jusqu'en 1975, qui autorisait le mari à ouvrir le courrier de sa femme pour en vérifier le contenu. Ou celle abolie en 1965, qui obligeait la femme à demander au mari l'autorisation de signer un contrat de travail.

Notez que le raisonnement serait tout aussi rétrograde si c'est la femme qui prenait l'abonnement à son nom, et qui devait surveiller ce qu'en fait son mari.

Il ne peut pas y avoir, dans un couple, de mise sous tutelle de l'autre. Le couple est basé, nous semble-t-il, sur la confiance. Et voilà que pour protéger leurs intérêts, certains ayants droit voudraient que les hommes soient punis lorsque la femme a trahi cette confiance, ou réciproquement.

Ce n'est même plus ridicule, c'est vulgaire.

(Ajoutons, pour relayer les remarques en commentaires, que cela revient à conseiller aux conjoints d'avoir chacun leur abonnement à internet. Quelle bonne idée ! Avec un abonnement supplémentaire à 20 euros par mois, soit 240 euros par an, il restera certainement encore beaucoup de sous aux ménages pour se payer les contenus de l'offre légale)

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