Une semaine après avoir signé à Tokyo l'ACTA, comme les représentants de 22 des états membres de l'Union Européenne, l'ambassadrice de la Slovénie au Japon exprime de profond regrets. Elle explique ne pas avoir eu conscience du texte qu'elle signait, et appelle le peuple slovène à faire échec à sa ratification. Un fait sans doute inédit dans l'histoire des relations diplomatiques.

Malheureusement il est parfois trop tard pour bien faire. Helena Drnovšek Zorko, l'ambassadrice de la Slovénie au Japon, a fait savoir qu'elle regrettait d'avoir signé l'accord ACTA au nom de son pays, lors de la discrète cérémonie du 26 janvier dernier à Tokyo (qui a provoqué la démission du rapporteur au Parlement Européen). Elle confesse une "négligence civique", au risque d'être rappelée par son gouvernement de tutelle.

Voici une traduction intégrale du billet qu'elle a publiée sur un blog slovène : 

Pourquoi j'ai signé le traité ACTA

Le Jeudi 26 janvier 2012, j'ai signé l'Accord de Commerce Anti-Contrefaçon (ACTA) en conformité avec les instructions et l'autorisation donnée par le Gouvernement de la la République de Slovénie. Une explication légèrement plus longue peut être trouvée dans le Centre de Presse du Ministère des Affaires Etrangères, qui explique à la fois du rôle du Ministère et le miens en tant qu'Ambassadrice au Japon. L'explication explique que j'ai signé le traité comme le gouvernement m'y a autorisé que ça fait partie de mon travail.

Quoi qu'il en soit, pourquoi ai-je signé ACTA ? Tous les jours, je reçois des questions via Facebook et par email de gens principalement sympathiques et consternés, qui ne peuvent pas comprendre à quoi je pensais en signant un traité qui est néfaste pour le pays et pour ses citoyens. Avec cette réponse qui reflète mes opinions personnelles, je désire répondre à tous les amis, connaissances, personnes anonymes et à mes enfants.

Ma signature de l'ACTA est le résultat d'une négligence civique. En bref, je n'ai pas fait le lien entre le traité que le gouvernement m'avait autorisé à signer, et le traité dont j'estime qu'il limite et restreint la liberté d'utiliser le réseau le plus large et le plus important dans l'histoire de l'humanité, et qui en tant que tel pose des limites sur les générations futures de nos enfants. Je me suis livré à une période d'inattention civique, j'ai pris congé des actualités en Slovénie, j'ai pris congé d'Avaaz et de son inflation de pétitions – pour dire les choses plus simplement, j'ai fais une pause. Pour ma défense, je dis que j'avais vraiment besoin d'une pause et que j'ai toujours des difficultés à recharger les batteries pour la nouvelle année du dragon. Dans le mêm temps, j'essaye d'effectuer un travail qui augmente en volume. Tout cela au nom de la devise "Less is more", qui n'a pas été limitée aux diplomates ces dernières années. Moins de gens et moins d'argent pour plus de travail. Et alors vous ignorez ce qu'on vous fait signer. Et vous vous réveillez le lendemain matin en supportant l'insoutanable légèreté de certaines signatures.

La première chose que j'ai faite a été de m'excuser auprès de mes enfants. J'ai alors essayé de répondre au premières requêtes d'amis et d'étrangers qui posaient des questions et qui étaient consternés. Parce que le nombre de ces questions a crû si rapidement, je réponds aujourd'hui publiquement. Je veux m'excuser parce que j'ai accompli mon devoir professionnel, mais pas mon devoir civique. Je ne sais pas quel choix j'avais de ne pas le signer, mais j'aurais pu essayer. Je n'ai pas saisi la chance de me battre pour le droit que nous avons, bureaucrates, à l'objection de conscience.

Il y a une autre raison très importante qui m'amène à écrire ceci. Cette campagne diabolise une "idiote", à savoir moi, qui a signé quelque chose en secret à Tokyo. Cette position a été entendue au parlement slovène et dans les médias slovènes, et elle s'étend. C'est dangereux, parce qu'elle occulte la responsabilité de ceux qui avaient le pouvoir de décider et qui ont effectivement décidé que la Slovénie rejoigne l'ACTA. Cette décision a été prise par le gouvernement Slovène et par la Commission parlementaire en charge des questions européennes. Même avant cela, la Slovénie a participé aux négociations du traité. Rien de tout cela n'a été fait de façon suffisamment publique, si l'on en juge par les réponses choquées après la signature. Les médias slovènes n'ont pas diabolisé ces décisions avec le même degré et de la même manière qu'ils diabolisent ma signature. En même temps, ça signifie que ça n'était pas juste mon manque d'attention et que nous, les citoyens de Slovénie, avons collectivement négligé notre devoir civique. Et ça veut dire que certains des partis les plus obscurs dans la politique slovène ont raté une occasion excellente de gagner quelques votes dans le processus pré-électoral.

Le samedi 4 février 2012, un rassemblent contre ACTA aura lieu à Ljubljana. Les préoccupations et la détermination réelles des citoyens slovènes pour que le traité ne soit pas ratifié sera refletté par le nombre de ceux qui se joindront au rassemblement. Une des personnes concernées qui m'a écrite, m'a demandé ce que feu Janez Drnovšek, mon frère, aurait pensé du fait que je signe ce document. Le combat pour les libertés est très certainement dans l'esprit de son héritage, beaucoup plus que la suppression ou la non-suppression d'une statue. Le rassemblement de samedi est une petite partie de ce combat qui se déroule tous les jours et ne s'achève jamais. Que mon exemple puisse servir d'avertissement sur la manière dont nous pouvons facilement faire des erreurs, si nous laissons aller les choses. 

Helena Drnovšek Zorko

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