Les licences libres et leurs enjeux enseignés à l'école

Julien L. - publié le Mercredi 23 Novembre 2011 à 17h17 - posté dans Société 2.0

L'éducation nationale a indiqué que les élèves de terminale de la série scientifique recevront à partir de la rentrée prochaine un enseignement destiné à les sensibiliser aux différents types de licences et aux notions de non-rivalité des biens immatériels. Une avancée a première vue positive, mais encore bien timide.

Mieux vaut tard que jamais ! Deux ans après avoir posé sa question écrite au ministère de nationale, le député socialiste Jean-Louis Gagnaire a enfin obtenu une réponse. Le parlementaire avait interpellé les services de Luc Chatel afin de connaître la place des logiciels libres au sein de l'éducation nationale, dans la mesure où les solutions propriétaires sont encore majoritairement utilisées.

Rappelant la signature en 1998 d'un accord cadre entre le ministère de l'éducation nationale et l'Association francophone des utilisateurs de logiciels libres (AFUL), Jean-Louis Gagnaire a salué la mise en place de la plate-forme SIALLE (Service d'information et d'analyse des logiciels libres éducatifs), qui permet d'améliorer la visibilité de cet univers au sein du monde éducatif.

Les logiciels privés et payants en tête

Le député s'est montré toutefois inquiet. Si les solutions libres et les standards ouverts offrent des solutions "considérablement moins coûteuses pour les finances publiques", il semble que "l'utilisation des logiciels privés et payants soit toujours très largement majoritaire". De leur côté, les standards ouverts n'ont "pas bénéficié d'une promotion suffisamment active pour leur permettre de sortir de la confidentialité".

"Les standards ouverts sont pourtant particulièrement compétitifs face aux solutions privées, notamment en termes de coût, mais également pour leur déploiement et leur prise en main. Il est important que l'éducation nationale se porte à la pointe de leur développement pour rendre visible aux yeux des jeunes générations la diversité technologique et éviter l'accoutumance aux seuls logiciels payants" a poursuivi l'élu.

Il a ainsi pris l'exemple de Microsoft, une entreprise très présente en France mais qui a été condamnée à plusieurs reprises pour abus de position dominante. Sur ce point, le député a regretté que la domination de la firme ait empêché l'émergence de l'interopérabilité sur les marchés annexes en ne communiquant pas les informations nécessaires.

Un enseignement qui aborde des "notions fondamentales"

Dans sa réponse, le ministère annonce "qu'un enseignement d'informatique et sciences du numérique sera mis en oeuvre à la rentrée de l'année scolaire 2012-2013 en classe terminale de la série scientifique. L'objectif de cet enseignement est de fournir aux élèves quelques notions fondamentales et de les sensibiliser aux questions de société induites".

"Les élèves devront, notamment, distinguer les différents types de licences (libres, propriétaires) et être conscients de la non-rivalité des biens immatériels". Rappelons que la rivalité des biens consiste en l'immobilisation d'un bien par une personne, de sorte qu'il ne peut pas être utilisé au même moment par quelqu'un d'autre.

C'est par exemple le cas d'un stylo. Celui ne peut être utilisé que par une seule personne à la fois. Si un individu A s'en sert, l'individu B ne peut pas écrire avec au même moment. C'est un bien rival. Ce n'est pas le cas des objets numériques, qui sont des biens non-rivaux et donc non-rares, puisqu'ils peuvent être dupliqués à l'infini.

Une avancée assez timide

La décision de l'éducation nationale d'aborder les notions fondamentales liées aux différents types de licences ainsi qu'aux notions de biens rivaux et non rivaux est a priori une bonne avancée, même si sa portée est manifestement limitée à la seule classe de terminale de la série scientifique. Ce n'est pas encore un enseignement généralisé à l'ensemble des lycéens, alors que ces sujets les concernent tous au regard de l'importance de l'informatique dans les sociétés actuelles.

Le ministère de l'éducation nationale se montre en tout cas sur ce sujet moins obtu que celui de la culture et que le gouvernement. En 2009, le gouvernement avait refusé que l'enseignement à l'école sur "les risques du téléchargement illicite" soit accompagné d'un enseignement sur les possibilités offertes par les licences libres. "Le gouvernement et la majorité démontrent ici qu'ils défendent des intérêts particuliers et un modèle économique et social dépassé", avait regretté Frédéric Couchet, délégué général de l'April.

Auparavant, l'information des élèves sur l'utilisation des licences libres avait été rejetée par le parlement, sous l'influence de Frank Riester. L'ancien rapporteur UMP siège depuis au collège de l'Hadopi.

(photo : CC BY Steren Giannini)

Publié par Julien L., le 23 Novembre 2011 à 17h17
 
 
15
Commentaires à propos de «Les licences libres et leurs enjeux enseignés à l'école»
 
Mindo, le 23/11/2011 - 17:17
"Les élèves devront, notamment, distinguer les différents types de licences (libres, propriétaires) et être conscients de la non-rivalité des biens immatériels"

Excellente nouvelle ! :biggrinthumb:
Certes on peut déplorer que cette avancée soit plus que timide, mais bon c'est une avancée tout de même... un jour on y arrivera ;-)
même si sa portée est manifestement limitée à la seule classe de terminale de la série scientifique.
Ben pourquoi ne pas carrément le limiter aux lycéens geeks libristes ? Il n'y a que que ça concerne ces sujets là (toute personne ayant essayé d'expliquer les principes du libre autour d'elle saura de quoi je parle).

