Le Wall Street Journal rapporte que plusieurs entreprises étrangères ont passé des contrats avec le régime du colonel Kadhafi pour surveiller le réseau Internet et les communications téléphoniques. Parmi celles-ci, le quotidien américain cite une entreprise américaine, filiale d'Airbus, et une société française, filiale du groupe informatique Bull.

Ce sont des révélations qui risquent de se multiplier au fil des prochaines semaines et des prochains mois, à mesure que le Conseil national de transition (CNT) va reprendre en main la Libye, après 41 ans de règne sans partage de colonel Kadhafi. Le Wall Street Journal annonce, dans son édition du jour, qu’une filiale du groupe informatique français Bull a conçu et installé un centre de surveillance du web pour le compte du régime libyen.

D’après le quotidien économique américain, l’entreprise en question, Amesys, aurait été contactée en 2009 par la Libye pour mettre au point un dispositif d’inspection de paquets de données (DPI, Deep Packet Inspection) afin de permettre au pouvoir de chasser les dissidents libyens et surveiller les échanges sur la toile. Amesys aurait ainsi mis en œuvre le système Eagle (.pdf).

Selon le descriptif fourni par la filiale française, la surveillance du réseau Internet grâce au système Eagle porte « sur les protocoles les plus couramment utilisés : mail (SMTP, POP3, IMAP), les webmails (Hotmail, Yahoo Mail, Gmail…), les discussions sur réseau IP (RTP, SIP, H.323…), les logiciels de discussion instantanée (MSN, Yahoo !, AIM…), les échanges de fichiers P2P et la navigation web« .

Amesys n’est toutefois pas la seule société à avoir traité avec le régime de Kadhafi, affirme le Wall Street Journal. D’autres sociétés étrangères ont conclu des contrats avec l’ancien pouvoir en place. C’est le cas de la firme américaine Boeing, par le biais de sa filiale Narus, de la société chinoise ZTE ainsi que de l’entreprise sud-africaine VASTech. Toutes auraient eu des contrats dans le domaine de la surveillance du net et l’écoute téléphonique.

Le dispositif voulu par la Libye montre la crainte qu’avait le colonel Kadhafi à l’égard d’Internet, bien que le pays ne compte que 100 000 internautes pour une population totale de plus de 6,6 millions d’habitants, rappelle le Wall Street Journal. Soit près de 1,5 % de la population. Est-ce la contestation du régime iranien, en 2009, via les réseaux sociaux qui a incité le pouvoir libyen à plus de prudence vis-à-vis du réseau des réseaux ?

C’est probable. Une chose est sûre, le printemps arabe, qui a débuté au mois de décembre 2010 et conduit au renversement de deux dictateurs (Ben Ali en Tunisie et Moubarak en Egypte), a vraisemblablement incité les dirigeants libyens à serrer un peu plus la vis de la surveillance. Le Wall Street Journal affirme que le pouvoir a de nouveau approché Amesys en début d’année pour accroitre le filtrage du réseau.

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