L'éducation nationale a indiqué que les élèves de terminale de la série scientifique recevront à partir de la rentrée prochaine un enseignement destiné à les sensibiliser aux différents types de licences et aux notions de non-rivalité des biens immatériels. Une avancée a première vue positive, mais encore bien timide.

Mieux vaut tard que jamais ! Deux ans après avoir posé sa question écrite au ministère de nationale, le député socialiste Jean-Louis Gagnaire a enfin obtenu une réponse. Le parlementaire avait interpellé les services de Luc Chatel afin de connaître la place des logiciels libres au sein de l’éducation nationale, dans la mesure où les solutions propriétaires sont encore majoritairement utilisées.

Rappelant la signature en 1998 d’un accord cadre entre le ministère de l’éducation nationale et l’Association francophone des utilisateurs de logiciels libres (AFUL), Jean-Louis Gagnaire a salué la mise en place de la plate-forme SIALLE (Service d’information et d’analyse des logiciels libres éducatifs), qui permet d’améliorer la visibilité de cet univers au sein du monde éducatif.

Les logiciels privés et payants en tête

Le député s’est montré toutefois inquiet. Si les solutions libres et les standards ouverts offrent des solutions « considérablement moins coûteuses pour les finances publiques« , il semble que « l’utilisation des logiciels privés et payants soit toujours très largement majoritaire« . De leur côté, les standards ouverts n’ont « pas bénéficié d’une promotion suffisamment active pour leur permettre de sortir de la confidentialité« .

« Les standards ouverts sont pourtant particulièrement compétitifs face aux solutions privées, notamment en termes de coût, mais également pour leur déploiement et leur prise en main. Il est important que l’éducation nationale se porte à la pointe de leur développement pour rendre visible aux yeux des jeunes générations la diversité technologique et éviter l’accoutumance aux seuls logiciels payants » a poursuivi l’élu.

Il a ainsi pris l’exemple de Microsoft, une entreprise très présente en France mais qui a été condamnée à plusieurs reprises pour abus de position dominante. Sur ce point, le député a regretté que la domination de la firme ait empêché l’émergence de l’interopérabilité sur les marchés annexes en ne communiquant pas les informations nécessaires.

Un enseignement qui aborde des « notions fondamentales »

Dans sa réponse, le ministère annonce « qu’un enseignement d’informatique et sciences du numérique sera mis en œuvre à la rentrée de l’année scolaire 2012-2013 en classe terminale de la série scientifique. L’objectif de cet enseignement est de fournir aux élèves quelques notions fondamentales et de les sensibiliser aux questions de société induites« .

« Les élèves devront, notamment, distinguer les différents types de licences (libres, propriétaires) et être conscients de la non-rivalité des biens immatériels ». Rappelons que la rivalité des biens consiste en l’immobilisation d’un bien par une personne, de sorte qu’il ne peut pas être utilisé au même moment par quelqu’un d’autre.

C’est par exemple le cas d’un stylo. Celui ne peut être utilisé que par une seule personne à la fois. Si un individu A s’en sert, l’individu B ne peut pas écrire avec au même moment. C’est un bien rival. Ce n’est pas le cas des objets numériques, qui sont des biens non-rivaux et donc non-rares, puisqu’ils peuvent être dupliqués à l’infini.

Une avancée assez timide

La décision de l’éducation nationale d’aborder les notions fondamentales liées aux différents types de licences ainsi qu’aux notions de biens rivaux et non rivaux est a priori une bonne avancée, même si sa portée est manifestement limitée à la seule classe de terminale de la série scientifique. Ce n’est pas encore un enseignement généralisé à l’ensemble des lycéens, alors que ces sujets les concernent tous au regard de l’importance de l’informatique dans les sociétés actuelles.

Le ministère de l’éducation nationale se montre en tout cas sur ce sujet moins obtu que celui de la culture et que le gouvernement. En 2009, le gouvernement avait refusé que l’enseignement à l’école sur « les risques du téléchargement illicite » soit accompagné d’un enseignement sur les possibilités offertes par les licences libres. « Le gouvernement et la majorité démontrent ici qu’ils défendent des intérêts particuliers et un modèle économique et social dépassé« , avait regretté Frédéric Couchet, délégué général de l’April.

Auparavant, l’information des élèves sur l’utilisation des licences libres avait été rejetée par le parlement, sous l’influence de Frank Riester. L’ancien rapporteur UMP siège depuis au collège de l’Hadopi.

(photo : CC BY Steren Giannini)

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