Hachette ne retirera pas les DRM de son catalogue d'ouvrages numérisés dans un avenir proche. Son PDG, Arnaud Nourry, estime que les mesures techniques de protection "sont nécessaires" face à la "difficulté du piratage". S'ils doivent disparaître un jour, ce ne serait pas avant cinq ou dix ans. Voire une génération entière.

Les amateurs de livres électroniques devront patienter encore de nombreuses années avant de pouvoir jouir de leurs achats sans la moindre entrave. Les grands groupes d’édition sont en effet encore loin d’être disposés à retirer totalement et définitivement les mesures techniques de protection (DRM), ces mécanismes qui verrouillent les ouvrages listés dans leurs catalogues.

Leur abandon pourrait même ne survenir que dans une génération, à en croire le directeur général de Hachette Livre. Interrogé par Actualitté, Arnaud Nourry a défendu l’intérêt des DRM dans le domaine du livre numérique. « En France, on a une petite difficulté avec le piratage, ignorant que l’on n’a pas le droit de faire des copies librement, et à ce titre je crois que le DRM est nécessaire« .

Et Hachette s’accommode très bien du décalage consistant à proposer des ouvrages dans un format ouvert mais contrôlés par des mesures techniques de protection. « Le DRM sert à empêcher que l’on distribue des centaines de fois le fichier acheté. Le format ouvert permet une lecture libre sur tous types de supports« . C’est ce que permet par exemple le format EPUB.

Pas question donc de se priver de cette souplesse qui permet à la fois d’être sur un maximum de supports tout en gardant la main sur l’usage qui est fait des ouvrages électroniques. Sauf qu’en ajoutant une couche de gestion des droits par la plate-forme qui vend le fichier numérique, l’interopérabilité devient en pratique compliquée vu les intérêts divergents des acteurs comme Amazon ou Apple.

Et à supposer que la politique change à ce sujet, il ne faut pas espérer la voir évoluer avant un moment. L’abandon des DRM ne pourrait survenir que dans une génération.

« Si dans cinq ans ou dix ans, la question est culturellement dépassée, on sera ravi d’enlever les DRM. Mais aujourd’hui, nos auteurs ne comprendraient pas que l’on se lance dans un système où l’on vend une fois et où c’est copié 500 fois« , a expliqué Arnaud Nourry. « C’est trop contraire à la défense du droit moral pour qu’on le fasse. Peut-être dans une prochaine génération, verra-t-on les choses autrement« .

Et le PDG de Hachette Livre de conclure « la musique a fini par abandonner les DRM, mais l’heure n’est pas venue pour les éditeurs« . Tant pis si, pour cela, le monde du livre doit reproduire les erreurs de l’industrie du disque. Car avant leur abandon, les DRM étaient au cœ?ur de la stratégie numérique des maisons de disques. Et cela n’a jamais permis d’empêcher le piratage de la musique sur Internet.

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