Au micro de France Internet, Arnaud Montebourg est revenu sur la question de l'emploi dans les télécoms. Il a évoqué la possibilité d'une très légère hausse du prix des forfaits dans la téléphonie mobile contre le retour des centres d'appel dans l'Hexagone, pour recréer de l'emploi.

Arnaud Montebourg détricotera-t-il la loi Chatel, qui assure la gratuité des temps d'attente des centres d'assistance des opérateurs de téléphonie mobile ? Alors qu'il est question d'alléger les contraintes pesant sur les opérateurs en échange de la relocalisation des hotlines en France, le ministre du redressement productif a cette fois évoqué une légère hausse du prix des abonnements.

0,2 € de plus par forfait contre 10 000 emplois relocalisés ?

Dans un entretien accordé à France Inter, l'ancien député de Saône-et-Loire a noté que "pour 10 000 emplois relocalisés sur le territoire, cela coûterait en moyenne par forfait et par mois une vingtaine de centimes de plus pour les consommateurs". Mais cela serait un signal forcément mal perçu par les consommateurs, très sensibles à leur pouvoir d'achat.

Cela permettrait pourtant, à l'entendre, d'éviter des plans sociaux dans le secteur des télécoms, où deux acteurs ont annoncé le licenciement d'une partie de leurs employés. "Donc est-ce que les consommateurs sont prêts à accepter une légère hausse de prix en contrepartie de la relocalisation d’emplois qui sont en train d’être détruits ? Cette question mérite d’être posée au plan national".

"Nous sommes dans un marché où deux opérateurs sur quatre ont annoncé des plans sociaux. Nous avons donc obligation d'organiser la protection de l'emploi car il est inacceptable que dans un secteur où il n'y a pas de concurrence internationale, il y ait des destructions d'emplois", poursuit le ministre, dont le rôle est de redonner du souffle à l'industrie française, exsangue.

Orange voit des problèmes à ce plan

Répondant indirectement à Arnaud Montebourg, Stéphane Richard a tempéré la faisabilité d'un retour unilatéral des centres d'appel. "Ces délocalisations se font pour des raisons économiques, le coût des services en question est deux à trois fois plus bas dans les pays où ces centres ont été localisés". D'autant que le droit du travail dans les autres pays permet plus de "souplesse" pour satisfaire le client.

"Il y a aussi la question de la disponibilité horaire, nos clients exigent d'avoir une présence téléphonique 24H/24, 7 jours sur 7, y compris les jours fériés et congés. Jusqu'à ce jour, il est strictement impossible d'organiser cette disponibilité continue avec les salariés du groupe en France". À moins d'une révision du code du travail, ce qui ne paraît pas envisageable sous l'égide d'un gouvernement socialiste.

Reste certaines données chiffrées. Le ministre de l'économie et des finances soulignait ainsi il y a quelques jours que la masse salariale ne représentait qu'un pourcentage limité du chiffre d'affaires des opérateurs (10 % chez Bouygues Télécom, 4,5 % chez SFR). Il y a aussi les marges importantes dégagées par les opérateurs, un point qui n'a pour l'heure pas été particulièrement souligné par le ministre.

Et les créations d'emploi de Free Mobile ?

Si les trois grands opérateurs de télécommunications accusent indirectement Free Mobile de causer des destructions d'emplois, il ne faut pas oublier pour autant que le quatrième entrant a dû recruter pour soutenir ses nouvelles activités dans la téléphonie mobile. Entre 2010 et 2011, les effectifs d'Iliad (la maison-mère) ont progressé (.pdf) de 30 %, soit 1300 salariés de plus.

Par ailleurs, un peu moins de trente postes supplémentaires sont actuellement à pourvoir, dont une majorité de CDI. Et à mesure que le groupe va se développer, Free Mobile aura besoin dans un avenir proche de plus de techniciens, plus de téléconseillers mais aussi plus de vendeurs puisque le groupe a l'intention de développer son réseau de boutiques physiques. Et cela aboutira à de la création d'emplois.

Bien entendu, Free Mobile n'est pas en mesure de contrebalancer seul la réduction des effectifs décidée chez SFR et Bouygues Télécom. Mais l'idée selon laquelle la destruction d'emplois dans le secteur des télécoms est causée uniquement par Free Mobile est fausse.

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