Plus sérieusement, l'avancée est petite certes, mais je suis quand même agréablement surpris !
Je trouve que ça devrait être enseigné à tout le monde. Qu'on soit en lettres (on peut devenir écrivain,journaliste etc.), ou dans l'économie de savoir les différences est toujours extrêmement utile.
Il aurait été aussi intéressant que les élèves d'ES puissent être informés sur ce type de licences: il y a dans leur programme des notions juridiques sur les brevets qui ne sont pas abordés chez les S.
On peut quand même saluer l'avancée (timide ?) du gouvernement sur ce sujet et espérer que d'autres décisions iront dans ce sens.
+1....Généralement les terminales sont déjà très au courant donc on devrait commencer + tôt !
Les sharewares /freewares ils acceptent encore d'en parler.... mais les CC; Neni ! Remettre en cause la Propriété intellectuelle selon la Cabale du Copyright ; c'est un blasphème ! ..la Licence Globale c'est impensable bien qu'elle figure dans tous les programmes électoraux, mis à part l'UMPS !
même si sa portée est manifestement limitée à la seule classe de terminale de la série scientifique.
Ben pourquoi ne pas carrément le limiter aux lycéens geeks libristes ? Il n'y a que que ça concerne ces sujets là (toute personne ayant essayé d'expliquer les principes du libre autour d'elle saura de quoi je parle).

J'ai jamais réussi (mise à par pour Firefox il y'a deux ou 3 ans), je vois très bien ce que tu veux dire...

Plus sérieusement, l'avancée est petite certes, mais je suis quand même agréablement surpris !

+1 mais il est très important d'aller plus loin et ne pas se limiter aux terminales S car comme tout le monde ici le sait, l'utilisation de l'informatique ne concerne pas qu'une catégorie d'élèves scientifiques...
la vraie question est : qui fera cet enseignement ? de quelle façon sera t il fait ? une heure dans l'année? l'intervention d'un cabinet "spécialisée", un prof désigné volontaire ?
Neuromancer42, le 23/11/2011 - 18:24
+1 mais il est très important d'aller plus loin et ne pas se limiter aux terminales S car comme tout le monde ici le sait, l'utilisation de l'informatique ne concerne pas qu'une catégorie d'élèves scientifiques...

Je dirais même que ce que n'a pas compris (ou ce qu'a sciemment ignoré) l'Education Nationale ici c'est que les licences libres ne sont pas un problème d'informatique mais bien un problème de liberté et d'indépendance. Et c'est justement ça que beaucoup de personnes ne comprennent pas facilement.
"sous l'influence de Frank Riester. L'ancien rapporteur UMP siège depuis au collège de l'Hadopi."

Encore lui !
Mais c'est pas possible, faites-le taire, abattez-le je sais pas !
Perso, je fais réfléchir mes élèves là dessus dès le collège? ça s'appelle l'éduc aux médias et c'est indispensable pour toute production: respect des droits d'auteurs, choix des illustrations en CC, obligation de citer ses sources etc... Il faut une loi pour ça?
Bonjour,
Il est dommage de ne pas signaler aussi le BO du 14 juillet 2011, où dans le programme du C2i niveau 1, qui concerne tous les étudiants de Licence de France (un potentiel énorme), l'action de l'AFUL et de son Vice-Président en charge de l'éducation a permis l'inscription officielle dans le référentiel de l'interopérabilité et de la pérennité. Les questions de licences ayant bien entendu été traitées elles aussi dans une partie du référentiel par des membres d'un groupe de travail convaincu par l'importance de la connaissance de leur diversité.
Je dirais même que ce que n'a pas compris (ou ce qu'a sciemment ignoré) l'Education Nationale ici c'est que les licences libres ne sont pas un problème d'informatique mais bien un problème de liberté et d'indépendance. Et c'est justement ça que beaucoup de personnes ne comprennent pas facilement.

Tout à fait d'accord, mais l'Education Nationale préfère rendre les élèves dépendants de Microsoft avec des programmes de type MSDN Academic Alliance Microsoft ... comme ça plus tard, une fois les études finies, la personne ira gentiment à la Fnac claquer un paquet de fric pour acheter la dernière version de Windows en date avec pleins de sharewares préinstallés, plutôt que de télécharger une distrib Linux, alors liberté et indépendance, on peut rêver...
Neuromancer42, le 18/04/2012 - 15:35
Tout à fait d'accord, mais l'Education Nationale préfère rendre les élèves dépendants de Microsoft [...]
Ce raisonnement ne tient pas pour plusieurs raisons:
* D'une part les élèves ont déjà windows chez eux. Et ils en veulent parce que leur petit monde tourne en partie autour de "MSN" et des jeux vidéo exclusivement sous windows. Ce n'est pas du ressort de l'école, mais des familles.
* D'autre part, l'Education Nationale n'a pratiquement aucun pouvoir pour faire acheter du matériel et des logiciels aux établissements scolaires. Tout se décide entre les collectivités locales (mairies, département et régions) et les établissements (chef d'établissement, conseil d'administration, responsable informatique, ...).
* C'est enfin nier, l'investissement personnel de beaucoup de monde en faveur du logiciel libre au sein de l'Education Nationale : Firefox, OpenOffice.org/LibreOffice, logiciels éducatifs libres, sites éducatifs libres, ... Au final, ce n'est pas l'OS que les élèves regardent, mais les outils libres qu'ils utilisent.
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