MasterCard va devoir expliquer le blocage de WikiLeaks auprès de la Commission européenne. DataCell, la société chargée de collecter les dons destinés au site web, a envoyé une plainte réclamant la levée de l'embargo économique contre WikiLeaks. MasterCard et d'autres opérateurs financiers bloquent ces transactions depuis décembre 2010.

Le conflit qui oppose WikiLeaks aux principales sociétés de cartes de crédit est en train de prendre une nouvelle tournure. L’entreprise islandaise DataCell, chargée de collecter les dons destinés au site web, a décidé de porter l’affaire sur le terrain judiciaire, en déposant une plainte auprès de la Commission européenne. Elle exige en particulier que MasterCard lève les restrictions mises en place contre WikiLeaks.

« Ces sociétés de cartes bancaires ne peuvent pas agir comme bon leur semble, à cause de leurs énormes parts de marché. La règle du ‘je fais des affaires avec qui je veux’ ne vaut pas pour elles parce que si elles refusent de travailler avec quelqu’un, elles l’éliminent du marché » a commenté l’avocat de DataCell, qui estime par ailleurs que WikiLeaks est « un média comme un autre« .

Dans sa plainte, DataCell a retenu cinq violations des règles européennes de la concurrence dont « l’abus de position dominante » et la « discrimination de clients ». Les sanctions en cas de violation du droit communautaire dans le domaine de la concurrence peuvent être particulièrement lourdes. La Commission européenne peut ainsi infliger une amende pouvant atteindre jusqu’à 10 % du chiffre d’affaires de la société fautive.

La décision de DataCell d’attaquer ces sociétés de cartes de crédit fait suite à la mise en place d’un véritable embargo économique autour de WikiLeaks. À la fin de l’année 2010, MasterCard et Visa, ainsi que PayPal et un certain nombre d’autres services financiers, décident de bloquer les transactions à destination du site spécialisé dans la diffusion de documents confidentiels.

À chaque fois, les entreprises concernées ont justifié cette mesure en expliquant que leur règlement leur interdit de fournir des services à des entités suspectés d’avoir des activités illégales. Une vision de WikiLeaks contestable, dans la mesure où le site est loin d’être le seul à publier des informations sensibles. De grands titres de presse, comme Le Monde en France, ont tissé des liens avec le site pour publier certains contenus.

C’est notamment le cas des télégrammes de la diplomatie américaine. Depuis l’an dernier, les grands journaux ont commencé à révéler quelques-uns des quelques 251 287 mémos obtenus par WikiLeaks. Cette opération, baptisée « Cablegate », a démarré quelques semaines avant la décision de MasterCard, Visa et consorts d’assécher les finances de WikiLeaks.

Difficile dès lors de ne pas y voir un lien de cause à effet, d’autant que de nombreux politiques sont montés au créneau dans cette affaire pour dénoncer les agissements de WikiLeaks. Or en poussant un tel raisonnement, il faudrait alors aussi prendre des sanctions très fermes contre les médias, complices, qui participent à l’opération du Cablegate. Ce qui est loin d’être probable.

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